All you need is « Punk Records »

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Quarante ans qu’il résiste encore et toujours à l’envahisseur. En revanche, Francis Kremer ne se bat pas contre de vils Romains, comme dans la mythique BD de Goscinny et Uderzo, mais contre de plus gros poissons. Punk records is not dead !1

« Punk records » est un bout de Camden Town en plein cœur de Nancy. Coincé entre deux restaurants, la boutique passe presque inaperçue, comme une faille spatio-temporelle au milieu de la rue. Pourtant, elle est là depuis 1975 et a remplacé le bric-à-brac d’un antiquaire par une collection hallucinante de galettes estampillées rock, blues, jazz, soul ou des disques compacts d’import. Et derrière ce lieu de résistance musicale se cache un sacré personnage : « l’irréductible Gaulois » Francis Kremer. « Je suis tombé dans la marmite dès l’âge de onze ans. En 1966, la radio française ne diffusait que du Johnny ou du Cloclo », pas vraiment la tasse de thé du bonhomme… « Heureusement, mon grand-frère m’a fait découvrir ce qui se passait de l’autre côté de la Manche, les Beatles et les Stones », reconnaît-il avec espièglerie. La vague anglo-saxonne a tout balayé. Une seule chose est restée : la passion du disquaire.

Punk à la racine

Sur la devanture en bois d’un bleu délavé, les lettres de l’enseigne se contorsionnent façon psychédélique. Mais où est le punk dans tout cela ? N’espérez pas être accueillis pas un propriétaire avec une iroquoise plantée sur la tête et des épingles à nourrice dans les oreilles. Francis Kremer, c’est plutôt cheveux longs attachés et petites lunettes rondes d’érudit du rock, celui qui passe son temps à dénicher des perles ou découvrir des groupes improbables. « En fait, au moment où je me suis installé le mot existait déjà. Au début des années 70, Yves Adrien, chroniqueur dans Rock & Folk, signait sous le nom de « Sweet Punk » puis d’ « Eve Punk ». Dans la chanson ʺflower punkʺ, sur l’album , Frank Zappa s’adresse à un hippie et le traite de punk (idiot en argot). Le terme ne désigne pas seulement The Clash et les Sex Pistols. Et puis Rock records n’allait pas ; l’autre alternative était plus branchée », se souvient-il.

Le vinyle, envers et contre tous

Pendant la tempête internet et MP3, il s’accroche aux vinyles et tient bon. « S’il en reste un seul à vendre, ce sera chez moi. Ce support a survécu grâce aux indépendants. Les maisons de disque leur abandonnaient des licences pour tirer quelques exemplaires en toute confidentialité. Aujourd’hui, elles font marche arrière et relancent leur production, quitte à engloutir les petits », déplore-t-il. Et dans son incroyable collection, le disquaire a quelques bon vieux crus oubliés comme les « Rupert’s people ». Pour lui, la musique ne reste pas confinée à la platine, elle s’écoute au grand air, en live. Au détour de la conversation, il se remémore en riant un concert exceptionnel du jazzman Sun Ra aux NJP : « lui habillé en égyptien entouré de ses saxophonistes qui commencent à partir tous en impro free jazz. Des mulots ont littéralement fui le chapiteau tellement c’était fort ». Plus qu’un irréductible Gaulois, Francis Kremer est un indécrottable punk, un « vaurien » en rébellion contre l’ordre musical établi. Seul la coiffure diffère. À bas les crêtes, bonjour les crêpes (de vinyle bien sûr) !

Punk Records, 27 rue des Maréchaux à Nancy. Tél. 03 83 36 79 56.
1 Allusion au slogan « Punk’s not dead », le punk n’est pas mort.

Gilles Pudlowski, un redresseur de tables

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Crédit Julie Pudlowski

Râleur pour la bonne cause, mordant et bon vivant, l’écrivain et journaliste gastronomique Gilles Pudlowski cultive avec exigence les plaisirs de la table et les transmet à ses lecteurs sans chichis ni circonvolutions.

Le sens de la vie peut-il se trouver dans l’assiette ? Depuis trente ans, Gilles Pudlowski, l’« écrivain, journaliste, gourmet, fouineur, fureteur, poète, chercheur de sens » selon ses mots, taille la route, armé seulement de sa gourmandise, pour répondre à cette question cruciale. À force d’écumer les tables de France et d’Europe, le critique culinaire a acéré sa plume et ses goûts.

Les saveurs de l’écriture

Né à Metz en 1950, il puise dans la gastronomie ses premières inspirations. « Mon père était lui-même un gourmet. Il a fait trente-six métiers dont celui de charcutier. Grâce à lui, je connais très bien le travail des artisans et j’ai fait le tour des restaurants de la région », se souvient-il. Mais Gilles Pudlowski va trouver dans l’écriture un moyen de marier sa gourmandise à son don littéraire. Après une licence d’histoire et un diplôme à l’Institut d’Études Politiques, il commence une carrière de journaliste au Quotidien de Paris, se fait remarquer par Christian Millau pour une collaboration au Gault & Millau puis enchaîne les chroniques dans Paris Match ou le Point. Aujourd’hui, il pousse coups de gueule ou de cœur sur son blog « Les pieds dans le plat » et  donne son avis d’expert dans les Dernières Nouvelles d’Alsace ou le Républicain Lorrain, sans oublier ses nombreux ouvrages et ses guides les « Pudlo ».

