U4, l’acier sublimé

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Tous les soleils – Crédit ADAGP Claude Lévêque

Ouvert au public en 2007, le Parc du Haut-Fourneau U4 d’Uckange est un lieu de mémoire autant que de vie. Le site est aussi un symbole fort d’une reconversion industrielle réussie.

 Le « Texas français » n’est plus. Dans ce coin de Lorraine, pendant des siècles, les minerais ont été remontés des sous-sols saignés aux mille veines, aussitôt avalés par des monstres en ferraille. En surface, les usines étaient autant de poumons à vif et palpitants. Telles des gueules voraces, les laminoirs engloutissaient puis recrachaient l’acier fondu, rouge puis or. Un fleuve infernal qui faisait pleuvoir des « -anges » : Florange, Hayange, Uckange… Le Val de Fensch, autrefois décor d’une industrie sidérurgique florissante, pourrait ressembler aujourd’hui à une Vallée de la Mort. Pourtant, nuls squelettes d’animaux fossilisés ici : seuls restent ceux des usines, fermées les unes après les autres au fil des décennies. Les hauts-fourneaux aussi, dinosaures involontaires d’un âge d’or révolu, ont presque entièrement disparu. Mais au lieu d’une vallée désolée, les visiteurs découvrent un espace où la verdure reprend du terrain et où le soleil, quand il pointe son nez, n’est plus voilé par les fumées des usines. Et ce patrimoine brûlant continue à exister en partie grâce au tourisme industriel. Uckange est un de ces résistants de la première heure. Dès 1989, à l’annonce de sa fermeture imminente, les ouvriers et syndicats se rebellent. Grèves, négociations ne sont que les génériques d’une fin inéluctable. Les derniers hauts-fourneaux en activité expirent en 1991. Mais Uckange a encore des ressources en réserve.

Résistance

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Visites du parc U4 – Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Fondée entre 1890 et 1900 par les Stumm, industriels sarrois, l’usine est une des rares à avoir été conservée presque entièrement en l’état avec sa haute cheminée de 82 mètres et sa halle de coulée récemment restaurée. « Après l’arrêt de l’activité sur le site, nous étions partagés entre plusieurs solutions : soit laisser le haut-fourneau restant comme un totem et détruire le reste, soit garder différents éléments pour perpétuer la mémoire et l’histoire de l’usine », reconstitue Lucie Kocevar, vice-présidente à la culture, au patrimoine et au tourisme au sein de la communauté d’agglomération « Val de Fensch », aujourd’hui propriétaire de ce trésor régional. En 2001, le site est finalement classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et une nouvelle ère s’ouvre. Il a fallu tout de même une bonne dose de persévérance pour mener ce projet de « renaissance » à bien. « Dans le secteur sidérurgique, personne n’était vraiment habitué à parler de patrimoine industriel et l’idée de le conserver pouvait sembler incongrue  », note Lucie Kocevar. Dans la région, les mines avaient déjà su capitaliser sur leur histoire ; les Hauts-Fourneaux pas encore.

Fierté redorée

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U4 Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Uckange est à ce jour le seul exemple d’usine à fonte transformée en musée vivant. En lieu et place de guides conférenciers, des anciens sidérurgistes font découvrir leur univers à plus de 30 000 visiteurs annuels. « Ce que j’aime à Uckange, c’est transmettre mes connaissances sur un métier qui n’existe plus. Pendant plusieurs siècles, il a pourtant fait vivre la Lorraine et indirectement a contribué à reconstruire la France d’après-guerre », explique Jean Larché, président de Mécilor, l’association chargée des visites guidées du Parc du Haut-Fourneau U4. Et les neuf bénévoles partagent plus que des détails techniques : ils sont parmi les derniers témoins de ce territoire où Polonais, Italiens, Algériens et tant d’autres migraient afin de trouver un moyen de subsistance, construire une nouvelle vie. Du reste, chaque usine formait presque un second foyer. « Les sidérurgistes s’attribuaient leur usine. Pour ma part, j’étais à Hayange. Lorsque j’y suis retourné récemment j’ai eu un pincement au cœur. Nous n’avons pas beaucoup d’anciens d’Uckange. Ceux qui ont travaillé ici et qui effectuent les visites ressentent certainement la même nostalgie », précise Jean Larché.

Évol’U4

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EVOL’U4 jardin – Crédit HL Architectes

Toujours oscillant entre passé, présent et futur, le Parc du Haut-Fourneau U4 se dessine depuis 2011 une carrure plus étoffée avec le lancement du projet Evol’U4. Sur ces 12 hectares, plus 5 autres dédiés au Jardin des Traces, la communauté d’agglomération du Val de Fensch fait pousser les initiatives comme autant de fleurs. Outre une programmation culturelle de plus en plus intensive et riche, le site est devenu le lieu d’installation du centre de recherche public Métafensch, destiné à faire naître les aciers de demain. L’exposition mise en place par l’association Mécilor quittera, quant à elle, son chapiteau pour un espace plus permanent dans les bâtiments des anciens bureaux de l’usine. La halle de coulée est désormais accessible au public via des passerelles et a été valorisée par une mise en scène de l’artiste Claude Lévêque, déjà intervenu sur U4 avec son œuvre « Tous les soleils ». Et puis, si une partie de son histoire est à valoriser, une autre doit disparaître. Dans les sols, l’activité éteinte de l’usine a laissé des traces de fuel, soude ou chaux. Avec la création d’un jardin dépolluant, mêlant recherche scientifique et action écologique, U4 mise définitivement sur le vert et efface la triste image passée de cette vallée mosellane.

