Quand la terre parle

Les pétales de fleur de Mme Baumann - Crédits P.S. - G.L.

Les pétales de fleur de Mme Baumann – Crédits P.S. – G.L.

Sur le territoire lorrain, les deux dernières guerres ont laissé des traces discrètes mais indélébiles. Sous l’épiderme terrestre, certains soldats dorment encore, attendant une véritable sépulture. Deux passionnés, Gérard Louis et Philippe Sugg, tentent de reconstituer leurs histoires et de leur redonner si ce n’est une identité, au moins un lieu de repos définitif. Le devoir de mémoire en action.

Ce samedi 19 septembre 2015, une foule hétéroclite de militaires, d’officiels et de familles perturbe l’habituel calme du cimetière militaire de Gerbéviller, petit bourg à 15 km de Lunéville. Il est onze heures passé. Le soleil s’est glissé effrontément derrière une masse de nuages gris plomb. La marche funèbre de Chopin ponctue la progression de huit soldats du 1er Régiment d’Infanterie, qui, quatre par quatre, portent deux pauvres cercueils. A l’intérieur, les restes de neuf Poilus du 143e R.I. de Castelnaudary, morts le 5 septembre 1914 dans une forêt du Lunévillois. Henri Pajau, un autre combattant exhumé en même temps qu’eux mais identifié grâce à sa plaque, a déjà pu rejoindre sa terre natale, à Eus dans les Pyrénées Orientales. Un peu à l’écart, le regard brillant d’émotion, deux hommes suivent le cortège : Philippe Sugg et Gérard Louis. Ce sont eux qui ont permis que ces dix hommes aient enfin une sépulture. En quarante ans, ils ont retrouvé 42 corps de soldats, de 14-18 ou de 39-45 et de nationalités diverses.

Historiens de terrain

Philippe Sugg et Gérard Louis au moment de la découverte des corps des Poilus en 2014 - Crédits P.S. - G.L.

Philippe Sugg et Gérard Louis au moment de la découverte des corps des Poilus en 2014 – Crédits P.S. – G.L.

À l’origine passionnés par la seconde Guerre mondiale, les deux camarades de 58 et 68 ans passent au peigne fin le territoire tout autour de Lunéville. « Cela fait quarante ans qu’on recherche sur cette zone ; on la connaît au centimètre carré près », note avec un sourire Gérard Louis. Pour eux, qui se définissent comme des « historiens de terrain », ces recherches ne sont pas à prendre à la légère. Dans un coin de son garage, Philippe Sugg montre ses archives : deux longues rangées de classeurs, rouges pour les photos et bleus pour les textes, des rapports militaires aux déplacements de troupes. Sur la tranche, des noms de batailles ou de lieux.

En rouge et bleu

Cérémonie au cimetière de Gerbéviller en septembre 2015

Cérémonie au cimetière de Gerbéviller en septembre 2015

Dans le bois de Bareth, les dix Poilus ont été sortis de terre grâce à leur ténacité. « Il y a eu beaucoup d’affrontements dans le coin. On savait grâce à des documents que plusieurs dizaines de soldats étaient tombées pas loin. Il nous a fallu déterminer où en recherchant des traces de matériels, de munitions… Pourtant on ne s’attendait pas à trouver autant de corps. Ils sont tous passés entre nos mains ; cela a été très émouvant », notent-ils. Sur place, ils ont aussi repéré les empreintes d’une vie violemment arrêtée, un reste de chaussure, des fusils avec encore une balle dans la chambre à munition, un bout de tissu garance, probablement un morceau de pantalon. « Ce qui m’a fait drôle c’est de trouver un hameçon. L’un d’entre eux avait sur lui un nécessaire de pêche », se rappelle, ému, Gérard Louis. « Il avait sûrement ça dans sa poche », complète son compagnon d’enquête.

Casque allemand et lance-fusée

Philippe Sugg dans ses premières recherches

Philippe Sugg dans ses premières recherches

Cependant cette découverte n’est pas leur seul fait d’arme. « J’ai commencé, j’avais dix ans. Mes parents nous emmenaient mon frère et moi dans la forêt de Parroy où il y avait beaucoup de matériel. Dès l’âge de douze ans, je travaillais avec des démineurs de Metz ; je leur montrais les endroits où je repérais des choses. Au total, on a ramassé 25 000 munitions jusque dans les années 1980 », raconte Philippe Sugg. À peu près à la même époque, Gérard Louis connaissait le même parcours : « je venais souvent me promener à Parroy. On s’est certainement croisé sans se voir car on ne s’est rencontré vraiment qu’en 1997 ». Quant au premier objet qu’ils ont trouvé, pas besoin de fouiller leur mémoire pendant des heures, la réponse sort spontanément. Pour Philippe Sugg, c’était un casque allemand et pour Gérard Louis un fusil lance-fusée. « On se souvient mieux de ce genre de détail que de notre premier jouet », remarquent-ils avec humour.

