Sur le sable

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Balnéaires – Crédit Frédéric Cornu

Après une incursion dans une ville d’Alep fantomatique puis sur les routes des États-Unis dans les années 1970, la galerie CRI des Lumières à Lunéville prend le pouls de la plage de Bray-Dunes à travers le travail du photographe Frédéric Cornu.

Souchon chantait un baiser sur la plage de Malo Bray-Dunes. Frédéric Cornu, photographe lillois, fredonne une autre chanson : celle de ceux qui la fréquentent. Dans cette série de portraits en noir et blanc, il capte des bribes de vies, un peu cabossées, riches de leurs défauts. Il transplante au cœur de son travail la beauté et la fragilité de corps qui ne se veulent ni esthétiques, ni commerciaux. Ils sont « glorieux », comme les décrit l’écrivain Thierry Hesse : « en leurs chairs éprouvées, [ils] révèlent alors l’histoire de leur seule subsistance. Ce qu’effacent à jamais les créatures sans qualités, sans accidents […] imperméables aux heurts, au vent qui souffle dans les dunes, aux peines si quotidiennes – des images de la mode ».

Une humanité portée aux nues

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Balnéaires – Crédits Frédéric Cornu

En nous faisant découvrir le travail de cet artiste, le CRI des Lumières (Carrefour des Regards et de l’Image) continue sur sa lignée de photographie « humaniste et sociale » que maintient par ses choix son directeur artistique, Éric Didym. « La problématique de la couleur est que, lorsqu’on regarde l’image, on ne voit dans un premier temps que ça. La question à se poser en tant que photographe est : est-ce qu’on raconte quelque chose ou se lance-t-on dans un acte esthétique ? », analyse celui-ci. Clairement, Frédéric Cornu a opté pour la première solution.

« Balnéaires », du 16 avril au 12 juin (fermé le mardi), place de la deuxième division de cavalerie au Château de Lunéville. Plus d’informations : www.crideslumieres.org.

 

Stupeur & tremblements

Geert Goiris, Mammatus, 2010 © Courtesy de l'artiste et Art : Concept, Paris

Geert Goiris, Mammatus, 2010 © Courtesy de l’artiste et Art : Concept, Paris

Du 11 février au 5 septembre 2016, le Centre Pompidou laisse les éléments se déchaîner. La nouvelle exposition « Sublime. Les Tremblements du monde » jette sur la nature un œil émerveillé et stupéfait à travers la fenêtre de l’art.

La nature est un personnage à part entière dans l’histoire de l’art. Même au fond d’un tableau, cachée dans un coin de photographie ou discrètement dissimulée dans un décor de film, elle  raconte toujours quelque chose. Comme un protagoniste, elle a ses propres monologues et un caractère tour à tour mesuré ou emporté. À travers l’exposition « Sublime. Les tremblements du monde », le Centre Pompidou explore le rapport complexe que nouent les artistes avec cette muse capricieuse, génératrice d’un double sentiment d’attraction et de répulsion.

Émotions à la dérive

Dès le XVIIIe siècle, le philosophe Edmund Burke remet de l’ordre dans ces émotions contradictoires grâce à la notion de « sublime » : « tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source du sublime »1. Plus de 300 œuvres s’emparent de cette question. Face aux éléments, les créateurs adoptent tour à tour une attitude contemplative ou interrogative.  « L’exposition souligne deux mouvements. Dans un premier temps, elle revient sur cette fascination d’une nature tourmentée. Et puis, dans un deuxième temps, les artistes se rendent compte d’une transformation de cette dernière.  Ils peuvent aussi jouer sur l’ambivalence d’une belle image, ne révélant sa dimension terrible qu’au deuxième regard. C’est par exemple le cas des magnifiques photographies de la Sibérie de Darren Almond. En s’approchant, on s’aperçoit que les arbres sont brûlés à cause de la pollution au  nickel. Rien ne le laisse présager mais la nature est déjà morte », explique la commissaire de l’exposition Hélène Guenin.