U4, d’acier & d’arts

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Sodade par Cirque Rouage – Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Avec plus de 33 000 visiteurs en 2015, le Parc du Haut-Fourneau U4 est un pôle d’attraction touristique, en grande partie grâce à sa programmation culturelle et artistique.

« On ne peut pas tout miser sur la mémoire pour amener des visiteurs fidèles au Parc du Haut-Fourneau, d’où l’importance de développer une programmation artistique et culturelle. Depuis cinq ans, cette dernière est plus régulière. La friche industrielle se prête particulièrement aux arts du cirque et de la rue », insiste Lucie Kocevar, vice-présidente à la culture, au tourisme et au patrimoine du Val de Fensch. En la matière le site ne se contente pas juste d’être un beau décor et s’articule autour de trois axes : création, sensibilisation et diffusion de projets artistiques en tous genres. Cette volonté a pris forme dans un premier temps avec la mise en lumière du site par Claude Lévêque dans son œuvre « Tous les soleils », aujourd’hui prolongée avec une installation artistique dans la halle de coulée.

Les liens du sol

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Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Chaque année, U4 porte à bout de bras des créations ou des compagnies à travers des appels à projets, des résidences… L’objectif : renforcer les liens avec la population de ce territoire. La manifestation « Portraits de territoire », portée par la compagnie Nejma (85) en est l’un des exemples parlants. Depuis l’année dernière, une « cabine photographique » s’est baladée sur 6 communes de la vallée, du marché de Fameck au centre aquatique Feralia à Hayange. Elle a ramené de ce périple 1 200 photographies qui feront l’objet cette année d’une exposition itinérante, présentée en avant-première le 21 mai dès 19h au Parc U4.

Pop’hilarité

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Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

D’ailleurs en 2016, le site va plus loin dans la proximité et l’ouverture. « Il nous a été parfois reproché d’être trop élitistes. Cette année nous avons décidé de fonder notre programme sur le thème de « culture populaire », destiné à toucher un plus grand public. Les artistes jouent avec ce concept et ses différentes formes acceptées comme les attractions foraines, les veillées, le cirque sous chapiteau, la fête de village… », ajoute Lucie Kocevar. Tout au long de l’été, plusieurs manifestations interrogent avec humour ou poésie cette notion. Ainsi, le 19 juin l’association Boomchaka lance sa brocante de vêtement « décalée », le « Sap’en troc », où partage, customisation et art feront bon ménage.

Carrefour des disciplines

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Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Art, mémoire ouvrière et science se croisent aussi au détour de la programmation. Le 3 juillet, pour la Fête du Patrimoine Industriel, les guides Mécilor ressuscitent un bas-fourneau, ancêtre plus petit du haut-fourneau, duquel le forgeron Thierry Tonnelier extraira une loupe de fer.  Le collectif d’illustrateurs « Light Matter », lauréat 2016 de l’appel à projet Evol’U4, a travaillé autour de différentes techniques sur un abécédaire de la sidérurgie illustré présenté de juillet à septembre sur le site. Enfin, pour la première fois, les Dîners Insolites s’arrêteront à l’U4 les 15, 16 et 17 juillet. En parallèle, jusqu’à sa fermeture en octobre, le site continue d’enchanter les visiteurs avec une programmation forte en sensations diverses.

Plus d’informations sur la programmation culturelle ou le projet Evol’U4 sur le site : hf-u4.com/fr

Fleurs de friche

 

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Jardin des Traces – Crédit R. Jacquot

Entretenus par Chrysopée, les 5 hectares du Jardin des Traces dans le Parc du Haut-Fourneau d’Uckange font pousser la mémoire ouvrière autant que les belles plantes. Olivier Clause, président de l’association, nous fait faire le tour du propriétaire.

Un jardin sur une friche industrielle, qu’est-ce que cela implique ?

L’installation a été très compliquée car le terrain est hostile. Il y avait plus de deux mètres d’épaisseur de pierres de ballast, à l’origine utilisées pour le chemin de fer, ou de fondations de bâtiments. Pour planter un arbre, il faut un marteau-piqueur ou un burineur. Il existe aussi deux endroits interdits d’exploitation à cause de la pollution des sous-sols, notamment au fuel lourd. En matière environnementale, nous avons donc misé à travers le Jardin des Traces sur des expériences vertueuses. Ainsi, pour l’entretien, nous avons opté pour un engrais bio produit grâce à des composteurs et nous avons aussi un coq et deux poules.

Quelles réflexions vous ont guidé dans la mise en œuvre de cet espace ?

Aujourd’hui le Jardin des Traces est en fait l’association de trois espaces différents : le Jardin de l’Alchimie, le Jardin du Sidérurgiste et le Jardin des Énergies. Au départ, nous ne savions pas si cela allait être un parc ou plutôt un jardin. Nous avions donc seulement ajouté un peu de terre ou de gazon, passé le burin à quelques endroits. Au fur et à mesure le projet s’est enrichi, l’espace aussi et nous avons mis en scène les hectares à notre disposition. Notre premier choix était de nous orienter vers des plantes qui se plaisent sur des terrains difficiles, graminées ou sédums. Peu à peu, d’autres espèces sont venues enrichir la collection, plus colorées, plus sympathiques. Désormais nous arrivons à y faire pousser presque tout, des palmiers aux légumes.