Un passé apaisé

Cérémonie pour le soldat Hellums aux Etats-Unis - Crédits P.S. - G.L

Cérémonie pour le soldat Hellums aux Etats-Unis – Crédits P.S. – G.L

L’une de leur plus belle réussite ne les attendait pas dans le sol mais dans le regard des parents, proches ou lointains, de ces soldats français, américains ou allemands qu’ils pensaient perdus à jamais. En 2003, Gérard Louis déniche la plaque d’un caporal américain, Clayton Judge Hellums. En 1944, un char américain avait été détruit par un panzer allemand. Sur un équipage de cinq hommes, seulement deux survécurent avec de graves brûlures. Les trois autres, Clayton Hellums, Lawrence Harris et Donald Owens, patientaient depuis tout ce temps dans la forêt de Parroy. En 2006 et 2007, l’organisme américain chargé de rapatrier et mettre en terre les corps de soldats américains tombés au combat, le JPAC, vient fouiller le site avec l’aide des deux compères. « Le frère de Clayton Hellums, Dwight, a servi dans le Pacifique. Il l’a vu pour la dernière fois en 1942. Il était là pour la cérémonie d’enterrement aux États-Unis. J’ai aussi retrouvé sa fiancée, Martha, grâce à qui nous avons pu avoir une photo de l’équipage du tank », se remémore M. Louis. Les familles font aussi le déplacement pour voir les lieux où sont morts leurs proches, accompagnées et épaulées par ces deux passionnés.

Sur les traces d’Albert Schlegel

Albert J. Sclegel capitaine 335e escadron de chasse Cleveland OH

Albert J. Sclegel capitaine 335e escadron de chasse Cleveland OH

Aujourd’hui, Philippe Sugg et Gérard Louis sont sur une autre piste, celle du pilote Albert Schlegel, capitaine dans le 335ème escadron de chasse de l’US Air Force. « Des gens ont vu tomber un avion entre Saint-Clément et Chenevières le 28 août 1944. Albert Schlegel pilotait un bombardier et avait pour mission de faire exploser un train de munitions allemand. Au premier passage, il tape dans le mille. La gare de Saint-Clément a d’ailleurs été soufflée par l’explosion. Puis il a voulu faire demi-tour près de Chenevières pour repasser et s’est fait abattre ». Philippe Sugg et Gérard Louis joignent le geste à la parole en montrant son parcours sur une carte. Albert Schlegel est aussi le premier sur lequel ils enquêtent en connaissant déjà sa physionomie. Sur la photo, un beau visage apparaît, avec une fine moustache à la mode de l’époque. Lui aussi attend quelque part. Il ne reste plus qu’à laisser parler la terre.

Philippe Sugg et Gérard Louis ont monté un site où ils partagent une partie de leurs découvertes sur l’histoire de la région de Lunéville : http://www.histoire-lorraine.fr. Ils sont toujours à la recherche de photos ou documents d’époque pouvant les aider dans leurs enquêtes.

TEDx : des idées plein la tête

Crédits TEDx Mines Nancy

Crédits TEDx Mines Nancy

Le jeudi 12 mars, le campus Artem accueille la deuxième édition des TEDx Mines Nancy. Organisées par des étudiants de l’école des Mines, ces conférences mondiales prennent un visage local grâce à la création d’ateliers complémentaires gratuits pour le public. Avec les TEDx Mines Nancy, Artem continue de faire bouger les idées.

Lancées en 1984 par « Sapling Foundation » en Californie, les conférences TED (pour Technology, Entertainment et Design) ont depuis répandu un peu partout sur la planète leur slogan percutant: « des idées qui valent la peine d’être diffusées ». Avec des participants aussi célèbres que l’ancien président américain Bill Clinton, le chanteur Peter Gabriel ou Al Gore, prix Nobel de la Paix en 2007, ces cycles de « talks » ont aussi fait des petits, les TEDx, et sont maintenant polyglottes grâce au projet de traduction ouverte (TED Open Translation Project). L’école des Mines de Nancy s’est approprié le concept en 2014 et réitère l’opération le 12 mars prochain. « On voulait importer l’esprit TED en Lorraine. Ca n’avait jamais été fait avant dans la région et, personnellement, la perspective de partager toutes ces idées me plaisait » justifie Loïck Briot, organisateur de ces rencontres avec trente-six autres camarades.

Repousser ses limites

The Origami Lab 2014 -Crédits TEDx Mines Nancy

The Origami Lab 2014 -Crédits TEDx Mines Nancy

Le principe TED reste le même pour tous les hôtes de l’évènement : chaque conférencier intervient pendant dix-huit minutes et partage son expérience professionnelle ou personnelle. Les sujets sont très variés et balayent les domaines artistiques, scientifiques, politiques, sociaux… Pour leur deuxième édition, les TEDx Mines Nancy recevront une douzaine de « speakers » autour du thème « au-delà des possibles ». Tous ont pour particularité d’avoir affronté des obstacles de toutes natures dans leur vie et de les avoir surmontés comme Arnaud Assoumani, capitaine de l’équipe de France d’athlétisme handisport en 2011-2012, ou Guillaume Roland, le jeune créateur du réveil olfactif. Si l’accès aux conférences est payant et sur réservation, les curieux pourront toujours y assister via une retransmission en directe (dans la limite des places disponibles et sur réservation).

Expérimenter

The NAO Robot Lab 2014 - Crédits TEDx Mines Nancy

The NAO Robot Lab 2014 – Crédits TEDx Mines Nancy

Mais TEDx Mines Nancy a aussi choisi d’innover par rapport au programme de base avec des ateliers entièrement gratuits et ouverts à tous. Ils permettent par exemple au grand public de tester des technologies jusque-là réservées à un petit nombre de chanceux : démonstration d’impression 3D, utilisation de boîtiers Leap, ces capteurs qui rendent possible le contrôle d’un ordinateur par de simples gestes (Leap motion). Des ateliers tout aussi interactifs sont mis en place. Ainsi le public pourra se mettre dans la peau d’une personne handicapée et comprendre mieux ses difficultés. Les férus d’activités physiques se tourneront vers des séances de coaching dans la salle de sport du campus. Une fois bien fatigués, ils pourront se reposer en allant admirer une exposition de peinture ou partir à la découverte de nouvelles innovations et sensations. D’expériences en échanges, les TEDx Mines Nancy ouvrent les esprits dans tous les sens.