De surprises et surprises

Malgré des décennies passées à jouer le goûteur, le critique ne connaît pas la routine. « Je suis surpris tous les jours, en bien ou en mal. Ce métier est formidable pour ça. Je découvre des styles très différents, de la cuisine plus classique à celle plus moderne », égraine-t-il. Le terroir lorrain, « rustique et terrien » sait aussi charmer ses papilles. D’autant que comme lui, la cuisine régionale est le résultat de beaux mariages. Fils d’immigrés polonais, il souligne les liens toujours présents entre la Lorraine et la Pologne : « En matière de gastronomie, le Grand Est relie Strasbourg à Varsovie. On trouve les raves, les racines, la choucroute sous différents noms, le lard… Et bien sûr, il y a l’apport de Stanislas à la cuisine lorraine avec le baba au rhum ou les madeleines ». Il est bien là le sens de la vie, dans les plaisirs simples et terrestres d’un plat cuisiné avec amour. On y revient sans modération… ou presque.

Un gars…

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Maxime H. @DR

Maxime Huylebroeck, l’art de la simplicité

Maxime Huylebroeck parcourt la Grande Région et même la France entière armé de son appareil photo et met en boîte les plus belles tables contemporaines. Par la force de sa passion, ce dernier a réussi à s’immiscer dans ce monde à part où l’art se mange avec les yeux et le cœur.

Quel est le rapport entre Zoro et Maxime H ? Tel l’homme en noir, le second signe son nom à la pointe de l’objectif d’un « H », qui veut dire Huylebroeck. Et puis, en photographie culinaire comme en escrime, il faut faire vite : « Les chefs sont des artistes. Ils créent des œuvres éphémères. La moindre mousse ou émulsion peut perdre sa tenue en quelques secondes », explique-t-il. Né au pays de la bande-dessinée, ce dernier est tombé dans la marmite de la photographie et de la gastronomie tout petit.

Rien n’est impossible

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Crédit Maxime H.

« Mon père est un amoureux de la photographie. Il la pratique en amateur mais m’a transmis sa passion très tôt. Les vacances, les moments familiaux, tout était prétexte à utiliser mon appareil. Quant à ma mère, elle est secrétaire de direction dans une école d’hôtellerie à Bruxelles. C’est elle qui m’a fait aimer la cuisine et m’a permis de côtoyer de grands chefs », raconte ce Lorrain d’adoption. Pour autant, dans son esprit, l’idée d’exercer cette activité de façon professionnelle ne s’impose pas tout de suite. D’abord lancé pendant trois ans dans des études spécialisées en publicité, le virus de la photographie culinaire ne vient le démanger que quelques années plus tard, après un stage de communication à Londres. « Je me suis aperçu que je n’étais pas fait pour rester dans un bureau toute le journée. Je me suis documenté ; j’ai regardé de nombreux livres photo. J’ai appris en autodidacte en faisant des erreurs et en les rectifiant. J’apprends toujours mais j’affine mon style », ajoute-t-il.

La confiance au creux de l’assiette

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Crédit Maxime H.

Entrer dans l’univers secret des chefs s’effectue sur la pointe des pieds, avec discrétion et en établissant un rapport particulier avec eux. Plus que dans d’autres milieux, en cuisine la confiance se gagne et Maxime H. l’a remportée à force de persévérance, de passion et en affirmant son identité photographique. Dans ce cadre la première rencontre est toujours décisive et détermine la suite de la collaboration. « C’est une grande famille. Pour pouvoir en faire partie, il faut être à l’écoute. J’essaie d’instaurer un climat de bonne humeur. Après il est nécessaire de s’adapter à chaque interlocuteur. Je peux travailler avec eux en plein service, dans l’ambiance stressante d’une cuisine en ordre de marche, ou lors des jours de fermeture où je prends plus le temps. Ce que je souhaite avant tout, c’est révéler la dimension artistique de leur métier ». Pâtissiers, cuisiniers, traiteurs, de nombreuses personnalités de la gastronomie lorraine ont succombé au style « Maxime H. » : une photographie simple, sobre et lumineuse.

Un bien joli tableau

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Crédit Maxime H.

Jusqu’au 22 janvier 2016, le Musée Aquarium de Nancy expose l’un de ses projets personnels : « Un plat, un chef ». « Depuis que je suis à Nancy, je tente de mettre en valeur les chefs de la région. Je voulais aussi les faire un peu sortir de leur cuisine. Avec cette série de portraits croisés, j’ai essayé de modifier aussi la manière de les montrer. Ils ne sont pas les bras croisés ou le long du corps comme on les voit souvent. Ici chaque cliché d’eux dévoile en partie leur personnalité », note-t-il. Et cette personnalité se lit doublement dans le plat dressé par le chef et son image. Et Maxime Huylebroeck aborde les plats de ses sujets comme une peinture. Toujours à l’écoute des tendances, le photographe s’inspire aussi de ce qu’il a pu voir et apprendre en histoire de l’art, lors de ses années d’études. Parmi ses sources d’inspiration, Mondrian a su retenir particulièrement son attention. On peut d’ailleurs retrouver dans les photographies du premier la simplicité du second. La seule différence est que les tableaux de Maxime H. se dégustent ensuite avec plaisir.

