Azannes, attention départ !

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Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

L’histoire est bien plus passionnante quand elle prend vie sous nos yeux. Il en est de même pour les vieux métiers oubliés. À Azannes, les Dimanches de Mai en Meuse les font renaître pour le plaisir de tous.

Non, vous n’êtes pas à Nogent et encore mois sous les tonnelles. Les filles sont peut-être belles mais le seul vin blanc que vous boirez ici est celui de Moselle. Malgré tout, cette chansonnette, un peu guinguette, un peu goguette, vous trotte dans la tête bien malgré vous. Bienvenue à Azannes en Meuse, là où les Vieux Métiers reprennent du service tous les ans en mai. Les visiteurs de ce village éphémère font un bond dans le temps et se retrouvent plantés au XIXème siècle face à des personnages hauts en couleurs. En 2016, retrouvez-les le jeudi de l’Ascension, les dimanches 8, 15, 22 et samedi 28 mai.

30 ans entre deux époques

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Le sabotier – Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Créée en 1985, l’association G.E.V.O. « Les Vieux Métiers » n’était destinée au début qu’à collecter des fonds en vue de construire le mémorial de Grand-Failly pour les 3.000 soldats américains et 250 soldats interalliés tombés en 1944 à la bataille de Bastogne. Au bout de deux ans, le monument est financé mais les bénévoles sont tombés dans la marmite du retour dans le passé. Les facteurs d’orgue, scieurs de long et autres tonneliers prennent leurs outils et changent plusieurs fois de paysage. En 1990, les Vieux Métiers prennent racine à Azannes, dans la ferme des « Roises » où petit à petit un vrai village se reconstitue. Sur ce terrain de 17 hectares, s’implantent d’abord des baraques en bois où forgeron, vannier ou menuisier reproduisent sous les yeux du public des gestes séculaires. Très vite cependant, les lieux retrouvent leur lustre d’antan : la chapelle d’Arrancy y est déplacée et remontée à l’identique, les maisons subissent le même sort ou sont reconstruites à partir des mêmes plans avec des éléments de récupération… Les ont suivi la forge, la tuilerie, les maisons du vannier et du pêcheur et bien d’autres édifices tous porteurs d’une histoire.

Face à l’adversité

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La forge – Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Ancré dans le XXème puis le XXIème siècle, Azannes oscille entre ces derniers et le XIXème, sa destination temporelle favorite. À une vingtaine de kilomètres de Verdun, ce territoire a été particulièrement touché pendant la Première Guerre mondiale. Nombre de villages ont été détruits et, avec eux, tout un patrimoine architectural et social. La reconstruction d’un hameau permet donc de recréer une vie qui s’est presque éteinte avant d’évoluer, engloutissant ainsi de nombreux savoirs. En effet, ce que la Grande Guerre a entamé, le déclin de la sidérurgie lorraine l’a achevé et les populations de ce charmant coin de Meuse sont parties. Aujourd’hui, le canton de Damvillers, auquel appartient Azannes, dénombre seulement 12 habitants au km2. Même de façon éphémère, la fête des Vieux Métiers modifie clairement la démographie de cette zone. Elle attire à elle de plus en plus de visiteurs, passant de plus de 19 000 en 2013 à 32 000 en 2015.

Retour aux sources

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Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Depuis vingt-cinq ans, aux « Roises », la lavandière frotte son linge sur sa planche à laver en discutant des dernières nouvelles. Le sabotier sculpte à l’aide de son paroir la forme de sa future création puis la creuse avec une tarière pour pouvoir y glisser plus tard des petits petons. L’artisan confiturier surveille son sirop de fruit en train de mijoter, laissant s’échapper d’une vieille marmite des effluves alléchants. Le boulanger a pétri sa pâte dès potron-minet et la cuit sous le nez du public. Azannes n’est pas un musée froid et inhumain. Au mois de mai, il s’anime. Les bruits du maréchal-ferrant frappant le fer sur l’enclume se mêlent à la discussion pleine de faconde du tuilier et de sa tuilière. Au fur et à mesure que passent les éditions, de nouveaux artisans viennent enrichir le creuset des 400 bénévoles. En 2015, le chaumier et le luthier ont intégré la manifestation et une toute nouvelle scierie était inaugurée.