Réservations et renseignements : http://tedxminesnancy.com/.

La D.R.A.C. à la rescousse des thermes

Crédits Les Thermes de Plombières-les-Bains

Crédits Les Thermes de Plombières-les-Bains

Les villes thermales recèlent des trésors d’architecture étroitement liés à leur activité et certains d’entre eux sont classés ou inscrits au titre des Monuments Historiques. Parmi ceux-ci, Plombières-les-Bains gagne la médaille d’or avec seize bâtiments ou sites protégés, suivi de près par Vittel. Conservatrice régionale des Monuments Historiques, Marie-Agnès Sonrier revient sur le rôle de la DRAC Lorraine (Direction Régionale des Affaires Culturelles) dans la protection de ces édifices et sur leurs spécificités.

Entre les édifices classés au titre des Monuments Historiques et ceux seulement inscrits, quelle est la différence ?

Pour comprendre cette différence, il faut connaître la procédure à l’origine d’une protection au titre des Monuments Historiques. La demande peut être réalisée par des particuliers, un propriétaire ou une association par exemple. Parfois aussi, un des services de la DRAC s’autosaisit d’un dossier. Par la suite, l’instruction de ce dernier est mise en place, pilotée par un chargé d’étude de la D.R.A.C. Elle vise à étudier l’histoire de l’édifice, en réaliser sa description et à le visiter, notamment pour examiner son état sanitaire. Une fois instruit, le cas est étudié par la Commission Régionale du Patrimoine et des Sites (CRPS). Celle-ci transmet son avis au préfet de région, lequel signe ou non un arrêté de protection. Le bâtiment est alors inscrit au titre des Monuments Historiques. Si la CRPS considère que le site mérite une protection supérieure, le dossier passe entre les mains de la Commission Nationale des Monuments Historiques et selon sa décision, il peut être classé. Pour résumer, les édifices inscrits au titre des Monuments Historiques le sont par arrêté préfectoral (région) et ceux classés par arrêté ministériel (État).

Quels critères pèsent dans la décision de protection ?

Il y en a plusieurs. Le site doit être significatif, avoir une place particulière dans l’histoire d’un lieu et dans l’histoire de l’art en général. Mais sa typologie, son authenticité, son état sanitaire comptent aussi. Un édifice plusieurs fois remanié au cours des siècles peut aussi être intéressant car il nous renseigne sur les caractéristiques architecturales de chaque époque.  Par ailleurs, il existe différents niveaux de protection. À minima, sont protégés la façade et la toiture. Pour d’autres lieux, l’inscription ou le classement s’étend aux intérieurs (tout ou partie des pièces du bâtiment, boiserie, cheminée, …).

En ce qui concerne les constructions issues de l’activité thermale, quelle est leur spécificité ?

Le patrimoine thermal lorrain est d’abord très localisé : Contrexéville, Plombières, Vittel, Martigny-les-Bains… Pour les thermes, les bâtiments conservés datent aussi bien de l’époque gallo-romaine que du XXe siècle avec des réaménagements avant ou après ces deux périodes. À Plombières-les-Bains, il y a par exemple la fontaine dite « Source du Crucifix » qui est de style « Art Déco » (années 1930). Les premières traces de bains gallo-romains se cachent aussi dans la « ville aux mille balcons » comme la piscine Jutier, située sous la rue Stanislas. Dans la liste des édifices thermaux inscrits ou classés, il y a également les parcs comme celui de Vittel, les villas et hôtels construits pour les touristes mais aussi les gares telles celles de Contrexéville et Vittel. Tous ces bâtiments, aux utilités très diverses, ont été construits pour répondre aux besoins des curistes. Les plus illustres, à l’instar de Napoléon III, ont joué un rôle dans la transformation des stations thermales et de leur ville d’accueil. À Plombières-les-Bains, l’église Saint-Amé a été bâtie par la famille impériale pour ses besoins et ceux des résidents.

Sous la surface

Le jumbo fore sur le front de taille (bout de la galerie en exploitation) 42 trous de 4 m de profondeur dans lesquels l'explosif est ensuite inséré @PC

Le jumbo fore sur le front de taille (bout de la galerie en exploitation) 42 trous de 4 m de profondeur dans lesquels l’explosif est ensuite inséré @PC

Autrefois produit de luxe, le sel envahit aujourd’hui notre quotidien, des fromages sur nos tables aux dentifrices de nos salles de bain. En hiver, chaque année, les routes de France en absorbent avec gloutonnerie 1 200 000 tonnes. Ce sel gemme, utilisé pour le déneigement, est prélevé en grandes quantités dans les sous-sols de Varangéville et Saint-Nicolas-de-Port. Actif depuis 1856, le site exploité par  la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de l’Est (CSME) abrite la seule mine de sel de France. Descente à 160 mètres de profondeur pour en explorer les dédales.