Aux sources de l’écologie

Admirée ou terrifiante, cette nature devient avec le temps qui passe le reflet des errements de l’homme moderne, enclin à la surconsommation ou au gaspillage. Sans prendre position l’exposition dresse un portrait animé et évolutif de sa relation avec son propre environnement, tour à tour alarmiste ou plus positif. En tout début d’année, « Sublime » vient réveiller les questions portées par la COP21 à Paris en novembre et décembre 2015. « C’est une heureuse coïncidence de calendrier. En réalité, cette exposition se prépare depuis trois ans, bien avant que le calendrier de la COP21 ne soit révélé », affirme Hélène Guenin. « Et puis, Metz s’est très tôt emparé des questions écologiques notamment à travers l’Institut Européen de l’Écologie présidé par Jean-Marie Pelt, disparu il y a peu. Il a signé le préface du catalogue de l’exposition et nous lui rendons hommage en retour. Et puis, l’architecte du Centre Pompidou, Shigeru Ban, est aussi célèbre pour ses travaux sur l’architecture d’urgence, mise en place au moment de catastrophes naturelles », conclut-elle. Le Centre Pompidou boucle donc la boucle d’un cercle écologique et artistique vertueux.

« Sublime. Les Tremblements du monde », du 11 février au 5 septembre 2016. Informations sur l’exposition et les manifestations liées : centrepompidou-metz.fr.

Comme un samouraï

"Les sept samouraïs" d'Akira Kurosawa

« Les sept samouraïs » d’Akiro Kurosawa

« La main sur le katana même si la peur m’assaille, je partirai comme un samouraï ». L’honneur, le courage et l’acceptation de la mort, telles sont les vertus principales du samouraï. Dans cette chanson, Shurik’N se réfère bien à cette figure immuable. Le guerrier nippon fascine depuis des siècles. Depuis l’arrivée de bateaux portugais sur les rives de l’archipel au XVIème siècle, son image s’est inscrite dans notre imaginaire. Aujourd’hui il est décomposé en plusieurs morceaux. Pour le retrouver, il faut traquer les bribes de son identité, déformées ou réarrangées pour être réincorporées dans l’attitude d’un personnage de BD ou les gestes d’un super héros dans un film.

Sa philosophie, ses codes, sa dextérité dans le maniement des armes, sa vie d’homme de guerre puis d’esthète… Toutes les facettes du samouraï sont aujourd’hui des sujets d’étude. Plusieurs expositions au cours des derniers mois prouvent cet engouement pour ce combattant magnifique, à l’instar de « Samouraï, 1000 ans d’histoire du Japon » au château des Ducs de Bretagne à Nantes finie en novembre 2014. Depuis le 28 mars dernier, c’est au tour de la Lorraine de se pencher sur ce personnage. Au château de Malbrouck, les samouraïs font face à nos chevaliers occidentaux. Ils se jaugent, comparent la longueur de leurs lames et finissent par se donner de bonnes tapes amicales dans le dos. Dans les situations les plus violentes naissent parfois des moments de franche camaraderie, non ? Vous pourrez toujours aller le vérifier à Manderen jusqu’au 1er novembre.

Plus largement, derrière la fascination pour le samouraï se dissimule l’engouement pour sa terre nourricière, le Japon. En la matière, le musée des Beaux-Arts de Nancy possède une très belle collection liée à ce pays : estampes, paravents peints, armes, céramiques… Toutes ont été patiemment collectées par un collectionneur au nom célèbre : Charles Cartier-Bresson. Le grand oncle du photographe Henri Cartier-Bresson a légué une grande partie de ses acquisitions au musée, pour le plus grand bonheur de ses visiteurs.

Dans ce numéro, Lorraine Magazine s’est mis à l’heure de l’Empire du Soleil Levant, voyageant sur ses rives, rencontrant certains de ses habitants. Pour achever ce pèlerinage en beauté, restons en Asie pour découvrir un autre autochtone, plus poilu que le samouraï : le panda roux. Trois de ces peluches originaires de l’Himalaya sont arrivées au Parc Sainte-Croix de Rhodes en mars dernier. Si tu ne vas pas à l’Asie, l’Asie viendra à toi. Konnichiwa !

http://www.lorrainemag.com/magazine/48/

Pour ceux qui se le demanderaient, le sample utilisé dans « Samouraï » de Shurik’N est tiré du morceau « Le Jouet » de Bruno Coulais (et oui, les Choristes c’est aussi lui)… Ça vous en bouche un coin les lapins ?!?