Retrouvez toutes les informations sur le Jardin des Traces ici : jardindestraces.fr

Azannes, attention départ !

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Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

L’histoire est bien plus passionnante quand elle prend vie sous nos yeux. Il en est de même pour les vieux métiers oubliés. À Azannes, les Dimanches de Mai en Meuse les font renaître pour le plaisir de tous.

Non, vous n’êtes pas à Nogent et encore mois sous les tonnelles. Les filles sont peut-être belles mais le seul vin blanc que vous boirez ici est celui de Moselle. Malgré tout, cette chansonnette, un peu guinguette, un peu goguette, vous trotte dans la tête bien malgré vous. Bienvenue à Azannes en Meuse, là où les Vieux Métiers reprennent du service tous les ans en mai. Les visiteurs de ce village éphémère font un bond dans le temps et se retrouvent plantés au XIXème siècle face à des personnages hauts en couleurs. En 2016, retrouvez-les le jeudi de l’Ascension, les dimanches 8, 15, 22 et samedi 28 mai.

30 ans entre deux époques

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Le sabotier – Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Créée en 1985, l’association G.E.V.O. « Les Vieux Métiers » n’était destinée au début qu’à collecter des fonds en vue de construire le mémorial de Grand-Failly pour les 3.000 soldats américains et 250 soldats interalliés tombés en 1944 à la bataille de Bastogne. Au bout de deux ans, le monument est financé mais les bénévoles sont tombés dans la marmite du retour dans le passé. Les facteurs d’orgue, scieurs de long et autres tonneliers prennent leurs outils et changent plusieurs fois de paysage. En 1990, les Vieux Métiers prennent racine à Azannes, dans la ferme des « Roises » où petit à petit un vrai village se reconstitue. Sur ce terrain de 17 hectares, s’implantent d’abord des baraques en bois où forgeron, vannier ou menuisier reproduisent sous les yeux du public des gestes séculaires. Très vite cependant, les lieux retrouvent leur lustre d’antan : la chapelle d’Arrancy y est déplacée et remontée à l’identique, les maisons subissent le même sort ou sont reconstruites à partir des mêmes plans avec des éléments de récupération… Les ont suivi la forge, la tuilerie, les maisons du vannier et du pêcheur et bien d’autres édifices tous porteurs d’une histoire.

Face à l’adversité

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La forge – Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Ancré dans le XXème puis le XXIème siècle, Azannes oscille entre ces derniers et le XIXème, sa destination temporelle favorite. À une vingtaine de kilomètres de Verdun, ce territoire a été particulièrement touché pendant la Première Guerre mondiale. Nombre de villages ont été détruits et, avec eux, tout un patrimoine architectural et social. La reconstruction d’un hameau permet donc de recréer une vie qui s’est presque éteinte avant d’évoluer, engloutissant ainsi de nombreux savoirs. En effet, ce que la Grande Guerre a entamé, le déclin de la sidérurgie lorraine l’a achevé et les populations de ce charmant coin de Meuse sont parties. Aujourd’hui, le canton de Damvillers, auquel appartient Azannes, dénombre seulement 12 habitants au km2. Même de façon éphémère, la fête des Vieux Métiers modifie clairement la démographie de cette zone. Elle attire à elle de plus en plus de visiteurs, passant de plus de 19 000 en 2013 à 32 000 en 2015.

Retour aux sources

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Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Depuis vingt-cinq ans, aux « Roises », la lavandière frotte son linge sur sa planche à laver en discutant des dernières nouvelles. Le sabotier sculpte à l’aide de son paroir la forme de sa future création puis la creuse avec une tarière pour pouvoir y glisser plus tard des petits petons. L’artisan confiturier surveille son sirop de fruit en train de mijoter, laissant s’échapper d’une vieille marmite des effluves alléchants. Le boulanger a pétri sa pâte dès potron-minet et la cuit sous le nez du public. Azannes n’est pas un musée froid et inhumain. Au mois de mai, il s’anime. Les bruits du maréchal-ferrant frappant le fer sur l’enclume se mêlent à la discussion pleine de faconde du tuilier et de sa tuilière. Au fur et à mesure que passent les éditions, de nouveaux artisans viennent enrichir le creuset des 400 bénévoles. En 2015, le chaumier et le luthier ont intégré la manifestation et une toute nouvelle scierie était inaugurée.

L’avenir du passé

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Crédit Association les Vieux Métiers d’Azannes

L’équipe des Vieux métiers a pu, grâce à l’affluence des éditions précédentes, enclencher de nouveaux chantiers comme celui du moulin et sa roue à augets qui alimente en farine le boulanger pour ses pains, gaufres et tartes cuits au feu de bois. En 2016, le souffleur de verre entre aussi dans la danse. À 10 heures tapantes, les 5, 8, 15, 22 et 28 mai, le site ouvrira ses portes aux curieux, avides de changer d’époque et de rythme. Vers midi, il est temps de s’arrêter un moment pour se restaurer et savourer quelques spécialités locales, à l’instar de la soupe au lard cuisinée dans l’âtre, puis de repartir et explorer. Même les grosses légumes oubliées se rappellent à nous dans un jardin qui leur est entièrement dédié. Quant aux amateurs de « La Guerre des Boutons », ils pourront replonger avec joie dans leurs souvenirs à travers la salle de classe style XIXème. Dans l’été, l’association remet le couvert et rouvre à l’occasion du Centenaire pour faire découvrir aux passionnés d’histoire vivante « l’arrière-front allemand dans un village meusien pendant la bataille de Verdun en 1916 ». Décidément, Azannes nous fait fredonner tout au long de notre visite une mélodie bien fraîche : « les tables sont prêtes, l’aubergiste honnête, y’a des chansonnettes et y a du vin blanc ».