Plus d’infos sur maximeh.com.

… Une fille

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Karine Faby @DR

Karine Faby, au cœur de la transparence

D’abord portraitiste, Karine Faby a changé de sujets pour se pencher sur de plus grosses légumes à travers la photographie culinaire. Fascinée par la transparence, elle réveille les natures mortes gastronomiques en un coup de prise de vue.

« Si tes photos ne sont pas bonnes, c’est que tu n’es pas assez près », avertissait le mythique reporter-photographe Robert Capa. En photographie culinaire aussi, tout est question de bonne distance. Un cliché trop éloigné et les nuances des couleurs s’évanouissent, les textures s’affadissent. Une image mal fagotée peut rapidement ruiner le travail d’orfèvre d’un chef. Au départ plutôt spécialisée dans les portraits, sa formation de photographe a pimenté son approche de la gastronomie et des grands artistes de la cuisine française.

Un portrait en fines lamelles

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Crédit Karine Faby

« Il est certain que mon expérience de portraitiste m’a aidée à trouver mes repères dans l’univers de la photographie culinaire. Dans chaque plat, on peut retrouver la personnalité du chef qui l’a créé. D’ailleurs, le travail entre un chef et moi s’effectue en binôme. De son côté il dresse l’assiette, la met en scène. Je suis là pour la mettre en valeur et créer une ambiance », détaille-t-elle. Mais quelles raisons ont poussé cette spécialiste des natures vivantes à réveiller des mets « assoupis » ? Outre sa gourmandise, Karine Faby est dévorée par une autre passion, celle des produits de la nature, en tous genres et sous toutes leurs formes. Son premier cliché culinaire se matérialise dans une silhouette juteuse et colorée d’une mandarine de Corse. D’autres fruits et légumes se plieront par la suite aux envies de la photographe. Sur ces clichés, les radis bondissent et les citrons pétillent. De projets artistiques en rencontres professionnelles, la photographe culinaire va développer son style et son carnet d’adresses.

Mise au point sur la lumière

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Crédit Karine Faby

« Très souvent, les chefs avec qui je collabore ont d’abord flashé sur mes petites mises en scène végétales. La relation établie avec eux par la suite se base sur la confiance mais aussi la fidélité. Beaucoup gardent le même photographe culinaire quand celui qui correspond à leur sensibilité. C’est donc un grand privilège d’entrer dans leur univers », continue-t-elle. Toute la difficulté consiste pour elle à lutter contre le temps qui passe. « Un plat ne garde pas longtemps sa consistance et sa fraîcheur sous la lumière intense des projecteurs et il faut réussir à capter sa présentation idéale. Je cherche à recréer le jeu d’ombre et de lumière, à donner du volume et de la vie à ce que je photographie. J’aime beaucoup le travail des produits frais, organiques car j’aspire à restituer leur transparence, des nervures d’une feuille de clémentine à la texture fondante d’une viande ou d’un poisson ». Et comme elle ne recule pas devant les défis, Karine Faby affronte parfois les difficultés de la cuisine française : les plats en sauce.

La cuisine, tout un cinéma

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Crédit Karine Faby

Cherchant toujours à se réinventer, Karine Faby regarde avec attention les clichés du photographe culinaire Richard Haughton : « Il essaie de surprendre en modifiant les angles de prises de vue, en jouant avec les compositions des chefs. Pourtant, sa source d’inspiration ne vient curieusement pas de cette discipline mais plutôt du cinéma. Face au grand écran, elle nourrit notamment son travail de celui d’Henri Alekan, directeur de la photographie de grands cinéastes comme Jean Renoir, René Clément, Raoul Ruiz, Amos Gitai ou encore Wim Wenders. Admirative des photographes du début du XXe siècle, elle s’inspire de la manière dont la lumière, fortement contrastée, vient animer les objets. Finalement, le lien qu’elle tisse avec les chefs ressemble énormément à celui d’un directeur de la photographie et d’un réalisateur : l’un met en lumière les créations de l’autre.

Plus d’infos sur karinefaby.fr

Vincent Munier, poète d’un monde flottant

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Crédits DR

Parti régulièrement en expédition dans le Grand Nord ces six dernières années, le photographe animalier Vincent Munier n’est pas revenu les mains vides. L’ouvrage « Arctique », sorti en octobre dernier, retrace en images ses aventures avec toujours la même poésie.