Dessins de presse : larmes fatales

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Jusqu’au 29 mars, le Centre de la Paix de Verdun retrace au crayon les contours de la liberté d’expression avec l’exposition « Nous sommes tous Charlie ».

Liberté. Depuis le 7 janvier, le mot glisse sur toutes les langues, s’insinue dans toutes les oreilles. Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski ne faisaient pas qu’en parler. Ils en usaient. Dans des pays où la démocratie n’est pas de mise, d’autres dessinateurs luttent pour s’exprimer aussi librement, tous les jours le crayon à la main. « En tant que Centre de la Paix, des Libertés et des Droits de l’Homme, nous ne pouvions pas rester sans réagir après le 7 janvier. Depuis plusieurs années, nous réalisons régulièrement des manifestations autour des dessins de presse et nous avions dans nos archives le matériel pour monter une exposition sur la liberté de la presse en France et dans le monde », explique Philippe Langlois, responsable du service pédagogique du Centre de la Paix à Verdun.

Dessins de paix

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« Nous sommes tous Charlie » s’articule en trois parties. La première met en avant le travail de l’association Cartooning For Peace, créée en 2006 par l’ancien secrétaire des Nations Unies Kofi Annan et le dessinateur Plantu. Dans celle-ci, trente-cinq dessins réalisés entre 2007 et 2011, et provenant des quatre coins de la planète, sont présentés. Dans la deuxième, l’esprit « Charlie Hebdo » se matérialise à travers une vingtaine de Unes emblématiques. Puis, dans la dernière partie, le Centre de la Paix a réuni des dessins effectués dans les heures qui ont suivi l’attaque du journal. « On a voulu varier les images pour ne pas réduire les dessins de presse à ceux de « Charlie Hebdo » ou aux caricatures de l’Islam. Même dans la partie dédiée au journal satirique, on ne s’est pas focalisé sur ces dernières. Toutes les religions étaient visées », note Philippe Langlois.

Lire l’image

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L’exposition sert aussi de support pédagogique et en cela, répond à une demande croissante des enseignants. Depuis le 12 janvier, le Centre de la Paix a reçu une dizaine de visites scolaires. Des enfants et jeunes adultes de neuf à vingt-cinq ans viennent voir la liberté d’expression prendre toute sa force sur le papier, en quelque coups de crayon. « Je choisis une caricature symbolique et montre comment l’analyser en prenant en compte à la fois l’image et le texte mais surtout le contexte, l’actualité qu’elle traite. Ensuite les élèves peuvent en choisir une parmi celles de l’exposition et la commenter à leur tour. L’image est polysémique et nous renvoie chacun à notre vécu. J’essaie de rappeler aux visiteurs que chaque analyse est personnelle », raconte Philippe Langlois. Sur les murs de l’exposition, le nom de la liberté n’est pas écrit mais des dessinateurs ont tracé son visage plusieurs fois. Elle ne s’en offusquera pas.

L’exposition « Nous sommes tous Charlie » a lieu au Centre de la Paix de Verdun jusqu’au 29 mars. Renseignements sur le site http://cmpaix.eu/fr/.

Plonk et Replonk, un collectif timbré

Crédits Plonk et Replonk /   Editions Hoebeke

Crédits Plonk et Replonk / Editions Hoebeke

Pourvoyeur de délicieuses bêtises et provocateur d’humour, Plonk et Replonk se lance à la conquête de Nancy avec l’exposition « Moments durables et métiers éphémères ». Dès le 15 janvier, les pitreries du collectif jurassien envahissent la galerie Lillebonne. Une bonne tranche de « poilade » en perspective.