Le village des Vieux Métiers, Domaine des « Roises » à AZANNES. Contact : 03 29 85 60 62 / vieuxmetiers@orange.fr. Plus de renseignements : www.vieuxmetiers.com.

La foire aux métiers

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

En guise d’amuse-bouche, découvrez parmi les 80 présentés à Azannes deux métiers aujourd’hui disparus : celui du tuilier et du tanneur.

Christine et Pascal Briy : tuiliers à la vie, à l’amour

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Bénévoles aux Vieux Métiers depuis 1993, cet agent technique ONF et cette directrice d’école se retrouvent côte à côte lors des Dimanches de mai en Meuse.

Comment êtes-vous devenus tuiliers ?

P.B. : J’ai commencé par faire des remplacements sur la batteuse de blé. Et puis la fille du tuilier, Monique, est partie et il fallait la remplacer. Le président de l’association à cette époque nous a donc chargés tous les deux de prendre la relève. Monique connaissait bien le métier grâce à son père et nous a laissé des documents pour apprendre. Par la suite, nous avons enrichi nos connaissances grâce à certains visiteurs qui appartenaient directement ou indirectement à ce domaine. Nous avons même eu le directeur de la tuilerie de Pargny-sur-Saulx, venu piétiner l’argile.

C.B. : Nous avons découvert entièrement ce métier. Au départ, je ne m’imaginais pas à ce poste. J’étais plus attirée par la broderie ou la dentelle. Mais au fil du temps, j’ai appris à l’aimer. C’est une activité passionnante car elle contient de nombreux paramètres : le travail de la terre et de l’argile, les différentes cuissons, les couleurs de tuiles liées aux minéraux… Nous sommes vraiment heureux de pouvoir le partager avec le public dans une ambiance festive.

Quels aspects du métier avez-vous découverts ?

P.B. : C’est un travail qui demande de la patience et de la précision. L’argile est d’abord pétrie comme une pâte à tarte. Elle doit ensuite reposer 24 heures et être mise en forme grâce à des moules. Cette partie revient à ma femme car les tuiles sont moulées sur la cuisse. Normalement l’étape suivante est la cuisson. Mais nous n’avons pas de four assez grand pour cela. Surtout, c’est une étape très délicate. Autrefois, les hommes restaient debout jour et nuit pendant huit jours afin de le préchauffer. Les tuiles étaient chauffées en 48 heures. La température ne devait pas dépasser 1 300° Celsius sinon l’argile fondait et la fournée entière conglomérait. En plus, pour seul thermomètre, ils utilisaient une brosse avec de la soie de sanglier : en fonction de la frisure de la soie, ils estimaient si la chaleur était suffisante ou non.

C.B. : Nous présentons ce métier sous forme d’un sketch de 20 mn en alternant des parties plus techniques à d’autres plus comiques. Avec mon mari, nous jouons à nous disputer : il plaisante sur mes cuisses au moment du moulage. Cependant, nous insistons aussi sur la pénibilité de ce travail et les visiteurs sont assez fascinés. Les tuiliers s’échinaient toute l’année. En hiver, ils cherchaient du bois et de la terre. Au printemps, ils passaient au modelage et en été s’attelaient à la cuisson. Aujourd’hui le métier a totalement disparu alors qu’au XIXème siècle, il y en avait dans chaque village.

Patrice Ledard : « plus pelletier que tanneur »

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Comme Christine et Pascal Briy, Patrice Ledard est là depuis le début de l’aventure des Vieux Métiers. Depuis presque 30 ans, il donne une seconde vie aux petites bêtes.

Comment êtes-vous devenus tanneur ?

À l’origine, j’étais aux entrées. À cette époque, elles étaient situées au niveau de la route, qui était coupée pour l’occasion. Et puis, quand le village s’est déplacé à Azannes, l’association a créé des guitounes pour filtrer le flux des visiteurs. J’ai continué pendant deux ans et puis on m’a demandé d’intégrer un métier. Ayant déjà effectué des stages de reliure, je devais initialement m’orienter dans ce domaine et puis, finalement il y avait besoin d’un tanneur supplémentaire. J’ai commencé avec la doyenne des Vieux métiers et des bénévoles : Mme Claude. À 95 ans, elle travaille toujours le tannage avec moi et c’est aussi elle qui m’a appris ce métier.

Quels aspects du métier avez-vous découverts ?

Ce que nous faisons relève plus du pelletier que du tanneur car le pelage de la bête reste intact. Nous travaillons uniquement sur des petites peaux, du lapin le plus souvent mais aussi du mouton. Le tanneur agit en plusieurs étapes sur les peausseries et il nous est impossible de les réaliser toutes en une seule journée. Nous préparons donc les peaux une semaine avant et nous montrons au public l’étape de l’assouplissement. C’est la partie la plus importante car elle détermine la souplesse et la qualité du cuir ou de la peau. L’objectif du tannage est d’empêcher cette dernière de pourrir. Pour se faire, différentes substances peuvent être utilisées. Les Esquimaux se servaient de salive humaine. Aujourd’hui l’industrie réalise des tannages au chrome. Une seule journée suffit pour tanner les peaux alors qu’un tannage végétal pouvait prendre jusqu’à 30 ans…

Comment réagit le public ?