L’avenir du passé

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Crédit Association les Vieux Métiers d’Azannes

L’équipe des Vieux métiers a pu, grâce à l’affluence des éditions précédentes, enclencher de nouveaux chantiers comme celui du moulin et sa roue à augets qui alimente en farine le boulanger pour ses pains, gaufres et tartes cuits au feu de bois. En 2016, le souffleur de verre entre aussi dans la danse. À 10 heures tapantes, les 5, 8, 15, 22 et 28 mai, le site ouvrira ses portes aux curieux, avides de changer d’époque et de rythme. Vers midi, il est temps de s’arrêter un moment pour se restaurer et savourer quelques spécialités locales, à l’instar de la soupe au lard cuisinée dans l’âtre, puis de repartir et explorer. Même les grosses légumes oubliées se rappellent à nous dans un jardin qui leur est entièrement dédié. Quant aux amateurs de « La Guerre des Boutons », ils pourront replonger avec joie dans leurs souvenirs à travers la salle de classe style XIXème. Dans l’été, l’association remet le couvert et rouvre à l’occasion du Centenaire pour faire découvrir aux passionnés d’histoire vivante « l’arrière-front allemand dans un village meusien pendant la bataille de Verdun en 1916 ». Décidément, Azannes nous fait fredonner tout au long de notre visite une mélodie bien fraîche : « les tables sont prêtes, l’aubergiste honnête, y’a des chansonnettes et y a du vin blanc ».

Le village des Vieux Métiers, Domaine des « Roises » à AZANNES. Contact : 03 29 85 60 62 / vieuxmetiers@orange.fr. Plus de renseignements : www.vieuxmetiers.com.

La foire aux métiers

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

En guise d’amuse-bouche, découvrez parmi les 80 présentés à Azannes deux métiers aujourd’hui disparus : celui du tuilier et du tanneur.

Christine et Pascal Briy : tuiliers à la vie, à l’amour

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Bénévoles aux Vieux Métiers depuis 1993, cet agent technique ONF et cette directrice d’école se retrouvent côte à côte lors des Dimanches de mai en Meuse.

Comment êtes-vous devenus tuiliers ?

P.B. : J’ai commencé par faire des remplacements sur la batteuse de blé. Et puis la fille du tuilier, Monique, est partie et il fallait la remplacer. Le président de l’association à cette époque nous a donc chargés tous les deux de prendre la relève. Monique connaissait bien le métier grâce à son père et nous a laissé des documents pour apprendre. Par la suite, nous avons enrichi nos connaissances grâce à certains visiteurs qui appartenaient directement ou indirectement à ce domaine. Nous avons même eu le directeur de la tuilerie de Pargny-sur-Saulx, venu piétiner l’argile.

C.B. : Nous avons découvert entièrement ce métier. Au départ, je ne m’imaginais pas à ce poste. J’étais plus attirée par la broderie ou la dentelle. Mais au fil du temps, j’ai appris à l’aimer. C’est une activité passionnante car elle contient de nombreux paramètres : le travail de la terre et de l’argile, les différentes cuissons, les couleurs de tuiles liées aux minéraux… Nous sommes vraiment heureux de pouvoir le partager avec le public dans une ambiance festive.

Quels aspects du métier avez-vous découverts ?

P.B. : C’est un travail qui demande de la patience et de la précision. L’argile est d’abord pétrie comme une pâte à tarte. Elle doit ensuite reposer 24 heures et être mise en forme grâce à des moules. Cette partie revient à ma femme car les tuiles sont moulées sur la cuisse. Normalement l’étape suivante est la cuisson. Mais nous n’avons pas de four assez grand pour cela. Surtout, c’est une étape très délicate. Autrefois, les hommes restaient debout jour et nuit pendant huit jours afin de le préchauffer. Les tuiles étaient chauffées en 48 heures. La température ne devait pas dépasser 1 300° Celsius sinon l’argile fondait et la fournée entière conglomérait. En plus, pour seul thermomètre, ils utilisaient une brosse avec de la soie de sanglier : en fonction de la frisure de la soie, ils estimaient si la chaleur était suffisante ou non.

C.B. : Nous présentons ce métier sous forme d’un sketch de 20 mn en alternant des parties plus techniques à d’autres plus comiques. Avec mon mari, nous jouons à nous disputer : il plaisante sur mes cuisses au moment du moulage. Cependant, nous insistons aussi sur la pénibilité de ce travail et les visiteurs sont assez fascinés. Les tuiliers s’échinaient toute l’année. En hiver, ils cherchaient du bois et de la terre. Au printemps, ils passaient au modelage et en été s’attelaient à la cuisson. Aujourd’hui le métier a totalement disparu alors qu’au XIXème siècle, il y en avait dans chaque village.

Patrice Ledard : « plus pelletier que tanneur »

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Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Comme Christine et Pascal Briy, Patrice Ledard est là depuis le début de l’aventure des Vieux Métiers. Depuis presque 30 ans, il donne une seconde vie aux petites bêtes.

Comment êtes-vous devenus tanneur ?