L’image s’imprime sur la rétine puis s’évanouit lentement, laissant le tracé simple et délicat d’une silhouette de loup blanc au regard profond et tranquille ou d’harfang des neiges s’envolant gracieusement dans un paysage aussi blanc que son plumage. Regarder une photographie de Vincent Munier provoque la même sensation que plonger dans ces « ukiyo-e » ou estampes, poétiquement nommées par les Japonais « images du monde flottant ». Le trait, minimaliste, saisit avec subtilité l’essence des choses et des êtres et, en même temps, semble la soustraire en partie au regard, lointaine et proche en même temps.

Tempête de blanc

Crédits Vincent Munier

Crédits Vincent Munier

Dans son dernier opus, le photographe animalier continue son exploration de ce territoire en passe de disparaître : l’Arctique. « Je suis fasciné de voir que des animaux peuvent vivre là-bas, dans des conditions extrêmes. Le blanc me captive particulièrement : il efface le superflu, permet de ne garder que l’essentiel. J’ai grandi dans les Vosges et j’ai toujours aimé l’hiver. En cette saison, les hautes chaumes prennent l’apparence de toundra pelée de Laponie ! », livre-t-il. Les photographies sélectionnées par lui l’été dernier, en pleine canicule, retracent six années d’expéditions dans les contrées glacées de la Scandinavie ou des îles septentrionales du Nunavut, au Canada. Ces virées en solitaire et sans assistance, Vincent Munier les a préparées patiemment et graduellement, se frottant d’abord aux sommets vosgiens, puis à ceux des pays de l’Est, sur la péninsule russe du Kamtchatka, et enfin le « High Arctic » et l’île d’Ellesmere. « Un vrai chemin de vie », souligne-t-il. Sur la couverture, un instant incroyable a été gravé : la rencontre du photographe avec une meute de neuf loups arctiques.

Fondu au noir

Crédits Vincent Munier

Crédits Vincent Munier

« Ça fait des jours que je vous attends », l’entend-t-on souffler, entre soulagement et bonheur, sur une vidéo tournée alors. « C’est le moment le plus fort de ma vie de photographe », confie ce dernier. En tournant les pages d’« Arctique », le lecteur aussi ressent au creux de son ventre cet amour infini pour ces animaux dont Vincent Munier capture les images. Il réalise ainsi un travail d’hommage et surtout d’alerte : « Nous avons voulu laisser parler les photographies, sans texte ni légende. Juste de la photographie pour inviter le lecteur à s’immerger dans cette féerie du blanc. En filigrane, malgré tout, il y a ce message d’une banquise arctique qui va disparaître. Et sa blancheur est remplacée peu à peu par le noir de l’océan », ajoute-t-il. Accompagné d’un carnet de voyage, « Arctique » vaut tous les discours sur la préservation de la planète. Actuellement en Antarctique pour la mission « Wildtouch » en compagnie du cinéaste Luc Jacquet, Vincent Munier continue d’enregistrer les ultimes beautés de ce monde en danger.

« Arctique »,de Vincent Munier, publié aux éditions Kobalann avec livre de photographies et carnet d’expédition. Renseignements : http://www.vincentmunier.com / http://www.kobalann.com.

Playmo people

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Comme tout jouet iconique, du Teddy Bear à la poupée Barbie, les Playmobil ont leurs aficionados, de tous âges. Ces derniers se retrouveront les 28 et 29 mars pour la première vente-exposition en Lorraine à Villey-Saint-Etienne. Derrière cette manifestation, une autre passionnée des personnages à perruque amovible : Amandine Zyta. Elle nous a fait entrer dans l’antre secret des « Playmopotes ».

Quel est le point commun entre Playmobil et les Village People ? Comme les Village People, l’aventure Playmobil a démarré avec des figures emblématiques, plus précisément trois figurines : l’Indien, l’ouvrier et le chevalier (la version médiévale du policier). Depuis 1974, presque trois milliards de ces bonhommes en plastique se sont vendus à travers le monde. Trentenaire, Amandine Zyta fait partie des fans inconditionnels de la marque allemande : « Je suis tombée dedans quand j’avais une dizaine d’années. Mes parents ont économisé toute une année pour m’offrir une maison victorienne. Depuis, j’en ai eu d’autres mais c’est devenu mon objet fétiche ». Mais ses quelques mille figurines Playmobil ne restent pas sagement rangées dans une vitrine fermée à clé. La « Playmopote » leur créé des décors à leur dimension et leur construit des univers selon ses envies.

Toute une histoire

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Cette année, Amandine s’est attelée à un diorama un peu spécial. « Je me suis inspirée du Pavillon Bleu, un restaurant de Villey-Saint-Etienne établi près d’un plan d’eau et autour duquel plusieurs activités se développent, du pédalo aux promenades en vélo. C’est une sorte d’hommage », explique-t-elle. Dans une salle dédiée à sa passion, véritable atelier d’artiste, la maquette de 6 m2 attend patiemment quelques retouches et ajouts avant d’être exposée au Luxembourg et en Belgique.  Dans le salon des 28 et 29 mars, les fous de Playmobil montreront encore toute leur diversité : scènes de bataille, reconstitutions d’une époque, mondes enchantés peuplés de fées et de lutins ou plongées dans le « septième art ».  Parmi les « Playmopotes », les fans de la marque, Amandine s’est distinguée dans le domaine culinaire : « Comme je suis gourmande, j’aime faire à manger à mes Playmo. Je crée donc des coupes de fruits, des mini-pâtisseries, des glaces en pâte Fimo ».