En général, le tannage est un travail plutôt dégoutant mais il arrive que certaines personnes soient intéressées. Une fois, un visiteur venu des Ardennes est resté une journée avec nous pour essayer de comprendre comment ça fonctionne. C’était un piégeur : il tuait des animaux nuisibles comme les rats musqués et il ne savait pas quoi faire des peaux. Il en était désolé. Il est revenu l’année suivant et encore celle d’après. Cette fois-là, il a ramené un dessus de lit qu’il avait fait avec les fourrures de rats musqués. C’était un vrai chef d’œuvre.

Bussang : un théâtre popul’art

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Théâtre de Bussang – Crédit Eric Legrand

C’est un endroit inspiré où théâtre rime avec populaire et exigence. Avant de lancer ses Estivales 2016 en juillet, ce lieu mythique se laisse visiter tout au long du mois de mai. Suivez le guide !

Au XVIIème siècle, le théâtre était un genre éminemment populaire, un lieu de vie. Les spectateurs face à certaines représentations donnaient de la voix, haranguaient les comédiens, s’appropriaient ce qui se jouait sous leurs yeux. Au fil du temps, dans l’esprit du public, cet espace ouvert et cosmopolite est devenu sans le vouloir plus élitiste. Il en est un où cet art appartient toujours au peuple : le théâtre de Bussang dans les Vosges, créé par Maurice Pottecher au XIXème siècle.

La nature pour horizon

theatre Crédit DR

Crédit Jean-Jacques Utz

La première représentation a lieu en 1895 sur une scène construite à flanc de montagne et complétement ouverte sur l’extérieur. Pour jouer sa propre pièce, Le Diable marchand de goutte, Maurice Pottecher embauche comme comédiens les membres de sa propre famille, des habitants du village et des ouvriers des usines voisines. Dès lors, le fondateur de ce nouveau temple du 6ème art, n’aura de cesse d’appliquer sa philosophie à ses créations suivantes : « un théâtre à la portée de tous les publics, un divertissement fait pour rapprocher les hommes et gommer les clivages sociaux et culturels ». Le Théâtre de Bussang prend peu à peu forme, épousant celle d’un chalet ou d’une grange en bois et conservant jusqu’à aujourd’hui une ouverture vers la forêt en fond de scène. Quant à la programmation, elle continue d’être aussi éclectique, mêlant amateurs et professionnels, Pottecher, Shakespeare et Molière et d’autres auteurs contemporains.

Visites guidées les dimanches et mardis à 10h30 et sur réservation pour les groupes. Contact : 03 29 61 62 47 / info@theatredupeuple.com. Tarif : 3 € (gratuit – 12ans). Site : theatredupeuple.com.

 

Le peuple uni du JDM

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Patrice – Crédit Xavier Portela

No pasarán ! C’est ce que crie du bout du poing le Jardin du Michel pour sa 12ème édition. L’affiche de cette nouvelle mouture réveille le rebelle qui dort en nous et nous exhorte à tous nous rassembler pour résister en fête et en musique.

Après un anniversaire des dix ans dignement célébré et une onzième édition gourmande, le Jardin du Michel revient plus fort que jamais, un peu loubard, un peu tatoué mais hautement explosif. Les 3, 4 et 5 juin 2016, le JDM opère un retour aux sources avec une programmation plus alternative, plus militante aussi à travers des artistes comme Manu Chao, Hubert-Félix Thiéfaine ou Nekfeu. Défenseurs du beau verbe en alexandrins ou rimes rejetées, ils sont tous des personnalités à part, forgées dans l’acier musical, intransigeantes et culottées.

Poing levé…

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Manu Chao – Crédit Prudence Uptonbd

« Nous avons bouclé la décennie d’existence du JDM en 2015 sur une note pop plus légère et nous voulions en profiter pour lancer un nouveau cycle. Nous avons souhaité un projet plus simple et, en même temps, avec un esprit plus impertinent et rock », indique Jérôme Daab, programmateur du festival. Les attentats de novembre 2015 ont aussi teinté cette douzième édition d’une couleur plus sombre. « Cela nous a guidés dans notre travail. La charte graphique, notamment, a plus de caractère. Mais en parallèle, on retrouve une certaine forme de proximité avec le public », ajoute-t-il. Pour renforcer encore plus l’ambiance conviviale, marque de fabrique du JDM, Turbul’lance, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif organisatrice du festival, a changé sa configuration. Ainsi la scène alternative, dédiée aux découvertes régionales et aux coups de pouce, se métamorphose en chapiteau cosy et chaleureux. Entre deux têtes d’affiche, les festivaliers pourront se désaltérer au son de talents locaux, du flot de Young Ice’s Babe aux voix fissurées façon rock de The Yokel.

… Et rage de vivre

Nekfeu

Nekfeu

Militant, le Jardin du Michel l’est aussi par sa volonté sans cesse réaffirmée de proposer une expérience « transdisciplinaire ». « Nous avons pour objectif de créer un évènement culturel, au sens large du terme. C’est une parenthèse enchantée à la campagne ». Pour s’en assurer, direction la Cabane du Michel où règne une atmosphère de cirque d’antan mélangée à des performances d’artistes plus déjantées et hilarantes les unes que les autres. Il faudra même prendre garde car quelques performeurs perturbateurs se glisseront dans le public. Le spectacle vivant, le festival le défend bec et ongles. En marge de la manifestation, Turbul’lance soutient de nombreuses initiatives telles que les chantiers des jeunes de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) ou l’accueil des personnes en situation de handicap. En 2016, le JDM résiste en musique et le poing levé. Le peuple musical, jamais ne sera vaincu.