À l’origine, j’étais aux entrées. À cette époque, elles étaient situées au niveau de la route, qui était coupée pour l’occasion. Et puis, quand le village s’est déplacé à Azannes, l’association a créé des guitounes pour filtrer le flux des visiteurs. J’ai continué pendant deux ans et puis on m’a demandé d’intégrer un métier. Ayant déjà effectué des stages de reliure, je devais initialement m’orienter dans ce domaine et puis, finalement il y avait besoin d’un tanneur supplémentaire. J’ai commencé avec la doyenne des Vieux métiers et des bénévoles : Mme Claude. À 95 ans, elle travaille toujours le tannage avec moi et c’est aussi elle qui m’a appris ce métier.

Quels aspects du métier avez-vous découverts ?

Ce que nous faisons relève plus du pelletier que du tanneur car le pelage de la bête reste intact. Nous travaillons uniquement sur des petites peaux, du lapin le plus souvent mais aussi du mouton. Le tanneur agit en plusieurs étapes sur les peausseries et il nous est impossible de les réaliser toutes en une seule journée. Nous préparons donc les peaux une semaine avant et nous montrons au public l’étape de l’assouplissement. C’est la partie la plus importante car elle détermine la souplesse et la qualité du cuir ou de la peau. L’objectif du tannage est d’empêcher cette dernière de pourrir. Pour se faire, différentes substances peuvent être utilisées. Les Esquimaux se servaient de salive humaine. Aujourd’hui l’industrie réalise des tannages au chrome. Une seule journée suffit pour tanner les peaux alors qu’un tannage végétal pouvait prendre jusqu’à 30 ans…

Comment réagit le public ?

En général, le tannage est un travail plutôt dégoutant mais il arrive que certaines personnes soient intéressées. Une fois, un visiteur venu des Ardennes est resté une journée avec nous pour essayer de comprendre comment ça fonctionne. C’était un piégeur : il tuait des animaux nuisibles comme les rats musqués et il ne savait pas quoi faire des peaux. Il en était désolé. Il est revenu l’année suivant et encore celle d’après. Cette fois-là, il a ramené un dessus de lit qu’il avait fait avec les fourrures de rats musqués. C’était un vrai chef d’œuvre.

Bussang : un théâtre popul’art

tdp parc - Crédit Eric Legrand

Théâtre de Bussang – Crédit Eric Legrand

C’est un endroit inspiré où théâtre rime avec populaire et exigence. Avant de lancer ses Estivales 2016 en juillet, ce lieu mythique se laisse visiter tout au long du mois de mai. Suivez le guide !

Au XVIIème siècle, le théâtre était un genre éminemment populaire, un lieu de vie. Les spectateurs face à certaines représentations donnaient de la voix, haranguaient les comédiens, s’appropriaient ce qui se jouait sous leurs yeux. Au fil du temps, dans l’esprit du public, cet espace ouvert et cosmopolite est devenu sans le vouloir plus élitiste. Il en est un où cet art appartient toujours au peuple : le théâtre de Bussang dans les Vosges, créé par Maurice Pottecher au XIXème siècle.

La nature pour horizon

theatre Crédit DR

Crédit Jean-Jacques Utz

La première représentation a lieu en 1895 sur une scène construite à flanc de montagne et complétement ouverte sur l’extérieur. Pour jouer sa propre pièce, Le Diable marchand de goutte, Maurice Pottecher embauche comme comédiens les membres de sa propre famille, des habitants du village et des ouvriers des usines voisines. Dès lors, le fondateur de ce nouveau temple du 6ème art, n’aura de cesse d’appliquer sa philosophie à ses créations suivantes : « un théâtre à la portée de tous les publics, un divertissement fait pour rapprocher les hommes et gommer les clivages sociaux et culturels ». Le Théâtre de Bussang prend peu à peu forme, épousant celle d’un chalet ou d’une grange en bois et conservant jusqu’à aujourd’hui une ouverture vers la forêt en fond de scène. Quant à la programmation, elle continue d’être aussi éclectique, mêlant amateurs et professionnels, Pottecher, Shakespeare et Molière et d’autres auteurs contemporains.

Visites guidées les dimanches et mardis à 10h30 et sur réservation pour les groupes. Contact : 03 29 61 62 47 / info@theatredupeuple.com. Tarif : 3 € (gratuit – 12ans). Site : theatredupeuple.com.

 

La vie en jaune et noir

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Crédit Roland Weibel

Le rucher de Montaigu, à Laneuveville, est un petit paradis pour les abeilles. Ici les ouvrières et leur reine travaillent d’arrache-pied, profitant de la douceur prolongée d’un hiver extraordinaire. Pourtant de multiples dangers les menacent.