Une créativité sans limites

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Autour de son coin d’eau, elle a d’ailleurs parsemé une camionnette « Jojo la gaufre », un petit chalet avec des tables de pique-nique et s’est aussi lancée dans la construction inédite d’un restaurant de fast food américain. Le concept n’existe pas chez Playmobil et Amandine a dû l’inventer du sol au plafond, jusqu’aux minuscules frites grignotées par ses personnages. « Cette marque permet vraiment d’exercer sa créativité. Contrairement au Danois Lego, Playmobil n’a pas acheté de licences comme celles de Star Wars ou du Hobbit. Du coup, ceux qui veulent monter des maquettes autour de ces thèmes doivent customiser leurs pièces », note-t-elle. Et pour être de la bande à « Playmo », il faut une bonne dose de patience. Pour Amandine, chaque maquette nécessite en moyenne 150 heures de travail et un budget de 600 à 700 €. Entre la sculpture de reliefs en polystyrène, la peinture de l’herbe et des chemins de promenade et la transformation de bâtiments déjà existants, Amandine a l’âme d’une architecte de l’irréel. Un irréel rempli de souvenirs d’enfance et d’émerveillements enchaînés, à la portée des petits comme des grands.

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Vente-exposition Playmobil les samedi 28 de 10h à 18h et dimanche 29 mars de 10h à 17h dans la salle polyvalente de Villey-Saint-Etienne (Rue de Fontenoy). Contact mail : playmo.expo.villey@gmail.com / Renseignements : www.villey-saint-etienne.fr.

Des « petites choses » à croquer

Zoé Thouron - Crédits Dargaud

Zoé Thouron – Crédits Dargaud

Sélectionnée parmi d’autres pour le prix France Info 2015 de la bande dessinée d’actualité et de reportage, « Florange, une lutte d’aujourd’hui » a fait un beau bout de chemin depuis sa parution en 2014. Pour Zoé Thouron, sa jeune dessinatrice, ce n’est que le début d’une aventure en dessins. Portrait.

Zoé Thouron cache sa timidité derrière son crayon. Elle lui permet d’observer tranquillement « ces petites choses insignifiantes » du quotidien, des personnages de la rue aux canards du bord de l’eau. « Elles ne sont pas forcément intéressantes mais moi, ça me plaît. Au final, ces petits dessins ont quand même une dimension de reportage », explique-t-elle. Portraits attendrissants ou piquants, drôles ou nostalgiques, elle réussit en quelques traits à capter l’esprit de ceux qu’elle couche sur papier et à les animer d’une nouvelle vie, en deux dimensions. Et c’est bien une des forces de « Florange, une lutte d’aujourd’hui » : redonner des couleurs à ces personnages de l’actualité, souvent réduits à une fonction ou un rôle, petits employés contre grand patron, exploités contre exploitant. Pour contrer cet effet, le scénariste Tristan Thil a passé du temps avec les ouvriers de Florange pendant leur lutte et a su percer la bulle de leur intimité, sans voyeurisme et avec justesse. Pourtant il fallait encore retranscrire cet équilibre fragile en images.

Premières fois

Crédits Zoé Thouron

Crédits Zoé Thouron

« C’est la première bande dessinée sur laquelle je travaille. Avant cela, je n’avais jamais bossé sur le scénario de quelqu’un d’autre. Parfois, Tristan annotait le texte quand il voulait faire apparaître un personnage. Sinon, la plupart du temps, j’ai dû décider du découpage, de ce qu’il fallait montrer ou non », raconte la dessinatrice de 25 ans. Depuis sa sortie de l’École Supérieure d’Art de Lorraine d’Épinal, elle multiplie les collaborations, les projets mais aussi les univers. En 2011, Elle s’intéresse à l’histoire d’un ancien camp de prisonniers allemands, situé à Vandœuvre-lès-Nancy.  En 2013, dans « 13 personnages du Yiddishland » (paru chez Le Goûteur Chauve), elle revisite avec humour la figure de la « mère juive », étouffante d’amour et si drôle dans ses excès. Dans « La vie encore » (publié en novembre 2014 aux Éditions du Pourquoi pas), elle collabore avec Thomas Scotto et saisit l’humanité au cœur de la première guerre mondiale, comme ces deux poilus qui dansent ensemble. Elle dessine aussi ponctuellement pour la presse, de Fluide Glacial à UFC Que choisir. Cette capacité à raconter plusieurs histoires en un seul croquis, elle l’a travaillée au cours de son Diplôme National des Arts et Techniques (DNAT). « J’ai toujours voulu faire du dessin. Souvent aux Beaux-Arts, plusieurs options te sont proposées mais au début cela reste très théorique.  À Épinal, ils sont déjà spécialisés dans l’image et la narration. D’ailleurs leur intitulé de diplôme est aussi très révélateur : ils utilisent le terme DNAT et non pas DNAP (Diplôme National des Arts Plastiques). J’y ai beaucoup appris sur la construction narrative car on nous pousse beaucoup  à expérimenter différentes méthodes de narration », précise-t-elle.