« Alors, c’est la première fois que vous descendez dans une mine ? », me demande Christophe, chef porion (contremaître) de la mine Saint-Nicolas. « Oui », lui répond-je avec le sourire, mais un peu mal à l’aise. Car ce trajet dans les boyaux de la terre, je n’aurai à le faire qu’une fois. Dans la mine de sel de Varangéville, cinquante hommes descendent quotidiennement. De cinq heures le matin à huit heures quarante le soir, trois équipes se relaient et extirpent du gisement salifère jusqu’à 2 500 tonnes de gemmes. À l’année, la mine a une capacité de production d’environ 500 000 tonnes et fournit les zones sensibles. Plus le froid hivernal s’incruste et plus les camions font la ronde sur le site de la CSME, attendant leur tour parfois des heures. La compagnie produit aussi du sel raffiné, provenant des champs de sondage, et le réserve pour les tables des particuliers, l’agriculture et l’industrie. Celui extrait dans la mine ne servira qu’à déneiger les voies de circulation.

Dans la cage

Dans son bureau, Thierry Chevrier, directeur du site CSME de Varangéville, souligne sur la carte l’étendue du gisement salifère lorrain. « Il s’étend de Varangéville jusqu’à Reims. Là-bas, il s’enfonce à 3 000 mètres et est donc moins facile d’accès. Ici, à l’Est, il est le moins profond », note-t-il. Après avoir réalisé le tour des stocks de surface, je m’apprête à découvrir le visage souterrain du complexe d’exploitation, accompagnée par Didier Casanova, responsable de la mine. Il est 10 heures et la cage s’ébranle. Tout passe par ce monte-charge d’un mètre quarante sur un mètre quarante : hommes, machines et productions. «  Les engins sont entièrement démantelés puis remontés en bas. Les pneus, par exemple, sont passés dans des sortes de gros gaufriers qui les aplatissent », explique Didier Casanova. Pendant la descente, les oreilles se bouchent un peu. En guise de porte, des rideaux de toile cirée épaisse ferment le drôle d’ascenseur. Ils bougent légèrement pendant le trajet et émettent des petits cliquetis réguliers puis plus rien. Nous sommes arrivés.

15 ° à l’ombre

En surface, les températures affichent des valeurs négatives mais ici, à 160 mètres en-dessous de la terre, il fait sec et doux, environ 15 ° Celsius.  « C’est très différent d’une mine de charbon. Ici la présence de machines fonctionnant au fuel n’est pas un danger et il n’y a pas de grisou », indique Christophe, qui a débuté sa carrière dans une houillère de La Houve. Le puits actuel mène au carreau Cauroy 2, parcelle exploitée jusqu’en 2025. Pour creuser les galeries de cette dernière, la CSME utilise la méthode des chambres et des piliers. « Bien sûr, l’ennemi du sel, c’est l’eau. Entre chaque cavité creusée, on laisse des piliers de 29 mètres carrés pour stabiliser le plafond et donc éviter les infiltrations », décrit le responsable de la mine. « En fait, notre métier consiste principalement à creuser des galeries », ajoute-t-il. Chaque année, ces dernières s’allongent de 160 à 170 mètres. Pour arriver au front de taille, il faut parcourir des kilomètres de boyaux de treize mètres de large sur quatre de haut. Il y fait sombre et la lampe accrochée aux casques des hommes n’est pas de trop. Dans certains secteurs, là où les machines ne projettent pas leur lumière, l’obscurité est totale. Avec Didier Casanova, nous allons prendre le chemin inverse à celui des gemmes.

Là où l’air nous porte

De la poudre de sel couvre le sol. Par endroits, à force de passages, il s’est cristallisé et forme paradoxalement des plaques luisantes comme du verglas. « Celui qui n’est jamais tombé, n’est jamais allé au fond » me rassure-t-il. Premier arrêt aux installations de broyage et criblage. Les gemmes y arrivent par blocs sur des convoyeurs à bandes, sortes de tapis roulants, et sont ensuite réduites encore et encore jusqu’à faire moins de cinq millimètres. Pour atteindre le front de taille, il faut passer par un sas. Mon guide ferme soigneusement les portes derrière nous et s’explique : « Cela sert à guider l’air là où on veut qu’il aille, vers les galeries plus éloignées. Sinon, il prend le chemin le plus facile ». Autrement dit, pas de sas, pas d’oxygène… Au détour d’un boyau sombre, les lumières d’une chargeuse-transporteuse nous éblouissent. Cette grosse machine récupère les blocs de sel après les tirs d’explosifs effectués par la dernière équipe de la journée à 20 heures 40. « Il faut environ cinq heures pour que les fumées du mélange nitrate-fuel se dissipent. La dernière équipe pose donc les charges et s’en va. Le tir est déclenché et le lendemain matin, on récupère les gemmes extraites », détaille le responsable de la mine.

Étrange bas-relief

Plus loin le « jumbo de foration » fore des trous profonds de quatre mètres dans lesquels seront insérés plus tard les explosifs. Autre galerie, autre machine tout aussi énorme : la haveuse. Cette gigantesque tronçonneuse sert à percer une saignée horizontale sur toute la largeur du front de taille et au bas de celui-ci. Avec le havage, nous sommes presque arrivés au début du voyage du sel dans la mine Saint-Nicolas. Au retour, en remontant les galeries pour rejoindre la cage, nous passons près des stocks souterrains : des monceaux de sel attendent d’être remontés à la surface. Comme nous. Mais avant, près de l’entrée du puits, Didier Casanova me montre une paroi. Sur celle-ci, des entailles parallèles, précises et régulières ont été réalisées, étrange bas-relief. « Avec quelle machine pensez-vous que cela a été fait ? ». Je réponds une stupidité. Je ne sais pas. Il sort alors d’un wagon un vieux cadre poussiéreux. Dessous, une photographie en noir et blanc montre un mineur abattant le sel de gemme avec un pic. La machine humaine.