 Quand l’abeille va tout va. Pour ce petit insecte ailé, qui a survécu à la grande élimination des dinosaures il y a 65 millions d’années, les choses deviennent quand même de plus en plus difficiles et l’homme n’est pas étranger à son malheur. Dans notre région, Abeille Lorraine se démène pour perpétuer et préserver l’espèce. Niché dans un coin du domaine de Montaigu, à quelques pas du château, le rucher de l’association s’est trouvé un joli coin de verdure. Les 10 000 locataires vont et viennent, zonzonnent en sortant de leur ruche et effleurent dans un vol délicat Roland Weibel, membre de ce syndicat d’apiculteurs et président du CETAGN (Centre d’Études Techniques Apicoles du Grand Nancy).

 Un hiver particulier

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Crédit Roland Weibel

 « Finalement l’ « apis mellifera » s’adapte. Tout est organisé pour la survie de l’espèce et les conditions climatiques récentes  lui ont été profitables. Cette année, le développement des ruches a été plus précoce : il y a plus d’abeilles qu’il y a quinze jours. Le temps a permis à la reine de pondre sans interruption », constate-t-il. Pour autant cette douceur hivernale n’a pas que de bons côtés. Les ouvrières continuent à sortir mais sans ramener de nectar, qu’elles sont censées stocker avant d’hiverner. Aussi, les apiculteurs n’ont pas récolté de miel dans le but de leur laisser suffisamment de réserves. « Ici, nous faisons essentiellement de la reproduction de Buckfasts®. Créées par le frère Adam dans le premier quart du 20ème siècle, elles ont un tempérament plus doux, sont de bonnes butineuses, résistent mieux aux maladies et tiennent leurs ruches propres. Nous obtenons tout au plus 10 à 15 kg de miel par an ». À ces attentions s’en ajoute une autre : des provision de sucre candi, sous forme de pâte molle, pour remonter l’énergie des demoiselles  en cas de coup de barre.

 Gare aux prédateurs !

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Crédit Roland Weibel

 Le réchauffement climatique est bien un moindre mal pour ces insectes. « Un des grands dangers pour nos ruchers est le varroa. Des ruches non traitées ou sans surveillance se transforment vite en véritables réservoirs pour cet acarien. Il pond dans la même alvéole que l’œuf de la reine puis se développe très rapidement. Il menace à la fois la récolte mais aussi la vie de la colonie. Certaines ont été entièrement décimées en 2006, 2007 » déplore Roland Weibel. Pour remédier à ce parasite, des chercheurs sont allé chercher les gènes d’une abeille hygiénique, la primorski, qui en nettoyant les cellules de la ruche et en s’épouillant a su limiter son apparition. Reste la question non réglée des pesticides, notamment les « néonicotinoïdes » armes fatales aux pauvres ouvrières.  « En ville, l’impact est plus grave. Certains jardiniers amateurs ont tendance à mettre la dose. Heureusement, ça évolue un peu ». Malgré tout, Roland Weibel reste optimiste quant à l’avenir de ses protégées : « l’abeille nous survivra, j’en suis certain ».

 

Vincent Munier, poète d’un monde flottant

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Crédits DR

Parti régulièrement en expédition dans le Grand Nord ces six dernières années, le photographe animalier Vincent Munier n’est pas revenu les mains vides. L’ouvrage « Arctique », sorti en octobre dernier, retrace en images ses aventures avec toujours la même poésie.

L’image s’imprime sur la rétine puis s’évanouit lentement, laissant le tracé simple et délicat d’une silhouette de loup blanc au regard profond et tranquille ou d’harfang des neiges s’envolant gracieusement dans un paysage aussi blanc que son plumage. Regarder une photographie de Vincent Munier provoque la même sensation que plonger dans ces « ukiyo-e » ou estampes, poétiquement nommées par les Japonais « images du monde flottant ». Le trait, minimaliste, saisit avec subtilité l’essence des choses et des êtres et, en même temps, semble la soustraire en partie au regard, lointaine et proche en même temps.