Moteur

Crédits Zoé Thouron

Crédits Zoé Thouron

Étrangement, ses modèles ne sont pas forcément des grands dessinateurs mais plutôt d’illustres photographes : le Britannique Martin Parr, les Français Raymond Depardon et Robert Doisneau. À bien y regarder pas si étrange que ça… Tous ont réussi à sublimer la banalité du quotidien, ceux que l’on nomme avec mépris « les petites gens », les anonymes. « Quand je dessine, je pense toujours au cadre. Je suis incapable de prendre une photo mais je conçois mon croquis telle une prise de vue », note-t-elle. Son métier, elle l’imagine aussi comme un moyen de se frotter à ses limites et de les repousser plus loin. « Je ne me suis jamais dit : « tiens, je dessinerais bien un haut fourneau ». Je suis attirée souvent par des sujets que je ne connais pas ; ça me pousse à sortir de ma zone de confort et réaliser des images que je n’aurais peut-être jamais faites toute seule ». Son prochain défi l’envoie plus loin, sur d’autres galaxies. En collaboration avec un cosmologue, elle se gratte la tête en cœur sur la question « Pourquoi y a-t-il vingt-quatre heures dans une journée ? » et y répond avec lui en huit planches pour la Revue Dessinée. Les dessins de Zoé vont-ils la propulser dans les étoiles ? Très probablement, mais des astres de papier dans ce cas.

Découvrez l’univers de Zoé Thouron sur son blog : http://zoethouron.blogspot.fr/.
Florange, une lutte d'aujourd'hui de Zoé Thouron et Tristan Thil - Crédits Dargaud-Zoé Thouron

Florange, une lutte d’aujourd’hui de Zoé Thouron et Tristan Thil – Crédits Dargaud-Zoé Thouron

Ève Chambrot, la discrète

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Après Le Nœud de Pomme, Ève Chambrot affronte un monstre littéraire dans La Bonne Distance, parue aux éditions Volume en mai dernier. Dans cet échange épistolaire fantasmé avec Michel Houellebecq, l’écrivaine ébauche le portrait en ombres chinoises d’un doux provocateur… Rencontre avec une admiratrice qui a su garder ses distances.

« Suis-je capable d’inventer ». Cette question, Ève Chambrot l’a portée longtemps en elle. La littérature chevillée au corps, le goût des belles lettres en poche, elle s’est longtemps promenée dans la vie avec cette tentation de l’écriture, sans oser se lancer franchement dans l’aventure. Elle y est arrivée pourtant par des chemins détournés. « J’ai toujours aimé écrire mais des petits textes… Le roman me paraissait inaccessible, cela suppose une idée sur la durée », avoue-t-elle.  Un peu comme dans un tango, l’approche s’est faite à petits pas, parfois en évitements, parfois en rapprochements, souvent en se tournant autour. Finalement, le roman vient à elle grâce à plusieurs rencontres. La première a lieu en 2008 avec la fille d’un ancien maire de Nancy dont elle rédige la biographie. De cet ouvrage, publié de façon privée, elle  rebondit sur un autre projet : La Chaumière, écrite à quatre mains avec Emmanuel de Saint-Martin,  retrace l’histoire d’une association d’aide à l’enfance. Le véritable déclic se produit lors d’un atelier avec l’auteur et metteur en scène Benoît Fourchard au Théâtre du Peuple à Bussang. Là, la romancière pointe le bout de son nez. « Je ne me suis vraiment rendu compte que je pouvais écrire qu’à partir de ce moment. J’ai produit un texte et il a été le point de départ de mon premier roman Le Nœud de Pomme », décrit-elle.

Houellebecq, hors de portée

Dans ce dernier, elle dénoue les fils qui retenaient encore sa plume. Elle embarque désormais les lecteurs dans ses voyages intérieurs. Dans ses livres, l’intime s’effleure avec délicatesse, nulle grandiloquence, ni fioritures ; ses mots vont droit au cœur, simples et précis. « Je n’écris pas un roman balzacien. Je m’intéresse surtout au travail de la langue mais il ne faut pas que ce soit un travail trop intellectuel », note-t-elle. Italo Calvino, l’écrivain perché, Gustave Flaubert, le « modèle inatteignable » ou William Faulkner, tous appartiennent aux figures tutélaires de son panthéon littéraire. À ces derniers elle ajoute encore un extraterrestre de la littérature française : Michel Houellebecq.  Et justement, elle tente de croquer ce drôle d’énergumène dans son dernier livre La Bonne Distance. « J’aime ses provocations. C’est un homme libre. Ça se révèle encore plus vrai aujourd’hui… En ce moment, il fait beaucoup d’apparitions dans les médias et on peut voir qu’il n’a plus de dents. Or il a largement les moyens de se payer des soins dentaires : soit il se fout complètement de son apparence, soit il le fait pour provoquer », analyse-t-elle. Elle l’admire. Elle veut lui écrire mais bloque : que lui dire ? Alors, elle décide de le faire dans « la fiction ». De son envie d’échange épistolaire naît le personnage de son roman : un « je » sans véritable identité, une femme qui lui ressemble un peu et pas du tout, une admiratrice tentant de briser le mur entre un écrivain et ses lecteurs. De là, commence un jeu de questions sans réponses. L’inaccessible Michel Houellebecq se dessine dans l’absence, au fil des lettres.