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Attention humour !

Le 7 janvier, tous les regards se sont brusquement tournés vers eux : les dessinateurs de presse. Journalistes ou artistes, chacun cultive une vision personnelle de son métier. Mais tous le pratiquent avec conviction et passion. Parmi eux, deux dessinateurs lorrains, Rémi Malingrëy et Yan Lindingre.

Yan Lindingre : « Nous faisons un métier de moine copiste »

Cartoons pour Siné Mensuel - Crédits Yan Lindingre (3)

Rédacteur en chef de « Fluide Glacial », Yan Lindingre manie l’humour avec un grand U, décapant à souhait, et s’adonne toujours en parallèle à l’art de la « bandessinée ». Dessinateur, scénariste, il multiplie les casquettes et les collaborations avec des amis de plume et de crayon comme Lefred Thouron et Larcenet.  

Depuis les assassinats de Charb, Wolinski, Honoré, Tignous et Cabu, le regard porté sur les dessinateurs de presse s’est soudainement métamorphosé. Que pensez-vous de ce changement ?

J’ai toujours trouvé injuste le regard porté sur notre travail. Nous faisons un métier de moine copiste. Pour être dessinateur de presse, il faut être au fait de l’actualité, lire énormément. J’ai l’impression de naviguer entre deux eaux. Avant, on nous regardait comme des gribouilleurs. Aujourd’hui on nous prête des pouvoirs politiques, économiques qu’on ne possède pas. C’est délirant. Chez « Fluide Glacial », la dernière Une sur le « Péril jaune » a suscité la polémique alors que ce n’est que de l’humour. Déjà dans la presse, des journalistes nous demandent si c’est du premier ou second degré. À part ça, on se targue d’avoir ici en France une culture de la caricature… Qu’importe, on reste nous-même, « Fluide Glacial ». On est aussi des journalistes et notre rôle consiste à rester debout, continuer ce que l’on fait à notre façon.

Cartoons pour Siné Mensuel - Crédits Yan Lindingre (4)

Et l’humour, peut-il s’apprendre ?

En venir à enseigner l’humour… je trouve ça dramatique. Dans les années 1970, l’humour se trouvait dans les journaux.  Les jeunes connaissaient les dessinateurs satiriques comme Gotlib, Reiser ou Wolinski. Aujourd’hui, c’est différent. Avec internet, les jeunes sont très affûtés sur l’humour en vidéo et ne rentrent plus dans les kiosques. La place des dessins dans la presse a aussi énormément diminué. Maintenant en trouver un seul dans un magazine est déjà exceptionnel. Des publications comme « Charlie Hebdo », « Fluide Glacial » ou « Siné Mensuel » sont rares. Pour certains, notre travail est un art mineur. Cependant il ne faut pas tomber dans le jugement à l’emporte-pièce. Il faut nous lire avant. Vos opinions vous appartiennent, exprimez-les mais ne suivez pas les mouvements de foule. Faites-vous votre propre avis et si un journal ne vous plaît pas, c’est simple : vous pouvez le refermer.

Rémi Malingrëy : « Nous ne sommes pas les seuls porteurs de la liberté d’expression »

Une du Hors Série Siné Mensuel n°2 (14 janvier 2015) - Crédits Rémi Malingrey

« Libération », « l’Écho des Savanes », « Siné Mensuel » ou « Science et Vie Jr », quel que soit votre canard, vous risquez fort d’y rencontrer un dessin de Rémi Malingrëy. Mais le dessinateur explore d’autres possibles, d’expositions en livres, de dessins d’humour en dessins de presse.

Que pensez-vous du changement dans le regard porté sur votre métier ?

C’est vrai qu’il y a eu un coup de projecteur sur le dessin de presse, et sur l’humour en général, à cause de l’actualité. En vérité, l’humour est un long apprentissage. Il nécessite une connivence et celle-ci ne s’acquiert pas uniquement en en parlant.  Dans les manifestations de soutien pour « Charlie Hebdo », certains étaient là pour la liberté d’expression. Ils ne lisaient pas forcément ce journal ou ne se sentaient pas d’atomes crochus avec son humour. Mais la liberté d’expression est dans les gênes des citoyens français et pour cela, les gens ont réagi, sont allés dans les rues. Par ailleurs aujourd’hui on se méfie de l’image. Un dessin est plus fort qu’un discours. Il parle tout de suite et à tout le monde. En même temps il faut pouvoir s’en imprégner et prendre le temps de le lire. Il faudrait qu’il y ait une éducation pour cela. La façon de cadrer, ce qui est montré dans un dessin, c’est un vrai travail.

Rire et religion, dessin à paraître dans le prochain Echo des Savanes - Crédits Rémi Malingrey

Le documentaire de Stéphanie Valloatto dépeint les caricaturistes comme des « Fantassins de la démocratie ». Le terme vous convient-il ?

Les dessinateurs de presse ne sont pas les seuls porteurs de la liberté d’expression. Le journaliste peut l’être aussi selon l’angle, le titre ou les mots choisis. En outre, il y a différentes manières d’être dessinateurs de presse. Certains exécutent du travail sur commande. D’autres sont plus engagés politiquement. Il y aussi ceux qui sont dans l’humour pur, traitent de sujets légers. Cette différence d’appréciation est due à la nature de chacun. Pour ma part, j’ai plus une sensibilité d’artiste. D’ailleurs, je n’ai pas de carte de presse. Je travaille aussi beaucoup sur des faits de société et moins sur des actualités politiques. De la même façon, il n’y a pas qu’un seul type d’humour. Le coup de projecteur peut, peut-être, aider à sensibiliser sur ces différences et sur notre métier.