Tempête de blanc

Crédits Vincent Munier

Crédits Vincent Munier

Dans son dernier opus, le photographe animalier continue son exploration de ce territoire en passe de disparaître : l’Arctique. « Je suis fasciné de voir que des animaux peuvent vivre là-bas, dans des conditions extrêmes. Le blanc me captive particulièrement : il efface le superflu, permet de ne garder que l’essentiel. J’ai grandi dans les Vosges et j’ai toujours aimé l’hiver. En cette saison, les hautes chaumes prennent l’apparence de toundra pelée de Laponie ! », livre-t-il. Les photographies sélectionnées par lui l’été dernier, en pleine canicule, retracent six années d’expéditions dans les contrées glacées de la Scandinavie ou des îles septentrionales du Nunavut, au Canada. Ces virées en solitaire et sans assistance, Vincent Munier les a préparées patiemment et graduellement, se frottant d’abord aux sommets vosgiens, puis à ceux des pays de l’Est, sur la péninsule russe du Kamtchatka, et enfin le « High Arctic » et l’île d’Ellesmere. « Un vrai chemin de vie », souligne-t-il. Sur la couverture, un instant incroyable a été gravé : la rencontre du photographe avec une meute de neuf loups arctiques.

Fondu au noir

Crédits Vincent Munier

Crédits Vincent Munier

« Ça fait des jours que je vous attends », l’entend-t-on souffler, entre soulagement et bonheur, sur une vidéo tournée alors. « C’est le moment le plus fort de ma vie de photographe », confie ce dernier. En tournant les pages d’« Arctique », le lecteur aussi ressent au creux de son ventre cet amour infini pour ces animaux dont Vincent Munier capture les images. Il réalise ainsi un travail d’hommage et surtout d’alerte : « Nous avons voulu laisser parler les photographies, sans texte ni légende. Juste de la photographie pour inviter le lecteur à s’immerger dans cette féerie du blanc. En filigrane, malgré tout, il y a ce message d’une banquise arctique qui va disparaître. Et sa blancheur est remplacée peu à peu par le noir de l’océan », ajoute-t-il. Accompagné d’un carnet de voyage, « Arctique » vaut tous les discours sur la préservation de la planète. Actuellement en Antarctique pour la mission « Wildtouch » en compagnie du cinéaste Luc Jacquet, Vincent Munier continue d’enregistrer les ultimes beautés de ce monde en danger.

« Arctique »,de Vincent Munier, publié aux éditions Kobalann avec livre de photographies et carnet d’expédition. Renseignements : http://www.vincentmunier.com / http://www.kobalann.com.

Rencontre avec les reines de la nuit

 Pipistrelle Commune  - crédit David Aupermann CPEPESC Lorraine


Pipistrelle Commune – crédit David Aupermann CPEPESC Lorraine

Les 28 et 29 août, une trentaine de pays européens vivront une aventure nocturne exaltante au rythme des battements d’ailes de chauves-souris. Pour ces 19èmes Nuits européennes dédiées aux chiroptères, le public lorrain pourra lui-aussi découvrir ces petites créatures, pas si effrayantes que la légende le dit. Bienvenus dans leur royaume ! « Entrez librement et de votre plein gré » .

La chauve-souris a mauvaise réputation. Le principal fautif ? Un certain Bram Stocker, écrivain irlandais, qui en 1897 la lie à jamais au personnage le plus effrayant de la littérature : Dracula. Un siècle plus tard, Batman n’a même pas réussi à la réhabiliter dans le cœur du public. Et pourtant cette créature de la nuit n’a rien du vampire : elle est même bien inoffensive. Et les Nuits européennes sont justement là pour démonter quelques idées fausses sur ces mammifères nocturnes si mystérieux, tout en sensibilisant le public à l’importance de leur protection. En France, trente-quatre espèces cohabitent et pas moins de vingt-trois pour la Lorraine seule. Parmi celles-ci, six sont inscrites à l’Annexe II de la Directive européenne « Habitats-Faune-Flore ». Par conséquent, elles font l’objet de toutes les attentions.

Des espèces en danger

 grand rhinolophe en hibernation - crédit David Aupermann CPEPESC Lorraine


grand rhinolophe en hibernation – crédit David Aupermann CPEPESC Lorraine

Depuis 1979, la Commission d’Étude et de Protection des Chauves-souris de Lorraine (CPEPESC Lorraine) étudie l’animal, collecte des données et travaille à sa préservation en collaboration avec des organismes tels que le Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine. Sur ces cinquante dernières années, le nombre de chiroptères aurait diminué de 90 %. « Les dangers sont multiples pour ces derniers. D’un côté, le nombre de gîtes, où ils peuvent s’abriter en hiver comme en été, s’est raréfié. Auparavant ils pouvaient utiliser des secteurs délaissés comme certaines mines désaffectées ou des friches industrielles. Mais certains sites ont été fermés totalement, les empêchant d’y pénétrer. D’un autre côté, elles doivent faire face à la disparition de leur garde-manger avec une modification des paysages agricoles et forestiers. Avec l’intensification des cultures, les haies séparant les parcelles ont disparu et les insectes les colonisant aussi. Sans compter les conséquences des pesticides », détaille Pierre-Emmanuel Bastien, chiroptérologue à la CPEPESC. Les 28 et 29 août prochains, à travers des conférences, diaporamas et visites nocturnes, les « reines de la nuit » se montreront enfin sous leur vrai jour.