Programmation et billetterie du JDM à Bulligny : www.jardin-du-michel.fr

Sur le sable

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Balnéaires – Crédit Frédéric Cornu

Après une incursion dans une ville d’Alep fantomatique puis sur les routes des États-Unis dans les années 1970, la galerie CRI des Lumières à Lunéville prend le pouls de la plage de Bray-Dunes à travers le travail du photographe Frédéric Cornu.

Souchon chantait un baiser sur la plage de Malo Bray-Dunes. Frédéric Cornu, photographe lillois, fredonne une autre chanson : celle de ceux qui la fréquentent. Dans cette série de portraits en noir et blanc, il capte des bribes de vies, un peu cabossées, riches de leurs défauts. Il transplante au cœur de son travail la beauté et la fragilité de corps qui ne se veulent ni esthétiques, ni commerciaux. Ils sont « glorieux », comme les décrit l’écrivain Thierry Hesse : « en leurs chairs éprouvées, [ils] révèlent alors l’histoire de leur seule subsistance. Ce qu’effacent à jamais les créatures sans qualités, sans accidents […] imperméables aux heurts, au vent qui souffle dans les dunes, aux peines si quotidiennes – des images de la mode ».

Une humanité portée aux nues

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Balnéaires – Crédits Frédéric Cornu

En nous faisant découvrir le travail de cet artiste, le CRI des Lumières (Carrefour des Regards et de l’Image) continue sur sa lignée de photographie « humaniste et sociale » que maintient par ses choix son directeur artistique, Éric Didym. « La problématique de la couleur est que, lorsqu’on regarde l’image, on ne voit dans un premier temps que ça. La question à se poser en tant que photographe est : est-ce qu’on raconte quelque chose ou se lance-t-on dans un acte esthétique ? », analyse celui-ci. Clairement, Frédéric Cornu a opté pour la première solution.

« Balnéaires », du 16 avril au 12 juin (fermé le mardi), place de la deuxième division de cavalerie au Château de Lunéville. Plus d’informations : www.crideslumieres.org.

 

RING vous met K.O.

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4 Rodrigo Garcia

Après deux ans d’attente, le festival RING reprend du service pour une cinquième mouture, toujours aussi foisonnante. Poétique ou lyrique, drôle ou méditatif, il nous fait passer du rire aux larmes et met les compteurs théâtraux à zéro.

 Pendant les Rencontres Internationales Nouvelles Générations, difficile pour le spectateur de rester dans les cordes. Le festival le plonge en pleine mêlée, au cœur d’une représentation qui a tout du combat de boxe. Peut-être, à l’entrée de la salle, faudrait-il troquer son ticket pour des gants protecteurs, ces « boules de cuir » que Claude Nougaro teintait d’adrénaline et de déception dans sa chanson. Elles se frôlent, se jaugent, échangent quelques volées indolores pour mieux s’imprégner les unes des autres. RING, c’est Cassius Clay dans le corps de Gandhi. Ses « coups ne font pas mal, ils nous réveillent, ils nous secouent », comme l’analyse Michel Didym, directeur du Théâtre de la Manufacture et instigateur de la manifestation.

Portrait cubiste

Du 21 au 29 avril, des artistes et compagnies du monde entier convergent vers Nancy pour présenter leurs visions. Du Chili ou de Suède, ils parlent tous d’un sujet universel : l’être humain. Insaisissable, décevant ou au contraire source d’espoir, il change de visage d’une pièce à l’autre. Toutes interrogent ses motivations, ses capacités à résister ou à accepter l’inéluctable, ses desseins secrets. Le portrait qui en découle est un peu cubique, la mâchoire se décroche, les yeux sont décalés mais toujours son essence reste intacte. « La programmation replace l’homme au milieu des préoccupations. De nombreuses questions émergent : a-t-on toujours le choix ? Pris dans des événements qui nous dépassent, peut-on s’en extirper, cesser d’être des pions ? Tous les spectacles célèbrent à leur façon la force de la vie », exprime Emmanuelle Duchesne, secrétaire générale de la Manufacture. Même les contes de fées prennent quelques coups bien sentis : dans « Dérèglement de contes », la troupe franco-allemande de Sciences Po Paris à Nancy chamboule les récits de notre enfance et changent les perspectives à travers une réécriture de Cendrillon et du Petit Chaperon Rouge par Joël Pommerat.

Résister

FESTIVAL FACTO 2013 LA MERIDIENNNE LUNEVILLE 54 FR

Festival Facto 2013 – La Méridienne Lunéville

Cette 5ème édition tisse subtilement plusieurs thématiques. L’une d’entre elle trouve une résonance particulière dans l’actualité : l’action de résister. Dans « Tank Man », l’auteur et interprète chorégraphique Ali Salmi se glisse dans le corps de ce manifestant inconnu qui, sur la place Tien’Anmen en 1989, fait face à une colonne de quatre chars. Immortalisé par le photojournaliste américain Jeff Widener, il est le symbole anonyme de la résistance face à la répression. La révolte peut revêtir plusieurs formes. Celle des esclaves contre leurs maîtres tourne au vinaigre dans « L’Île des esclaves » de Mariveaux. Quand les dominés deviennent dominants, l’histoire se répète et gare aux abus de pouvoir. « Truc&Truc », une série de micro-fictions concoctée par deux énergumènes facétieux et décalés, se rebelle contre le sérieux ambiant. Le duo d’interprètes Blutsch & Brault cultive l’absurde à la manière des brèves de comptoir et font vivre les gens de la rue avec gourmandise. Ils viennent mettre un point final et joyeux à votre soirée de spectacles à 22h au Bar de la Manufacture les 26, 28, 29 avril et le 27 au CCN Ballet de Lorraine.