Au commencement était la verve. Celle de Plonk et Replonk s’est immiscée dans le cœur des libraires français bien avant de prendre place sur les murs, dans les étagères ou dans les boîtes aux lettres de nouveaux convertis. Derrière ce nom énigmatique se dissimule un triumvirat déjanté, et cent pour cent garanti sans tyrannie, formé en 1995 au bas des sommets du Jura suisse.  Les frères Jacques et Hubert Froidevaux et Miguel-Angel Morales travaillent l’humour à la chaîne, dans un élan presque fordiste, et s’appliquent à détourner les sages images de cartes postales 1900 en scénettes bizarrilantes (N. d. A. : bizarres et hilarantes).

Un Tour du monde à 361 degrés

Crédits Plonk et Replonk /   Editions Hoebeke

Crédits Plonk et Replonk / Editions Hoebeke

Chacun a une attribution bien spécifique : Plonk plante le clou d’un humour impertinent aux saveurs dada douces-amères ; Replonk l’enfonce et le troisième, l’Esperluette, ferme le cercle en tendant le clou suivant à Plonk. Parmi eux, qui est Plonk ou Replonk ? Le mystère n’a toujours pas été éclairci. Quoiqu’il en soit, avec eux, le quotidien le plus fade pétille de bonne humeur. Sur leurs photomontages, les trois joyeux drilles transforment le gentil lapin Pan-Pan en « pitbull de Garennes », font passer à la postérité la « classe d’hyperactifs de Melle Bemolle » ou inventent la « plieuse de bananes tournant à plein régime ». Décliné en cartes, livres, bandes-dessinées, calendriers, T-shirts et même en nains de jardin avec « bétonnage de sécurité », l’univers du trio suisse réalise aussi un petit tour de France en expositions. Du 15 janvier au 14 février, la galerie Lillebonne se laisse séduire par les œuvres piquantes des trois compères. Suite à la sortie du livre « Monuments durables et métiers éphémères » en octobre dernier aux éditions Hoëbeke, l’exposition nancéienne va exploiter le filon avec deux thématiques phares du collectif : « les Merveilles du monde » et « les petits métiers d’ici et d’ailleurs ».

À dada sur Monty Python

Crédits Plonk et Replonk /   Editions Hoebeke

Crédits Plonk et Replonk / Editions Hoebeke

Dans la première catégorie, les visiteurs feront un voyage extraordinaire et verront d’un œil nouveau les beautés de la planète comme le « premier toboggan du jeune Tout Ankh Amon ». Dans la seconde, ils découvriront des métiers (très) oubliés tels « la ravaudeuse de sabliers » ou l’impressionnant « cracheur d’eau ». À la manière du peintre surréaliste Magritte, ils aiment détourner les images. Ils superposent, retouchent et recolorisent ainsi des photographies issues d’archives. Assaisonnées d’un soupçon d’anticonformisme, d’une bonne dose d’absurde, les cartes postales ainsi créées semblent le résultat d’un cocktail où les Monty  Python se mélangent à Pierre Desproges. Les frères Froidevaux revendiquent aussi comme influence les dessins doucement toqués de Gary Larson. Avec plus de quatre cents cartes humoristiques, ils ont imaginé de quoi alimenter une année entière de rires en cascade. Car oui, le rire est bien le dada de Plonk et Replonk.

Exposition « Monuments durables et métiers éphémères » du 15 janvier au 14 février à la galerie Lillebonne.
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #41 : http://www.lorrainemag.com/.

Qui a peur de Virgile Debar ?

© VIRGILE DEBAR

© VIRGILE DEBAR

Dans « Alone », Virgile Debar revisite Dracula et Superman à la sauce aigre-douce. Avec Olivier Salaün, à la demande de Zinc Editions, ils ont enlevé tout pouvoir à ces super-héros, devenus des losers sentimentaux, des célibataires irréductibles et misérables. Rencontre avec un artiste peintre qui utilise l’art comme une arme et l’humour comme munition.