Caprices du fleuve

Afin d’esquisser ce portrait en ombres chinoises, Ève Chambrot s’est richement documentée et a empilé les interviews, les romans comme autant d’indices. « L’image de Houellebecq dans La Bonne Distance est une interprétation personnelle de ce qu’il est. Pour autant, elle n’est pas farfelue ; elle est fondée », insiste-t-elle. Au bout de cette conversation rêvée à un inconnu, une fin dérangeante pour certains lecteurs. L’écrivaine s’explique : « Je voulais que cela soit inachevé. L’angoisse est un peu mon fonds de commerce. Ce qui est le plus effrayant pour cette fille, c’est l’entre deux : ne pas savoir s’il ne veut plus la voir ou lui écrire, ou s’il est mort… ». Angoissée Ève Chambrot ? En tout cas, elle n’est pas pétrifiée par la peur de la page blanche. Déjà lancée dans l’écriture de son troisième roman, elle endosse une nouvelle identité, un nouveau « je », masculin cette fois-ci. L’inspiration, elle l’imagine comme une recette de cuisine improvisée. « Dans un grand chaudron », elle verse quelques anecdotes empruntées à des amis, un soupçon de discussions entendues dans le bus ou au restaurant, une pincée de souvenirs et d’émotions personnels. Le reste vient tout seul. Un long fleuve tranquille charriant un flot de mots, parfois tumultueux, parfois apaisé.

http://evechambrot.hautetfort.com/

Jacky au pays de Davis

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Depuis les débuts des Nancy Jazz Pulsations, Jacky Joannès est l’œil du festival. En coulisses ou sur scène, il prend les musiciens sur le vif et fige sur pellicule une bibliothèque de souvenirs musicaux. Cette année pour la 41ème édition, il offre un flashback photographique sur le cru 2013 des NJP et du Manu Jazz Club. Rencontre.

« Quand je regarde mes photographies, je revis les concerts auxquels j’ai assisté. D’abord avec  le développement de la pellicule, puis avec le tirage sur planche contact, à chaque étape je retrouve les sensations et les émotions de  ce moment particulier », s’émerveille Jacky Joannès. Photographe indépendant depuis 1991, son objectif accompagne les Nancy Jazz Pulsations depuis leurs débuts en 1973. Le jazz est son premier amour et à travers son activité, il conjugue deux autres passions : le spectacle vivant et la photographie.

Sentimental jazz

Un peu comme Alice au pays des merveilles, Jacky Joannès est tombé face à ses idoles en couvrant les différentes éditions des NJP. Un des premiers noms qui lui vient en tête : Miles Davis, le trompettiste magicien de la bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud (1957), des albums Kind of blue, Bitches Brew ou Tutu. Dans l’exposition « Pulsations », présentée au Centre Intercommunal Laxou Maxéville, les visiteurs pourront en retrouver d’autres tels Ibrahim Maalouf, Christian Scott et encore Kenny Garrett, venus au festival l’année dernière. Au fil des années, le photographe a eu la chance de rencontrer ces musiciens et de capturer leurs expressions, gestes ou mimiques. « Quand on connaît les artistes, on peut parfois anticiper leurs mouvements. Mais pour capter ces instants uniques, où tout converge, attitude, lumière et ambiance, il faut suivre son instinct », raconte-t-il. En musique tout comme en photographie, tout est question d’alchimie.

L’éclat du son

Il a aussi découvert de jeunes jazzmen aux potentiels explosifs. Au fur et à mesure des festivals, il a pu en voir évoluer certains. « J’ai assisté à divers concerts de Christian Scott, trompettiste américain. Avec le temps il a pris du souffle et de la puissance », remarque Jacky Joannès. D’ailleurs il trouve plus de plaisir encore dans l’éclat des trompettes ou des saxophones. Dans de nombreux portraits de « Pulsations » il vient caresser ces instruments à vent au son puissant du bout de son objectif. Il a aussi traversé les âges du jazz avec une passion intacte : jazz Nouvelle-Orléans, bebop, free jazz… « Les musiciens de la jeune génération reprennent des répertoires de grands du jazz, de Coltrane, Monk ou Mingus. Mais ils les emmènent ailleurs. Aujourd’hui on mixe les différents courants : jazz rock ou fusion, groove, free jazz avec des musiques du monde », continue-t-il. Pour lui, la photographie est un témoignage. Mais à l’écouter parler de ses figures mythiques, cela sonne plus comme un hommage, une preuve d’amour et d’admiration. Et telle Alice, il courra d’autres lapins musicaux, toujours à la recherche du cliché parfait.