Dessins de presse : larmes fatales

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Jusqu’au 29 mars, le Centre de la Paix de Verdun retrace au crayon les contours de la liberté d’expression avec l’exposition « Nous sommes tous Charlie ».

Liberté. Depuis le 7 janvier, le mot glisse sur toutes les langues, s’insinue dans toutes les oreilles. Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski ne faisaient pas qu’en parler. Ils en usaient. Dans des pays où la démocratie n’est pas de mise, d’autres dessinateurs luttent pour s’exprimer aussi librement, tous les jours le crayon à la main. « En tant que Centre de la Paix, des Libertés et des Droits de l’Homme, nous ne pouvions pas rester sans réagir après le 7 janvier. Depuis plusieurs années, nous réalisons régulièrement des manifestations autour des dessins de presse et nous avions dans nos archives le matériel pour monter une exposition sur la liberté de la presse en France et dans le monde », explique Philippe Langlois, responsable du service pédagogique du Centre de la Paix à Verdun.

Dessins de paix

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« Nous sommes tous Charlie » s’articule en trois parties. La première met en avant le travail de l’association Cartooning For Peace, créée en 2006 par l’ancien secrétaire des Nations Unies Kofi Annan et le dessinateur Plantu. Dans celle-ci, trente-cinq dessins réalisés entre 2007 et 2011, et provenant des quatre coins de la planète, sont présentés. Dans la deuxième, l’esprit « Charlie Hebdo » se matérialise à travers une vingtaine de Unes emblématiques. Puis, dans la dernière partie, le Centre de la Paix a réuni des dessins effectués dans les heures qui ont suivi l’attaque du journal. « On a voulu varier les images pour ne pas réduire les dessins de presse à ceux de « Charlie Hebdo » ou aux caricatures de l’Islam. Même dans la partie dédiée au journal satirique, on ne s’est pas focalisé sur ces dernières. Toutes les religions étaient visées », note Philippe Langlois.

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L’exposition sert aussi de support pédagogique et en cela, répond à une demande croissante des enseignants. Depuis le 12 janvier, le Centre de la Paix a reçu une dizaine de visites scolaires. Des enfants et jeunes adultes de neuf à vingt-cinq ans viennent voir la liberté d’expression prendre toute sa force sur le papier, en quelque coups de crayon. « Je choisis une caricature symbolique et montre comment l’analyser en prenant en compte à la fois l’image et le texte mais surtout le contexte, l’actualité qu’elle traite. Ensuite les élèves peuvent en choisir une parmi celles de l’exposition et la commenter à leur tour. L’image est polysémique et nous renvoie chacun à notre vécu. J’essaie de rappeler aux visiteurs que chaque analyse est personnelle », raconte Philippe Langlois. Sur les murs de l’exposition, le nom de la liberté n’est pas écrit mais des dessinateurs ont tracé son visage plusieurs fois. Elle ne s’en offusquera pas.

L’exposition « Nous sommes tous Charlie » a lieu au Centre de la Paix de Verdun jusqu’au 29 mars. Renseignements sur le site http://cmpaix.eu/fr/.

Comme un ouragan

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Il est « l’ouragan » de la chanson de Bob Dylan, un boxeur poids moyen qui a passé dix-neuf ans en prison pour un crime qu’il n’a pas commis. Mais qui est vraiment Rubin Hurricane Carter ? 

« Une tête rasée, une moustache proéminente, un regard fixe et une carrure massive le rendaient intimidant sur le ring bien avant qu’un tel look ne devienne monnaie courante », selon le New Jersey Boxing Hall of Fame. Les boxeurs ont souvent des surnoms à vous mettre KO : Jack La Motta, le taureau du Bronx ; Bernard Hopkins, l’exécuteur ; Rubin Carter est rebaptisé Hurricane : l’Ouragan. Avec son mètre soixante-treize, il est plus petit que les autres poids moyens mais il possède un coup de poing à vous assommer un bœuf : 47.5 % de victoires par KO en quarante combats.

Le seizième round

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« Dans ma jeunesse, raconte Rubin Carter, pour un Noir américain l’alternative était simple : être criminel ou entertainer ». Lui va devenir boxeur. Le combat du gamin pauvre de Clifton (New Jersey) a commencé à l’extérieur du ring. Dans les années soixante, les Afro-Américains luttent pour la reconnaissance de leurs droits. Martin Luther King ou Malcolm X s’imposent comme des leaders. Ils sont la voix d’une minorité bafouée. « Les temps sont en train de changer » chante Bob Dylan. Et les temps vont mal tourner pour Rubin l’Ouragan. « Voici l’histoire de Hurricane / L’homme que les autorités accusent / Pour quelque chose qu’il n’a jamais fait / Ils l’ont mis en cellule / Mais jadis il aurait pu être champion du monde ». En 1975, la chanson « Hurricane » de Bob Dylan s’inspire de l’histoire de Carter et de son autobiographie, « le seizième round ».  L’artiste y brosse le portrait tragique d’une gloire de la boxe fauchée en pleine ascension. En réalité, l’Ouragan s’est essoufflé bien avant d’être emprisonné. Depuis ses débuts en 1961 comme boxeur pro, Hurricane a disputé quarante combats. Il en a gagné vingt-sept. En 1963, il apparaît troisième dans le top dix des boxeurs en vue de Ring Magazine. Après avoir mis KO Florentino Fernandez en soixante-neuf secondes, il bat Emile Griffith, le champion du monde en titre. Le 14 décembre 1964 à Philadelphie, il est à deux doigts de décrocher un titre mondial. « Difficile de dire qui sera le vainqueur » commente le journaliste en direct à la télévision. Le quatorzième et avant-dernier round touche à sa fin. Carter, le challenger, est face au champion du monde des poids moyens, Joey Giardello. Un grain de poussière va venir bloquer l’engrenage : à la fin du quinzième round, ce dernier est unanimement déclaré vainqueur par les juges. Dès lors, la carrière de Carter bat de l’aile. A partir de 1965, il accuse sept défaites sur vingt rencontres. De troisième dans le classement de Ring Magazine, il passe neuvième en 1966. Pas totalement fini, mais pas au meilleur de sa boxe.