Éclosion de scènes

Avec RING, le spectacle vivant est à la portée de tous, amateurs éclairés de théâtre ou simples curieux. Et puis RING ne tient pas en place et saute de scène en scène : au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy, à l’Amphi Déléage sur le campus Lettres de Nancy, au Lycée Stanislas de Villers-lès-Nancy, au CLEJ de Jarville-la-Malgrange ou sur le site Alstom. Comme à chaque édition, le Théâtre de la Manufacture continue de questionner les liens entre la scène et le parterre. Dans « Examen », de nouveau, ils sont bouleversés. Imaginée et mise en scène par Michel Didym, cette pièce projette les spectateurs dans la peau de membres d’un jury. Face à eux les acteurs s’approprient les textes d’auteurs européens écrits sur-mesure pour cette création. Tous les deux ans, RING s’amuse avec nous autant qu’il nous amuse. Le festival est une bouffée d’air frais théâtral. Inspirez, expirez, le combat commence. Tout le monde en sort vainqueur.

Les uns contre les autres

Sur le ring, cinq spectacles sont à découvrir comme autant de boxeurs talentueux. Spécialistes du K.O., du jeu de jambe diabolique ou d’un revers du gauche explosif, chacun vous frappera à sa manière, mais sans violence.

LesEvénements©EricDidym

Les Évènements Crédit Eric Didym

 

  • Les Événements (The Events)

Pays : Grande-Bretagne

Âge : Première à Nancy

Mise en RING : Ramin Gray

Arbitre-traducteur : Dominique Hollier

Taille : Deux acteurs sur scène, Romane Bohringer dans le rôle de Claire et Antoine Reinartz dans celui du « Garçon », accompagné d’une chorale différente à chaque représentation.

Spécialité : super-welters

Palmarès : production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture, les Théâtres de la Ville de Luxembourg et Actors Touring Company (Londres).

Résumé du Combat : Inspiré par les attentats du 22 juillet 2011 en Norvège, où 77 personnes trouvèrent la mort assassinées par Anders Breivik, puis par ceux de Boston et Woolwich, l’auteur David Greig tente de comprendre le mécanisme de la violence et de l’horreur. Qu’est-ce qui pousse à passer à l’acte ? Surtout, comment donner du sens à « l’après » ? Romane Bohringer campe Claire, pasteur à la tête d’une chorale en milieu communautaire, qui doit faire face au passage à l’acte d’un jeune homme de son entourage. Lui aussi, à l’image de Breivik, prend une arme et la dirige contre « ceux qui ne sont pas d’ici ». Antoine Reinartz joue successivement un psychiatre, le père du « terroriste », sa copine… et aide à recomposer un puzzle complexe.

  • Operetta Burlesca

 Pays : Italie

Âge : créé en 2014

Écriture et mise en RING : Emma Dante

Arbitre-chorégraphe : Davide Celona

Taille : Quatre interprètes sur scène : Davide Celona, Marcella Colaianni, Francesco Guida, Carmine Maringola

Spécialité : poids légers

Résumé du Combat : Dans cette pièce construite comme un spectacle musicale où les douleurs se dissimulent sous des paillettes, c’est au tour de Pietro de mettre les gants de boxe. Né en Sicile près du Vésuve, sa vie est comme une lave en fusion, brûlée, abîmée sans cesse par les épreuves que la société italienne met sur sa route. Né garçon, il rêve d’être fille et doit travailler à la pompe à essence de son père. Et puis il aime les garçons dans un milieu où les homosexuels sont ostracisés… Avec son « Operetta Burlesca », Emma Dante peint un portrait intime, à la fois brutal et sensible.

OperettaBurlesca

Operetta Burlesca DR

  • Drive In

Pays : France

Âge : Spectacle inédit

Écriture : Carole Prieur

Mise en RING : Marie Grosdidier

Arbitre-chorégraphe : Nathalie Pernette

Taille : Quatre acteurs en scène Jean-Thomas Bouillaguet, Philippe Dubos, Benoît Fourchard et Nicolas Marchand

Spécialité : poids coqs

Palmarès : production La Chose Publique, compagnie de théâtre nancéienne et CDN Nancy-Lorraine

Lieu de la rencontre : Site Alstom

Résumé du combat : Dans « Drive-In », nulle histoire de résistance mais plutôt celle d’une soumission : celle du corps. La compagnie La Chose Publique s’attaque au sujet délicat de la prostitution abordée grâce aux récits de clients types. La femme est ici une marchandise vendue comme une commande à emporter. Sur une place quatre bornes délimitent l’espace d’une scène à l’air libre. Quatre clients arrivent en voiture et s’arrêtent devant l’une d’elles. De l’autre côté le public assiste au processus de commande et par ce biais tente de comprendre ce qui les pousse à « consommer ».

