U4, l’acier sublimé

©Tous-les-Soleils-ADAGP-Claude-Lévêque-2006

Tous les soleils – Crédit ADAGP Claude Lévêque

Ouvert au public en 2007, le Parc du Haut-Fourneau U4 d’Uckange est un lieu de mémoire autant que de vie. Le site est aussi un symbole fort d’une reconversion industrielle réussie.

 Le « Texas français » n’est plus. Dans ce coin de Lorraine, pendant des siècles, les minerais ont été remontés des sous-sols saignés aux mille veines, aussitôt avalés par des monstres en ferraille. En surface, les usines étaient autant de poumons à vif et palpitants. Telles des gueules voraces, les laminoirs engloutissaient puis recrachaient l’acier fondu, rouge puis or. Un fleuve infernal qui faisait pleuvoir des « -anges » : Florange, Hayange, Uckange… Le Val de Fensch, autrefois décor d’une industrie sidérurgique florissante, pourrait ressembler aujourd’hui à une Vallée de la Mort. Pourtant, nuls squelettes d’animaux fossilisés ici : seuls restent ceux des usines, fermées les unes après les autres au fil des décennies. Les hauts-fourneaux aussi, dinosaures involontaires d’un âge d’or révolu, ont presque entièrement disparu. Mais au lieu d’une vallée désolée, les visiteurs découvrent un espace où la verdure reprend du terrain et où le soleil, quand il pointe son nez, n’est plus voilé par les fumées des usines. Et ce patrimoine brûlant continue à exister en partie grâce au tourisme industriel. Uckange est un de ces résistants de la première heure. Dès 1989, à l’annonce de sa fermeture imminente, les ouvriers et syndicats se rebellent. Grèves, négociations ne sont que les génériques d’une fin inéluctable. Les derniers hauts-fourneaux en activité expirent en 1991. Mais Uckange a encore des ressources en réserve.

Résistance

6©service-communication-CAVF

Visites du parc U4 – Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Fondée entre 1890 et 1900 par les Stumm, industriels sarrois, l’usine est une des rares à avoir été conservée presque entièrement en l’état avec sa haute cheminée de 82 mètres et sa halle de coulée récemment restaurée. « Après l’arrêt de l’activité sur le site, nous étions partagés entre plusieurs solutions : soit laisser le haut-fourneau restant comme un totem et détruire le reste, soit garder différents éléments pour perpétuer la mémoire et l’histoire de l’usine », reconstitue Lucie Kocevar, vice-présidente à la culture, au patrimoine et au tourisme au sein de la communauté d’agglomération « Val de Fensch », aujourd’hui propriétaire de ce trésor régional. En 2001, le site est finalement classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et une nouvelle ère s’ouvre. Il a fallu tout de même une bonne dose de persévérance pour mener ce projet de « renaissance » à bien. « Dans le secteur sidérurgique, personne n’était vraiment habitué à parler de patrimoine industriel et l’idée de le conserver pouvait sembler incongrue  », note Lucie Kocevar. Dans la région, les mines avaient déjà su capitaliser sur leur histoire ; les Hauts-Fourneaux pas encore.

Fierté redorée

jardin-des-traces-©-R.-Jacquot

U4 Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Uckange est à ce jour le seul exemple d’usine à fonte transformée en musée vivant. En lieu et place de guides conférenciers, des anciens sidérurgistes font découvrir leur univers à plus de 30 000 visiteurs annuels. « Ce que j’aime à Uckange, c’est transmettre mes connaissances sur un métier qui n’existe plus. Pendant plusieurs siècles, il a pourtant fait vivre la Lorraine et indirectement a contribué à reconstruire la France d’après-guerre », explique Jean Larché, président de Mécilor, l’association chargée des visites guidées du Parc du Haut-Fourneau U4. Et les neuf bénévoles partagent plus que des détails techniques : ils sont parmi les derniers témoins de ce territoire où Polonais, Italiens, Algériens et tant d’autres migraient afin de trouver un moyen de subsistance, construire une nouvelle vie. Du reste, chaque usine formait presque un second foyer. « Les sidérurgistes s’attribuaient leur usine. Pour ma part, j’étais à Hayange. Lorsque j’y suis retourné récemment j’ai eu un pincement au cœur. Nous n’avons pas beaucoup d’anciens d’Uckange. Ceux qui ont travaillé ici et qui effectuent les visites ressentent certainement la même nostalgie », précise Jean Larché.