Les reines de Montmédy

Montmédy ©Michel Laurent

Montmédy ©Michel Laurent

De nombreux lieux participent à l’opération sur tout le territoire lorrain. La citadelle de Montmédy n’est pas la moins intéressante. En effet, dans les boyaux de cette fortification de Vauban, les pipistrelles et leurs congénères ont trouvé un logis idéal. « Il n’est pas rare qu’elles aillent se nicher dans d’anciens ouvrages militaires », continue Pierre-Emmanuel Bastien. « L’hiver, ce sont des endroits plus humides, plus tranquilles aussi. Et l’été, la température y est stable, idéale pour la reproduction ». Protégée au titre des Monuments Historiques depuis 1998, la citadelle est donc passée de la défense militaire à celle de la nature. Elle offre notamment l’hospitalité à une espèce rare de chauves-souris : le Grand rhinolophe. Le 28 août, le Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine (CREN) propose une série d’animations pour mettre en valeur ses habitants nocturnes ailés avec une conférence puis une visite de certains souterrains. Guidés par Nicolas Avril, animateur au CREN, les participants seront armés de bat-box, détecteurs d’ultra-sons qui permettent de repérer les individus dans leur antre. Dracula n’a qu’à bien se tenir !

Toutes les informations sur les Nuits européennes de la chauve-souris sur http://www.nuitdelachauvesouris.com/. Pour la conférence et visite à la citadelle de Montmédy le 28 août : +33(0)3 29 80 15 90 ou sur le site http://www.tourisme-montmedy.fr/. Une intervention de la
aura lieu le 2 septembre à Maron à 19h30 à la mairie (intervention puis sortie terrain) et les associations LOANA et ETC…Terra proposeront des animations le 29 août à Montigny-les-Vaucouleurs et le 11 septembre à Saint-Dié des Vosges.
Si Vous avez récupéré une chauve-souris en difficulté, ou si des chauves-souris se sont installées chez vous ? Contactez la CPEPESC : 06 43 68 91 00 ou par mail chauve-souris-info@cpepesc-lorraine.fr.

Épinal, terre de rando

Crédits OT Epinal

Crédits OT Epinal

À pied, Épinal se laisse apprivoiser et délivre les secrets de son histoire et de son patrimoine. Entre espaces urbains et verts, elle est aussi le point de départ pour une découverte d’un territoire alentour riche de possibilités.

Posée en équilibre sur la Moselle, Épinal s’est développée sur une identité double avec sa Rive Droite, le centre historique, et sa Rive Gauche, plus contemporaine et véritable porte d’entrée vers la nature environnante. Pour les passionnés d’anciennes pierres, la visite démarre dans la vieille ville sur les ruines de l’ancien château, détruit en 1670 à la demande de Louis XIV. Surplombant la ville, le lieu est devenu un espace de vie de 26 hectares avec un jardin médiéval et un petit parc animalier, où l’on vient se ressourcer été comme hiver. La basilique Saint-Maurice, bâtie entre les XIe et XIIIe siècles et le quartier du Chapitre, sur les restes de l’ancien cloître, sont aussi à découvrir. À quelques pas, les remparts ressurgissent tout près du musée du Chapitre.

Les deux villes

Epinal vue du ciel - Crédits OT Epinal

Epinal vue du ciel – Crédits OT Epinal

Après s’être arrêtés place des Vosges pour admirer ses arcades et la maison « du bailli », les visiteurs pourront se diriger vers le quai de Dogneville et l’incontournable Cité de l’Image. Coincée entre le canal et la Moselle, l’île de la cité spinalienne propose d’autres chemins d’exploration avec le musée d’art ancien et contemporain, le pont du 170e R.I., tout en verre et métal, sans oublier le marché couvert situé quai Jules Ferry. Rive Gauche, la Maison romaine et sa roseraie dotée de plus de 500 variétés donnent un petit air italien à la ville. La nature vient doucement s’immiscer dans cette balade, au travers des parcs et jardins. Balisant l’espace urbain, 29 balades sont proposées et permettent de cheminer dans la ville et ses abords, sans jamais se perdre grâce au travail de signalisation effectué par le club vosgien de randonnée.