La rue est une banque iconographique. Publicité pour dernier téléphone à la mode, affiche de cinéma, flyers en tout genre, le passant est assailli. Ce flot de représentations imprimées en série, Virgile Debar a décidé de le détourner. « Aujourd’hui, cela va plus vite de réaliser une image par ordinateur, grâce à des logiciels. C’est pour cette raison que beaucoup de gens pensent que la peinture est morte. J’ai voulu montrer qu’elle est toujours vivante et qu’elle doit dialoguer avec son temps », explique-t-il. Pour ce faire, il a décidé de mettre au rencart les ordinateurs, générateurs de ces figures placardées sur les murs des villes. Il s’est mis à travailler avec pugnacité ses à-plats avec pour seul but : réaliser un tableau aussi parfaitement que s’il était une machine. Certaines de ses œuvres, comme le « King Konso », ont été déclinées en plusieurs versions. Au début les traces du pinceau étaient encore trop visibles au goût de l’artiste. D’apparences tranquille, Virgile Debar est un perfectionniste, régulièrement en proie au doute. Un cocktail détonnant : « Quand je dessine, j’ai de nouveau 14 ans ; j’ai l’impression de ne pas savoir dessiner. Je me prends toujours autant la tête », confesse le peintre.

Un peintre sous influence

Dès son enfance, il engrange des échantillons mentaux de ce qu’il voit dans les dessins animés, les bandes dessinées ou les films. Le robot de son tableau « Sex Machine » renvoie par exemple à Robby de La Planète Interdite, réalisée par Fred McLeod Wilcox et sortie en 1956. Inconsciemment ou non, toutes ces références se sont figées, inaltérables, dans la tête de l’artiste comme la figure de Bruce Lee dans « La fureur du dragon ». L’expérience venant, elles se sont mariées à d’autres : Rubens ou Degas. « Dans mon travail, j’aime mélanger grand art et culture populaire. Dans « Sex Machine », l’expression de la fille est un hommage au « Cri » de Munch », remarque-t-il. Virgile Debar réussit le grand écart entre deux mondes à priori antagonistes. Il les réunit ensemble et accomplit plus que des simples clins d’œil : il les convoque pour servir un message bien précis. Les travers de la société de consommation, la transformation de l’humain en objet ou la guerre sont les gimmicks picturaux de l’artiste. Pour être plus percutant, Virgile Debar enrobe le tout dans un papier cadeau coloré : « Les œuvres d’un peintre comme Jean Rustin sont magnifiques mais peuvent être répulsives. Moi, je voulais jouer sur une belle esthétique pour parler de sujets dérangeants et non pas montrer quelque chose de sale. Je désirais fabriquer des pommes empoisonnées ».

Des visages et des figures

Les tableaux de Virgile sont bien des fruits vénéneux qui explosent en bouche pour mieux remonter vers le cerveau. En effet, ses œuvres offrent plusieurs couches d’interprétation : à l’observateur de creuser et de les trouver. « La chanson de la main » peut ainsi laisser perplexe au premier abord. Sur la toile, s’agitent les tentacules frétillants d’une pieuvre. Le peintre a ramené la bestiole dans ses bagages, suite à une résidence de deux mois en 2012 en Corée du Sud. « Ce que j’aime, c’est leur forme. Tu peux les travailler comme un serpentin », raconte Virgile Debar. Le titre de l’œuvre, lui, renvoie à l’inquiétant morceau du groupe Noir désir : «Non, j’n’ai pas les doigts qui pendent ou comme des tentacules. Le poulpe indépendant court le long du comptoir. Avancez, avancez petits doigts ». Mais à chaque trait de crayon, chaque coup de pinceau, Virgile instille une dose d’ironie ou de dérision. Bruce Lee fait le signe de surfeur et King Kong a conquis une pile de produits alimentaires, en lieu et place de son gratte-ciel attitré. Mais aucun de ces personnages ne montre son vrai visage : il faut regarder derrière les masques, derrière les apparences.

Découvrez les oeuvres de Virgile Debar sur son blog : http://virgiledebar.blogspot.frLa galerie Bora Baden lui consacre une exposition jusqu’au 7 juin ( http://www.borabaden.com). Le leporello « Alone » est disponible sur le site de Zinc éditions : http://www.zinc-editions.net.

Des cabanes pas comme les autres

© Patrick Gratien-Marin

© Patrick Gratien-Marin

Jusqu’au 27 avril, les coteaux de Malzéville dévoilent certains de leurs secrets avec l’exposition « Terres de Cabanes ». La Douëra expose des photographies de ces joyaux d’un patrimoine populaire souvent sous-estimé.