Évol’U4

EVOLU4-jardin-HL-architectes

EVOL’U4 jardin – Crédit HL Architectes

Toujours oscillant entre passé, présent et futur, le Parc du Haut-Fourneau U4 se dessine depuis 2011 une carrure plus étoffée avec le lancement du projet Evol’U4. Sur ces 12 hectares, plus 5 autres dédiés au Jardin des Traces, la communauté d’agglomération du Val de Fensch fait pousser les initiatives comme autant de fleurs. Outre une programmation culturelle de plus en plus intensive et riche, le site est devenu le lieu d’installation du centre de recherche public Métafensch, destiné à faire naître les aciers de demain. L’exposition mise en place par l’association Mécilor quittera, quant à elle, son chapiteau pour un espace plus permanent dans les bâtiments des anciens bureaux de l’usine. La halle de coulée est désormais accessible au public via des passerelles et a été valorisée par une mise en scène de l’artiste Claude Lévêque, déjà intervenu sur U4 avec son œuvre « Tous les soleils ». Et puis, si une partie de son histoire est à valoriser, une autre doit disparaître. Dans les sols, l’activité éteinte de l’usine a laissé des traces de fuel, soude ou chaux. Avec la création d’un jardin dépolluant, mêlant recherche scientifique et action écologique, U4 mise définitivement sur le vert et efface la triste image passée de cette vallée mosellane.

U4, d’acier & d’arts

Sodade-Cirques-Rouages-©CAVF

Sodade par Cirque Rouage – Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Avec plus de 33 000 visiteurs en 2015, le Parc du Haut-Fourneau U4 est un pôle d’attraction touristique, en grande partie grâce à sa programmation culturelle et artistique.

« On ne peut pas tout miser sur la mémoire pour amener des visiteurs fidèles au Parc du Haut-Fourneau, d’où l’importance de développer une programmation artistique et culturelle. Depuis cinq ans, cette dernière est plus régulière. La friche industrielle se prête particulièrement aux arts du cirque et de la rue », insiste Lucie Kocevar, vice-présidente à la culture, au tourisme et au patrimoine du Val de Fensch. En la matière le site ne se contente pas juste d’être un beau décor et s’articule autour de trois axes : création, sensibilisation et diffusion de projets artistiques en tous genres. Cette volonté a pris forme dans un premier temps avec la mise en lumière du site par Claude Lévêque dans son œuvre « Tous les soleils », aujourd’hui prolongée avec une installation artistique dans la halle de coulée.

Les liens du sol

Cirque-Slex-n-sueur-©service-communication-CAVF

Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Chaque année, U4 porte à bout de bras des créations ou des compagnies à travers des appels à projets, des résidences… L’objectif : renforcer les liens avec la population de ce territoire. La manifestation « Portraits de territoire », portée par la compagnie Nejma (85) en est l’un des exemples parlants. Depuis l’année dernière, une « cabine photographique » s’est baladée sur 6 communes de la vallée, du marché de Fameck au centre aquatique Feralia à Hayange. Elle a ramené de ce périple 1 200 photographies qui feront l’objet cette année d’une exposition itinérante, présentée en avant-première le 21 mai dès 19h au Parc U4.

Pop’hilarité

le-juke-box-dhelène-et-ivan-cie-mamaille

Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

D’ailleurs en 2016, le site va plus loin dans la proximité et l’ouverture. « Il nous a été parfois reproché d’être trop élitistes. Cette année nous avons décidé de fonder notre programme sur le thème de « culture populaire », destiné à toucher un plus grand public. Les artistes jouent avec ce concept et ses différentes formes acceptées comme les attractions foraines, les veillées, le cirque sous chapiteau, la fête de village… », ajoute Lucie Kocevar. Tout au long de l’été, plusieurs manifestations interrogent avec humour ou poésie cette notion. Ainsi, le 19 juin l’association Boomchaka lance sa brocante de vêtement « décalée », le « Sap’en troc », où partage, customisation et art feront bon ménage.