Entre les murs

Sa carrière de boxeur n’a duré que cinq ans. 1966 : triple meurtre dans un bar du New Jersey. Carter  est arrêté. Il a vingt-neuf ans. La police n’a que très peu de preuves. Aucun des témoins ne reconnaît formellement le boxeur. Aucun sauf Alfred Bello qui va changer souvent de version. À son premier procès en 1966, l’accusé est condamné à trois peines de perpétuité, une pour chaque victime. La porte sur sa vie de boxeur est fermée, une autre vient de s’ouvrir.  Il va passer dix-neuf ans dans la prison d’état de Trenton. Soutenu par des personnalités comme Mohammed Ali, il est définitivement libéré en 1985. Son histoire suscite encore de vives polémiques. Est-il innocent ou coupable ? Un journaliste de l’Herald News, Cal Deals, a monté tout un site internet pour prouver sa culpabilité. Mais l’opinion générale est plutôt en faveur de Rubin Carter, quitte à embellir la réalité. Depuis sa libération, il a utilisé son expérience en aidant d’autres innocents injustement accusés. « Quand j’étais en prison, tout ce que je voulais c’était survivre. Maintenant, quarante-et-un ans plus tard je suis double docteur [ndlr : docteur en droit de l’université de York (Toronto, Canada) et de Griffith (Australie) à titre honorifique]». En 1993, Le World Boxing Council lui a décerné le titre honorifique de champion du monde, vingt-neuf ans après sa défaite contre Giardello.

Égalité, écrire son nom

Affiche d'égalité, fraternité, agissez

Affiche d’égalité, fraternité, agissez

Depuis 2006, à l’initiative de Michel Dinet, le Conseil général de Meurthe-et-Moselle a fait de la lutte contre les discriminations son cheval de bataille. Du 3 au 10 octobre, la 9ème édition de « Égalité, fraternité, agissez » réveille les consciences et secoue les idées reçues.

La devise « Liberté, égalité, fraternité » est née des idées révolutionnaires et est accrochée sur le fronton de nos mairies depuis la IIIème République. Pourtant elle semble parfois s’effacer de nos esprits. Avec la semaine « Égalité, fraternité, agissez », le Conseil général de Meurthe-et-Moselle tente de raviver son sens premier et de rassembler le public autour de la lutte contre les discriminations. « En neuf ans, nous avons prouvé l’utilité de ce rendez-vous citoyen grâce aux 120 acteurs qui se mobilisent pour le faire fonctionner. C’est important de continuer ce combat contre l’exclusion. Nous sommes justement dans un contexte où nous voyons émerger des tendances opposées à nos valeurs », indique Anthony Caps, conseiller général et délégué à l’éducation populaire.

L’égalité homme-femme comme fil rouge

Associations, compagnies de théâtre, conteurs, établissements scolaires et même particuliers, tous participent à l’opération, chacun avec ses compétences et sa spécialité. Cette année, le droit de vote des femmes en France fête ses 70 ans. Dans ce cadre, le fil rouge de la manifestation se tisse avec les thèmes de l’égalité homme-femme et de l’engagement au féminin. L’association « Je, Tu, Il » va par exemple intervenir dans 56 collèges avec le programme « Cet autre que moi ». Des conférences permettront de se questionner sur le rôle des femmes pendant la guerre, sur le parcours des artistes féminines ou sur la définition sociale des sexes. Mais aucun type de discrimination n’est oublié. Les sujets du handicap, de l’homophobie et de l’immigration sont aussi abordés. L’objectif : sensibiliser, changer le regard, et renverser les frontières sociales ou ethniques, de genre ou d’âge…

Laisser son empreinte

« On est tous porteurs de stéréotypes et de préjugés sans le savoir. L’année dernière, nous avions organisé des cafés citoyens avec des témoignages de personnes immigrées. Les participants étaient parfois étonnés de constater que les raisons de l’immigration ne sont pas toujours liées à la misère. L’intérêt de ces rencontres est de démystifier certaines idées », raconte Anne-Marie Viaud, chargée de mission Égalité, lutte contre les discriminations. Le Conseil général met un point d’honneur à rendre ces rencontres collaboratives et participatives. Les différents acteurs de « Égalité, fraternité, agissez » modèlent la manifestation à leur image, en apportant tout au long de l’année de nouvelles idées. Ce qui naît de cette semaine de réflexions doit aussi pouvoir être conservé. C’est pourquoi, le Conseil général prépare un recueil sur « les différentes pistes suivies dans cette lutte contre les discriminations ». Pour Anthony Caps, ces dernières peuvent être facilement abattues : « plus on se côtoie, plus on se connaît, moins elles existent ». Il ne reste plus qu’à joindre le geste à la parole.