Sur les coteaux de Malzéville, depuis la première guerre mondiale, des cabanes ont poussé lentement à l’abri de la ville. Au départ, il y avait juste des parcelles de terre, des espaces d’incubation pour les cultures à venir. Et puis ces lopins ont été cultivés, modelés à l’image de leurs jardiniers. Plus ou moins rapidement, ces derniers y ont construit des abris, simples réduits à outils ou petits chalets confortables pour le week-end.  Il y a un an Émeline Curien découvre ces petits bijoux d’architecture populaire et les montre au photographe Patrick Gratien-Marin. « Quand j’ai vu ces cabanes, je me suis dit qu’il était important de garder la trace de ce territoire en perpétuelle mutation. Et puis, il faut conserver la mémoire des personnes qui les ont construites », raconte Émeline Curien. Patrick Gratien-Marin saute à pieds joint dans le projet, emporté par « l’émotion que ces constructions dégagent » et fait plusieurs allers-retours de Paris à Malzéville.

Comme un petit animal en alerte

Au bout d’un an de prospection et de balades sur les sentiers des coteaux, le photographe ramène des milliers d’images des 257 cabanes répertoriées. « Parfois je passais cinq heures d’affilée dans la zone pour les photographier. Pour trouver les meilleurs points de vue, tu deviens un petit animal en alerte : tu tournes autour des clôtures, reviens sur tes pas. C’est un voyage avec des sensations différentes d’une heure à l’autre. Tu ne sais jamais ce qui va t’attendre », s’enthousiasme Patrick Gratien-Marin. Pour l’exposition, 500 clichés sont retenus. Ils permettent de dresser un portrait de ces innombrables assemblages. Émeline Curien, enseignante à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy, les a observées à la loupe et a inventorié les différentes techniques et matières de construction. Simples plaques de taule, planches de bois, parpaings, les jardiniers-constructeurs varient les matériaux en fonction de leurs moyens et de leur savoir-faire. Certains réalisent d’ingénieux montages à partir d’éléments récupérés : une nappe pour assurer l’étanchéité du toit, une baignoire usagée pour recueillir l’eau de pluie, un transformateur électrique détourné de son usage originel… D’autres sont presque des résidences secondaires avec les volets en bois et les fenêtres.

Le mystère s’épaissit

Surtout, dans et autour de ces cabanes, le promeneur peut imaginer la vie qui les faisait palpiter auparavant. La plupart est en ruine ou à l’abandon : soit à cause du manque d’eau, soit délaissées par les générations suivant les premiers jardiniers. Ces bâtisses disparates intriguent et émeuvent. Selon Patrick Gratien-Marin, elles sont comme « des personnages » : « elles vibrent des instants vécus ici par leurs propriétaires, entre le temps dédié à la culture et celui accordé au repos. Parfois elles ne nous acceptent pas tout de suite, ne se laissent pas facilement approcher, tout comme un être humain ». De temps en temps, les cabanes cessent d’être des constructions. Elle se transforment en un tableau abstrait composé des couleurs du lichen rampant sur les murs de bois, de la rouille envahissant la taule ondulée, de la peinture craquelée, blanche, bordeaux ou bleue, ajoutée pour personnaliser les extérieurs. La nature reprend ses droits : la végétation se densifie sur certaines parcelles et les animaux trouvent de nouvelles cachettes pour s’installer. Mais après un an d’exploration, Émeline Curien et Patrick Gratien-Marin n’ont pas encore déchiffré tous les mystères enfermés dans ces cabanes. Ils ont pourtant en tête d’autres balades dans la région des Mille Étangs en Haut-de-Saône, autour des jardins partagés à Paris et des zones à défendre de Bretagne. Là-bas d’autres cabanes les attendent. L’exposition « Terres de cabanes »  raconte l’histoire d’un territoire, qui fait écho au-delà des coteaux de Malzéville, en Lorraine et ailleurs. Les cabanes, elles, ont encore beaucoup à dire ; encore faut-il savoir les écouter.