  • Acceso

Pays : Chili

Âge : créé en avril 2014 au Teatro La Memoria, Santiago de Chile

Écriture : Pablo Larraín et Roberto Farías

Mise en RING : Pablo Larraín

Taille : performance solo de Roberto Farías

Spécialité : poids lourds

Résumé du combat : Fin de la rencontre. Le boxeur, Roberto Farías alias Sandokán, sort de son arène, en sueur. Sandokán est vendeur ambulant. Il propose ses babioles aux passagers d’un bus et dans le même temps se dévoile, raconte sa vie cabossée de « gladiateur urbain ». L’acteur livre une performance intense dirigée par le réalisateur du film « No », Pablo Larraín. Dans « Acceso », Sandokán devient le porte-voix des exclus de la société, trop pauvres pour pouvoir changer le cours des choses et obligés de subir, d’encaisser. Encore une histoire de pugilistes qui s’ignorent.

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Acceso Crédit Sergio Armstrong

  • Quatre infirmières suédoises en déplacement

 Pays : Suède-Belgique

Âge : UBIK Group en est à sa 1980ème ville.

Écriture, mise en RING et interprétation : UBIK Group : Anja Tillberg, Sylvain Daï, Vana Maria Godée, Emilia Tillberg, Cyril Aribaud et Beata Szparagowska

Spécialité : poids plumes

Palmarès : production Théâtre de Liège et Shanti Shanti asbl, co-production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture

Résumé du combat : Notre belle ville est-elle malade ? Quatre infirmières vont de cité en cité pour offrir avec humour leur diagnostic des lieux explorés. Les 25 et 26 avril, Nancy devient leur nouveau patient. Après avoir parcouru la métropole lorraine, elles exposent leurs observations au public à l’aide de projections vidéo, de témoignages et de faits réels ou fictifs.

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All you need is « Punk Records »

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Quarante ans qu’il résiste encore et toujours à l’envahisseur. En revanche, Francis Kremer ne se bat pas contre de vils Romains, comme dans la mythique BD de Goscinny et Uderzo, mais contre de plus gros poissons. Punk records is not dead !1

« Punk records » est un bout de Camden Town en plein cœur de Nancy. Coincé entre deux restaurants, la boutique passe presque inaperçue, comme une faille spatio-temporelle au milieu de la rue. Pourtant, elle est là depuis 1975 et a remplacé le bric-à-brac d’un antiquaire par une collection hallucinante de galettes estampillées rock, blues, jazz, soul ou des disques compacts d’import. Et derrière ce lieu de résistance musicale se cache un sacré personnage : « l’irréductible Gaulois » Francis Kremer. « Je suis tombé dans la marmite dès l’âge de onze ans. En 1966, la radio française ne diffusait que du Johnny ou du Cloclo », pas vraiment la tasse de thé du bonhomme… « Heureusement, mon grand-frère m’a fait découvrir ce qui se passait de l’autre côté de la Manche, les Beatles et les Stones », reconnaît-il avec espièglerie. La vague anglo-saxonne a tout balayé. Une seule chose est restée : la passion du disquaire.

Punk à la racine

Sur la devanture en bois d’un bleu délavé, les lettres de l’enseigne se contorsionnent façon psychédélique. Mais où est le punk dans tout cela ? N’espérez pas être accueillis pas un propriétaire avec une iroquoise plantée sur la tête et des épingles à nourrice dans les oreilles. Francis Kremer, c’est plutôt cheveux longs attachés et petites lunettes rondes d’érudit du rock, celui qui passe son temps à dénicher des perles ou découvrir des groupes improbables. « En fait, au moment où je me suis installé le mot existait déjà. Au début des années 70, Yves Adrien, chroniqueur dans Rock & Folk, signait sous le nom de « Sweet Punk » puis d’ « Eve Punk ». Dans la chanson ʺflower punkʺ, sur l’album , Frank Zappa s’adresse à un hippie et le traite de punk (idiot en argot). Le terme ne désigne pas seulement The Clash et les Sex Pistols. Et puis Rock records n’allait pas ; l’autre alternative était plus branchée », se souvient-il.

Le vinyle, envers et contre tous

Pendant la tempête internet et MP3, il s’accroche aux vinyles et tient bon. « S’il en reste un seul à vendre, ce sera chez moi. Ce support a survécu grâce aux indépendants. Les maisons de disque leur abandonnaient des licences pour tirer quelques exemplaires en toute confidentialité. Aujourd’hui, elles font marche arrière et relancent leur production, quitte à engloutir les petits », déplore-t-il. Et dans son incroyable collection, le disquaire a quelques bon vieux crus oubliés comme les « Rupert’s people ». Pour lui, la musique ne reste pas confinée à la platine, elle s’écoute au grand air, en live. Au détour de la conversation, il se remémore en riant un concert exceptionnel du jazzman Sun Ra aux NJP : « lui habillé en égyptien entouré de ses saxophonistes qui commencent à partir tous en impro free jazz. Des mulots ont littéralement fui le chapiteau tellement c’était fort ». Plus qu’un irréductible Gaulois, Francis Kremer est un indécrottable punk, un « vaurien » en rébellion contre l’ordre musical établi. Seul la coiffure diffère. À bas les crêtes, bonjour les crêpes (de vinyle bien sûr) !

Punk Records, 27 rue des Maréchaux à Nancy. Tél. 03 83 36 79 56.
1 Allusion au slogan « Punk’s not dead », le punk n’est pas mort.

Dans la tête

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