Tout le programme de « Égalité, fraternité, agissez » détaillé sur http://www.cg54.fr/.
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #34 : http://www.lorrainemag.com/.

La solidarité par la racine

"Jardins de ville, Jardins de vie" - Crédit Grand Nancy

« Jardins de ville, Jardins de vie » – Crédit Grand Nancy

Avec « Jardins de ville, jardins de vie », les plantes demandent plus que de la lumière et de l’eau pour pousser. Les 27 et 28 septembre, dans le parc du domaine Montaigu à Jarville-la-Malgrange, la formule chimique de leur engrais se résume à trois mots : solidarité, respect et inventivité. À vos bottes de caoutchouc…

« Le goûte à goûts », « Game au vert », « Ze bio-tiful market », « Conso’lidaire », « Verdure…able » ou « Vertes cités », les noms des sections de « Jardins de ville, jardins de vie » ont un côté pop et acidulé. Preuve que le Grand Nancy sait rendre le jardinage et l’écologie amusants. Au début juste une réunion de propriétaires de composteurs, la manifestation s’est très vite ouverte au grand public. « Dans les premières réunions, on a vu que les échanges étaient très riches et conviviaux. Il aurait été dommage d’en rester là », raconte Maryse Charpin, chargée de l’évènement. Et de la convivialité, « Jardins de ville, jardins de vie » n’en manque pas. Dans le parc du domaine Montaigu, cent exposants donnent un coup de jeune à nos espaces verts. L’objectif n’est plus seulement de produire de beaux fruits et légumes mais de cultiver en étant écoresponsable.

« Jardins de ville, jardins de vie » a dix ans

Jardin des créateurs - Crédit Grand Nancy "Jardins de ville, Jardins de vie"

Jardin des créateurs – Crédit Grand Nancy « Jardins de ville, Jardins de vie »

Récupérer les eaux de pluie, utiliser des engrais biologiques, réutiliser des produits usagés, de nombreuses associations et entreprises proposent des méthodes horticoles alternatives. La manifestation ne se borne pas à arpenter les jardins ou améliorer les méthodes de culture. « Notre soucis est la préservation de la nature en général. Cela implique d’aborder des thèmes comme la limitation des déchets domestiques et leur réemploi, la consommation collaborative », indique Maryse Charpin. Le Grand Nancy met en avant des initiatives locales comme les couches lavables de l’association « Bou de Nature ». Et à travers le « Jardin des créateurs », le recyclage se transforme en tendance : huit candidats proposent des vêtements en matières recyclées. L’idée la plus originale sera récompensée à l’issue d’un défilé et des délibérations du jury. Dans les allées du domaine Montaigu, les idées fusent, les esprits s’émerveillent. « Jardins de ville, jardins de vie » fêtera donc son dixième anniversaire dans la bonne humeur, des étincelles dans les yeux… Et dans le ciel avec un feu d’artifice à son honneur.

Plus d’infos sur le site du Grand Nancy : http://www.grand-nancy.org/.
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #34 : http://www.lorrainemag.com/.

Soul Custom : un projet habité

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Un vieux canapé abandonné sur le trottoir, une pauvre étagère débitée en morceaux après des années de service, la vie d’un meuble se finit parfois de façon cruelle. L’association Soul Custom s’est donnée pour mission de leur offrir une seconde vie.

Lancée en 2013, Soul Custom fédère une trentaine de bénévoles. Anthony Charuel, le chargé de développement, est pour le moment le seul salarié de cette entreprise qui se définit comme « environnementale, solidaire et sociale ». Car l’association ne fait pas que récupérer et « customiser » les mobiliers délaissés ou abîmes, elle entend aussi accueillir des personnes en réinsertion.

Grâce à ces idées ambitieuses, à la convergence de domaines comme le recyclage, l’emploi, l’art et la culture, elle s’est vue récompensée à plusieurs reprises : aux concours SFR jeunes talents, ICN Start’Up et a reçu dernièrement le Prix de l’Étudiant Entrepreneur en Économie Sociale (PEEES). Un succès d’estime qui n’empêche pas les difficultés : la structure recherche toujours des locaux pour s’installer. Pour autant les acteurs de cette aventure veulent garder la même dynamique qu’à leurs débuts. « On ne doit pas se laisser stopper par des contraintes économiques ou administratives », martèle Anthony Charuel.

Décloisonnement

Soul Custom a toute sa place dans l’Est. « La Lorraine et Nancy ont une vraie tradition des métiers du bois et un patrimoine riche avec l’Art Nouveau, Jean Prouvé… C’est dommage de les voir cantonnés à des musées alors qu’il est possible de réaliser des pièces ancrées dans le présent », explique Anthony Charuel. Du design au quotidien, accessible à tous, hors des galeries et des salons d’exposition, voilà une autre révolution de Soul Custom.

L’association reste toutefois humble : « Il y n’y a rien d’innovant dans notre projet : on produit des meubles ». Elle reconnait quand même un part d’innovation dans sa capacité à opérer « un croisement » entre différents secteurs d’activité. Soul Custom reconstruit vos meubles et décloisonne les idées. »

Plus d’infos sur Soul Custom sur : http://soulcustom.tumblr.com/.
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #24 : http://www.lorrainemag.com/.

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