Portail vers la nature

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Lac de Bouzey, près d’Epinal – Crédits PC

Pour les randonneurs aguerris ou amateurs, la commune d’Épinal et celles avoisinantes sont aussi les points de départ de promenades au long cours dans un écrin de forêt, parsemé de lacs ou plans d’eau. Le lac de Bouzey constitue le centre d’un réseau de différents itinéraires vers le verdoyant vallon Saint-Antoine Les Forges ou la Source de l’Avière. En direction de Bains-les-Bains, les marcheurs exploreront le site de la Manufacture royale, ancienne ferblanterie, et déambuleront près de la Voie Romaine pour un voyage dans le passé. De la pierre aux étendues de hêtres, le pays d’Épinal offre un dépaysement à deux pas de chez vous.

Tous les itinéraires de randonnée sont disponibles sur le site epinalrando.fr avec les traces GPS ainsi que toutes les informations sur les évènements randonnée.

Épinal, terre de vélo

VTTBouzey-1129 © JF Hamard

VTT Bouzey © JF Hamard

Avec son Bike Park, ses 1000 km de parcours VTT, sa véloroute de 73 km et ses circuits de vélotourisme, Épinal est sans conteste la capitale lorraine du vélo. Sur des sentiers forestiers ou dans ses ruelles, elle se livre sans compter aux visiteurs, qu’ils soient des sportifs aguerris ou des cyclistes amateurs.

Drapée d’un voile de verdure, Épinal est une promesse de voyages merveilleux en territoire vosgien car, de la cité des Images, partent de nombreuses balades. Sur ces routes de terre ou de béton, un véhicule est roi : le vélo. Mais si les rayons de ses roues ont presque remplacé ceux du soleil, aucun bicycle n’a vraiment le monopole et, du VTT athlétique à la bicyclette flâneuse, il existe des parcours pour chacun.

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 © JF Hamard

© JF Hamard

Les VTTistes trouveront leur bonheur à travers la vaste étendue forestière qui entoure la ville. Plus de cent parcours zèbrent la zone allant du Nord-est au Sud-ouest d’Épinal, de Bruyère à Bains-les Bains. Au total, plus de 1000 km de circuits ont été signalisés et catégorisés selon leur difficulté, du vert « très facile » au noir, plus ardu. Les experts longeront les Roches d’Olima ou prendront la route des Forts, un itinéraire d’environ 100 km encerclant Épinal. Les débutants ou amateurs pourront se diriger vers la Grotte de l’Ermite, près de Beauménil, ou la Manufacture royale de Bains-les-Bains. La cité des Images a aussi prévu un terrain d’entraînement  avec un Bike Park et elle met en place des offres d’accompagnement de VTTistes souhaitant améliorer leurs compétences en compagnie de moniteurs.

Cyclotourisme

Circuit des Roches d'Olima - PC

Circuit des Roches d’Olima – PC

Une virée tranquille en bicyclette, un instant hors du temps en famille ou entre amis, tels sont les objectifs de l’Office de tourisme spinalien avec sa dizaine de circuits de cyclotourisme. Là encore, toutes les envies seront assouvies. Au lac de Bouzey, l’effort sera récompensé par une baignade. Les marins d’eau douce pourront emprunter des parcours le long du canal des Vosges. En direction de Raon-aux-Bois, les promeneurs trouveront de quoi se faire gentiment les mollets sur des routes vallonnées, allant de village en village. Après une journée sur deux roues, comme dans la chanson d’Yves Montand, les visiteurs repartent « fourbus » mais « contents ». Il faut croire que la magie spinalienne a opéré.

Tous les circuits VTT ou de cyclotourisme sont à consulter sur le site epinalvelo.fr

Des séjours à la carte

VTT Bouzey © JF Hamard

VTT Bouzey © JF Hamard

Un week-end au vert, à abreuver ses yeux de beaux paysages ou à goûter les plaisirs de la table ? Grâce à l’offre de séjours de l’Office de tourisme spinalien, les touristes peuvent organiser un voyage sur-mesure. En cela, la collaboration avec le club hôtelier d’Épinal a été déterminante. Elle permet notamment de se concocter des forfaits en fonction de son budget avec l’hébergement, une location de vélo et un pass pour le musée de l’Image. Selon leurs goûts, les visiteurs pourront privilégier  les excursions culturelles, les randonnées ou une pause détente aux Thermes de Bains-les-Bains. En famille, la promenade est prise en main par l’Office de tourisme avec ses fascicules ludiques qui permettent de découvrir la ville en s’amusant. L’Office de tourisme a aussi réalisé une sélection des différents lieux de restauration. Pourquoi se priver ?

Toutes les offres détaillées sur tourisme-epinal.com ou au 03 29 82 53 32.

Le patrimoine à vélo, c’est plus rigolo !