« Terres de cabanes » jusqu’au 27 avril à la Douëra, 2, rue du Lion d’or à Malzéville.

Émeline Curien propose une causerie sur le thème « l’empreinte des jardiniers-constructeurs » le samedi 19 avril à 18h à la Douëra.

Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #26 : http://www.lorrainemag.com/.

La plume sur le bout des doigts

©Maison Février Stella&Claudel

Un personnage discret se cache derrière les paillettes du music-hall et des défilés de mode : le plumassier. Au bien nommé château des Lumières, l’exposition « La plume entre mode et scène » met ce travailleur de l’ombre sous les feux des projecteurs. A voir jusqu’au 30 mars.

Pierre Cardin ou Emmanuel Ungaro, le Moulin Rouge ou le Lido, les grands noms de la haute-couture et du music-hall se sont réunis à Lunéville pour célébrer la plume. En accessoire ou en robe, sur un chapeau ou pour un éventail, les attributs perdus des faisans, autruches et drôles d’oiseaux finissent leur vie en beauté.

Mais avant de devenir la parure d’une étoile de la scène, la plume a fait un long voyage. Quittant le dos de son hôte, elle se retrouve au royaume du plumassier. Là elle est triée avec soin, lavée, puis doit subir une coloration : rose bonbon, noir vénéneux, un brin d’envoûtement pour lui donner de l’éclat. Gare au maillon faible, ces ornements subiront les attaques de la lumière et de la chaleur. Ils doivent donc être invulnérables et sont testés en conséquence. C’est seulement après qu’ils vont se transformer en « truc en plume ».

Les professionnels de ce royaume bigarré rencontrent aussi la barrière de la préservation de la faune. Depuis 1973 et la convention de Washington, certaines espèces sont protégées et les parures du héron, du paradis rouge et de l’aigrette ne peuvent plus être utilisées. D’autres oiseaux, comme l’oie ou le faisan, fournissent des plumes aux aspects variés. À titre d’exemple, la nageoire d’oie est une plume légère et souple. Son usage est donc complémentaire à celui de la palette d’oie, plus rigide et plus grande.

Quel panache !

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©L’Wren SCOTT

Sur les quatre entreprises plumassières encore présentes en France, deux sont mises à l’honneur : la maison Février et celle de Bruno Legeron. La première a été créée en 1929 par Monsieur et Madame Février et a été reprise par le Moulin Rouge en 2009. Elle a (des)habillé Mistinguette, Zizi Jeanmaire, Line Renaud ou plus récemment Dita Von Teese. L’établissement Legeron est encore plus vénérable. Établi depuis 1880, ce dernier a collaboré avec de grands couturiers comme Christian Dior ou Courrèges. La spécialité Legeron : la fabrication de fleurs artificielles dans des matières d’exception.

L’un comme l’autre ont la responsabilité de sauvegarder un savoir-faire datant de l’Antiquité, importé en France au XVIème siècle. La plumasserie connaît son apogée à la fin de XIXème siècle. À partir des années 1960, le panache tombe de la tête de ces dames en même temps que leurs chapeaux. Le nombre d’ateliers de plumassiers passe de plus de trois cents en 1900 à une cinquantaine en 1960.

Aujourd’hui entre mode et scène, le coeur de la plume balance. Dans les défilés, elle se joue des traditions. Elle est détournée façon cygne blanc, comme cette robe de Maurizio Galante présentée à l’exposition, ou extravagante et sensuelle chez Thierry Mugler. Dans le music-hall, cette petite chose légère laisse entrevoir la nudité, joue de façon mutine avec le corps, intrique et fait rêver. Que d’effets pour une toute petite plume.

Articles parus dans Lorraine Magazine #24 : http://www.lorrainemag.com/

Attrape-rêve

"Wicked Gravity" ©Corinne Mercadier

« Wicked Gravity » ©Corinne Mercadier

En marge de l’exposition Le mystère des choses, le musée de l’Image d’Épinal propose une plongée dans l’univers mystérieux et onirique de la photographe Corinne Mercadier.