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« Pulsations », jusqu’au 20 octobre au Centre Intercommunal Laxou Maxéville. Plus d’infos : http://www.nancyjazzpulsations.com/.

Qui a peur de Virgile Debar ?

© VIRGILE DEBAR

© VIRGILE DEBAR

Dans « Alone », Virgile Debar revisite Dracula et Superman à la sauce aigre-douce. Avec Olivier Salaün, à la demande de Zinc Editions, ils ont enlevé tout pouvoir à ces super-héros, devenus des losers sentimentaux, des célibataires irréductibles et misérables. Rencontre avec un artiste peintre qui utilise l’art comme une arme et l’humour comme munition.

La rue est une banque iconographique. Publicité pour dernier téléphone à la mode, affiche de cinéma, flyers en tout genre, le passant est assailli. Ce flot de représentations imprimées en série, Virgile Debar a décidé de le détourner. « Aujourd’hui, cela va plus vite de réaliser une image par ordinateur, grâce à des logiciels. C’est pour cette raison que beaucoup de gens pensent que la peinture est morte. J’ai voulu montrer qu’elle est toujours vivante et qu’elle doit dialoguer avec son temps », explique-t-il. Pour ce faire, il a décidé de mettre au rencart les ordinateurs, générateurs de ces figures placardées sur les murs des villes. Il s’est mis à travailler avec pugnacité ses à-plats avec pour seul but : réaliser un tableau aussi parfaitement que s’il était une machine. Certaines de ses œuvres, comme le « King Konso », ont été déclinées en plusieurs versions. Au début les traces du pinceau étaient encore trop visibles au goût de l’artiste. D’apparences tranquille, Virgile Debar est un perfectionniste, régulièrement en proie au doute. Un cocktail détonnant : « Quand je dessine, j’ai de nouveau 14 ans ; j’ai l’impression de ne pas savoir dessiner. Je me prends toujours autant la tête », confesse le peintre.

Un peintre sous influence

Dès son enfance, il engrange des échantillons mentaux de ce qu’il voit dans les dessins animés, les bandes dessinées ou les films. Le robot de son tableau « Sex Machine » renvoie par exemple à Robby de La Planète Interdite, réalisée par Fred McLeod Wilcox et sortie en 1956. Inconsciemment ou non, toutes ces références se sont figées, inaltérables, dans la tête de l’artiste comme la figure de Bruce Lee dans « La fureur du dragon ». L’expérience venant, elles se sont mariées à d’autres : Rubens ou Degas. « Dans mon travail, j’aime mélanger grand art et culture populaire. Dans « Sex Machine », l’expression de la fille est un hommage au « Cri » de Munch », remarque-t-il. Virgile Debar réussit le grand écart entre deux mondes à priori antagonistes. Il les réunit ensemble et accomplit plus que des simples clins d’œil : il les convoque pour servir un message bien précis. Les travers de la société de consommation, la transformation de l’humain en objet ou la guerre sont les gimmicks picturaux de l’artiste. Pour être plus percutant, Virgile Debar enrobe le tout dans un papier cadeau coloré : « Les œuvres d’un peintre comme Jean Rustin sont magnifiques mais peuvent être répulsives. Moi, je voulais jouer sur une belle esthétique pour parler de sujets dérangeants et non pas montrer quelque chose de sale. Je désirais fabriquer des pommes empoisonnées ».

Des visages et des figures

Les tableaux de Virgile sont bien des fruits vénéneux qui explosent en bouche pour mieux remonter vers le cerveau. En effet, ses œuvres offrent plusieurs couches d’interprétation : à l’observateur de creuser et de les trouver. « La chanson de la main » peut ainsi laisser perplexe au premier abord. Sur la toile, s’agitent les tentacules frétillants d’une pieuvre. Le peintre a ramené la bestiole dans ses bagages, suite à une résidence de deux mois en 2012 en Corée du Sud. « Ce que j’aime, c’est leur forme. Tu peux les travailler comme un serpentin », raconte Virgile Debar. Le titre de l’œuvre, lui, renvoie à l’inquiétant morceau du groupe Noir désir : «Non, j’n’ai pas les doigts qui pendent ou comme des tentacules. Le poulpe indépendant court le long du comptoir. Avancez, avancez petits doigts ». Mais à chaque trait de crayon, chaque coup de pinceau, Virgile instille une dose d’ironie ou de dérision. Bruce Lee fait le signe de surfeur et King Kong a conquis une pile de produits alimentaires, en lieu et place de son gratte-ciel attitré. Mais aucun de ces personnages ne montre son vrai visage : il faut regarder derrière les masques, derrière les apparences.

Découvrez les oeuvres de Virgile Debar sur son blog : http://virgiledebar.blogspot.frLa galerie Bora Baden lui consacre une exposition jusqu’au 7 juin ( http://www.borabaden.com). Le leporello « Alone » est disponible sur le site de Zinc éditions : http://www.zinc-editions.net.

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