VTT Bouzey © JF Hamard

VTT Bouzey © JF Hamard

Dès cet été, les promeneurs à deux roues pourront partir explorer le département des Vosges grâce à quinze itinéraires de cyclotourisme, balisés avec des bornes en hêtre « 100 % made in Vosges ». Fruits d’une collaboration entre le  département, la région, le syndicat de commune du Pays d’Épinal Cœur des Vosges et les Voies Navigables de France, ces parcours permettent de découvrir les richesses naturelles, historiques et artistiques nichées le long du canal des Vosges et dans ses alentours.

Des papillons étranges se sont déployés autour de la véloroute « Charles le Téméraire ». Cette voie verte, baptisée en 2009, a été dessinée sur les anciens chemins de halage, en bordure du canal des Vosges. Quinze itinéraires de cyclotourisme ont été balisés à proximité de cette ligne verte et bleue de 73 km et ils offrent aux touristes des expériences variées, du défi sportif à la promenade familiale. Jalons de ces véloroutes, des bornes signalétiques en hêtre, le bois vosgien par excellence, ont été inaugurées en avril dernier. Pour le syndicat mixte Pays d’Épinal Cœur des Vosges, labellisé « Pays d’Art et d’Histoire » en 2014, cette réalisation collaborative est une nouvelle réussite et un bel outil pour accroître l’attraction du territoire.

Borne signalétique insolite inauguration port d'Epinal - Crédits PC

Borne signalétique insolite inauguration port d’Epinal – Crédits PC

Installés de manière éphémère au port d’Épinal, les panneaux ont désormais rejoint leur destination finale, sur le tracé des itinéraires.

Alain Roussel : « Les itinéraires de cyclotourisme sont un symbole fort »

Alain Roussel © JF Hamard

Alain Roussel © JF Hamard

Président du Pays d’Epinal Cœur des Vosges, Alain Roussel se réjouit de l’inauguration des signalétiques insolites des itinéraires de cyclotourisme. Pour ce syndicat mixte réunissant 13 Communautés de communes,  ces parcours pour deux roues marquent l’accomplissement de deux ans de travail. Une reconnaissance de toutes les actions réalisées pour la valorisation du territoire.

Que représente la mise en place de ces signalétiques insolites pour le pays d’Épinal ?

C’est un symbole fort pour nous. La réalisation de ces bornes en hêtre est le fruit d’une collaboration entre différents acteurs du département, de la région et même de l’Europe. Depuis ses débuts, le Pays d’Épinal Cœur des Vosges s’est efforcé de permettre une ouverture économique de son territoire. Les voies pour vélo sont des axes touristiques importants, porteurs de développement. L’idée était d’allier aussi promenades en deux roues et découverte du patrimoine.

Clair Arthur : « Le canal et son univers est un sujet de rêverie »

Clair Arthur © JF Hamard

Clair Arthur © JF Hamard

Auteur, illustrateur, réalisateur, l’artiste Clair Arthur a plus d’une couleur sur sa palette. Imagier au pays des Images, il a laissé son imagination voyager autour du canal des Vosges, axe central des itinéraires de cyclotourisme fraîchement inaugurés. Sur les trente-cinq panneaux jalonnant ces parcours, il a réalisé une vingtaine d’illustrations pleines de fantaisie et douces comme un soleil de printemps : des marins d’eau douce sirotant un cocktail étrange, où les glaçons ont été remplacés par des navires majestueux, un paquebot puzzle composé de maisons… En quatre mots, il dessine son univers. Quatre, trois, deux, un…

La matière

« J’ai travaillé à l’encre et réalisé des collages. Pour ces images, j’ai commencé par les crayonnés puis j’ai continué en recouvrant de papiers de soie. »

La commande

« D’habitude je n’aime pas travailler à la commande : ça me bloque. Mais là le sujet du canal et, plus généralement, de l’eau m’a beaucoup inspiré. J’aurai pu exécuter cinquante dessins sans soucis. »

Signalétique © JF Hamard

Signalétique © JF Hamard

Le canal

« C’est un lieu que je conjugue au passé et au présent. Je me promène souvent le long de ce canal et je venais pêcher ici quand j’étais enfant. Cet univers, avec la proximité de l’eau, des bateaux et de la nature, a toujours été un sujet de rêverie. »

La réalité

« Elle ne m’intéresse pas tellement. Je préfère puiser dans l’imaginaire, la poésie… même si forcément, je suis obligé de conserver des éléments du réel dans mes dessins. Malgré tout, je préfère quand le résultat offre une échappée vers le rêve. »

Retrouvez les images de Clair Arthur sur les bornes des itinéraires de cyclotourisme de la véloroute du Pays d’Épinal Coeur des Vosges. Les originaux en format 50×70 seront exposés à la Maison du vélo d’Épinal.

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