L’univers de Corinne Mercadier fascine autant qu’il intrigue. Avec Solo, sa dernière série de photographies, elle offre au visiteur une traversée initiatique entre le rêve et la réalité. Des personnages sans visages figés dans le temps, des objets animés par une main invisible, un horizon noir, brouillé, fermant l’espace de la photographie comme une scène de théâtre… chaque cliché revêt son lot d’intrigues, tissées comme une toile d’araignée prête à se refermer sur le spectateur. Car les photographies de Corinne Mercadier sont comme un gouffre sans fond dans lequel le regard se perd.

De l’exposition Le mystère des choses, Solo constitue l’antithèse. Il n’y a pas de ciel, pas de nues desquelles tomber… Un labyrinthe d’où Icare n’aurait pas pu s’échapper. En filigrane, derrière les images, des émotions se dessinent, reviennent comme un leitmotiv dans le travail de la photographe : l’absence, le vide et la solitude. Elle réussit à réunir deux impressions contradictoires de mouvement et d’immobilité. De mouvement, comme ces barres qui tombent sur le sol, semblant rebondir ou ces sphères avec lesquelles une femme jongle. D’immobilité car tout se fige, emprisonné dans des milliers de pixels. Les photographies de Corinne Mercadier agissent comme un attrape-rêve, elles capturent notre esprit et ne le laissent pas s’échapper. À la fin, c’est un peu de lui, que le visiteur laisse dans ces clichés.

http://www.corinnemercadier.com/

Plus dure sera la chute

Chute de Phaeton -Goltzius

Jusqu’au 17 mars 2013, le musée de l’Image à Épinal ouvre les portes du ciel avec Le mystère des choses. Gravures, sculptures et objets hétéroclites viennent nourrir les fonds de l’Imagerie et accompagner le spectateur dans un périple entre deux mondes.

Depuis le 8 décembre 2012, le musée de l’Image d’Épinal s’est transformé en  antichambre céleste : après les éléments naturels, qui étaient au cœur des deux expositions La pluie et Les Neiges, archanges, demi-dieux, météorites et assiettes à dessert se sont mis à pleuvoir. L’exposition regroupe plus de 120 œuvres provenant des collections du musée de l’Image mais également de la Bibliothèque Nationale de France à Paris ou du Muséum Aquarium de Nancy. Déroulée sur trois parties, l’exposition Le mystère des choses met en valeur la fascination des artistes et des hommes pour ce qui vient d’en-haut. D’Icare aux premiers aviateurs, le ciel est le territoire ultime à découvrir et à conquérir. La clé pour y parvenir : des ailes, de plumes ou d’acier, symboles de liberté et de pouvoir. Quiconque cherche à s’en emparer, s’apprête à en payer le prix fort. « Je ne crois pas que la peur fut plus grande […] quand le malheureux Icare sentit ses reins se déplumer, tandis que s’échauffait la cire et que son père lui criait « Tu fais fausse route ! » ». Ces quelques mots de Dante dans La Divine Comédie résonnent de façon singulière dans les gravures de Hendrick Goltzius, les quatre disgraciés, présentées à l’exposition. Tantale, Icare, Phaéton et Ixion, emprisonnés pour l’éternité entre ciel et terre, envoient comme un avertissement à ceux qui les regardent.
Après les damnés et les élus, Martine Sadion, commissaire de l’exposition, s’est intéressée aux légendes et miracles célestes. Au XIIIème siècle, ce ne sont pas les soucoupes volantes mais les maisons qui se déplacent dans les airs. Une maison en particulier, celle de la Vierge à Nazareth, vient se réfugier à Ancône, en Italie, pour échapper aux Sarrasins. Ce miracle donne naissance à un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette. De fil en aiguille, suivant la trame du temps et l’évolution des croyances, les anges se transforment en extra-terrestres tour à tour menaçants, salvateurs ou observateurs. Entre l’auréole et la kryptonite, il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, Le mystère des choses le prouve : l’histoire n’est qu’une perpétuelle récupération. Le pouvoir de voler reste le même, seuls les accessoires changent. Plus qu’un voyage dans le ciel, le musée de l’Image propose au visiteur un périple à travers le temps et les fantasmes humains, faits de plumes et de nuages.

http://www.museedelimage.fr

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