Carrefour des disciplines

Loudblast-©service-communication-CAVF

Crédit Communauté d’Agglomération Val de Fensch

Art, mémoire ouvrière et science se croisent aussi au détour de la programmation. Le 3 juillet, pour la Fête du Patrimoine Industriel, les guides Mécilor ressuscitent un bas-fourneau, ancêtre plus petit du haut-fourneau, duquel le forgeron Thierry Tonnelier extraira une loupe de fer.  Le collectif d’illustrateurs « Light Matter », lauréat 2016 de l’appel à projet Evol’U4, a travaillé autour de différentes techniques sur un abécédaire de la sidérurgie illustré présenté de juillet à septembre sur le site. Enfin, pour la première fois, les Dîners Insolites s’arrêteront à l’U4 les 15, 16 et 17 juillet. En parallèle, jusqu’à sa fermeture en octobre, le site continue d’enchanter les visiteurs avec une programmation forte en sensations diverses.

Plus d’informations sur la programmation culturelle ou le projet Evol’U4 sur le site : hf-u4.com/fr

Fleurs de friche

 

jardin-des-traces-©-R.-Jacquot

Jardin des Traces – Crédit R. Jacquot

Entretenus par Chrysopée, les 5 hectares du Jardin des Traces dans le Parc du Haut-Fourneau d’Uckange font pousser la mémoire ouvrière autant que les belles plantes. Olivier Clause, président de l’association, nous fait faire le tour du propriétaire.

Un jardin sur une friche industrielle, qu’est-ce que cela implique ?

L’installation a été très compliquée car le terrain est hostile. Il y avait plus de deux mètres d’épaisseur de pierres de ballast, à l’origine utilisées pour le chemin de fer, ou de fondations de bâtiments. Pour planter un arbre, il faut un marteau-piqueur ou un burineur. Il existe aussi deux endroits interdits d’exploitation à cause de la pollution des sous-sols, notamment au fuel lourd. En matière environnementale, nous avons donc misé à travers le Jardin des Traces sur des expériences vertueuses. Ainsi, pour l’entretien, nous avons opté pour un engrais bio produit grâce à des composteurs et nous avons aussi un coq et deux poules.

Quelles réflexions vous ont guidé dans la mise en œuvre de cet espace ?

Aujourd’hui le Jardin des Traces est en fait l’association de trois espaces différents : le Jardin de l’Alchimie, le Jardin du Sidérurgiste et le Jardin des Énergies. Au départ, nous ne savions pas si cela allait être un parc ou plutôt un jardin. Nous avions donc seulement ajouté un peu de terre ou de gazon, passé le burin à quelques endroits. Au fur et à mesure le projet s’est enrichi, l’espace aussi et nous avons mis en scène les hectares à notre disposition. Notre premier choix était de nous orienter vers des plantes qui se plaisent sur des terrains difficiles, graminées ou sédums. Peu à peu, d’autres espèces sont venues enrichir la collection, plus colorées, plus sympathiques. Désormais nous arrivons à y faire pousser presque tout, des palmiers aux légumes.

Retrouvez toutes les informations sur le Jardin des Traces ici : jardindestraces.fr

Azannes, attention départ !

_Q2A6777

Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

L’histoire est bien plus passionnante quand elle prend vie sous nos yeux. Il en est de même pour les vieux métiers oubliés. À Azannes, les Dimanches de Mai en Meuse les font renaître pour le plaisir de tous.

Non, vous n’êtes pas à Nogent et encore mois sous les tonnelles. Les filles sont peut-être belles mais le seul vin blanc que vous boirez ici est celui de Moselle. Malgré tout, cette chansonnette, un peu guinguette, un peu goguette, vous trotte dans la tête bien malgré vous. Bienvenue à Azannes en Meuse, là où les Vieux Métiers reprennent du service tous les ans en mai. Les visiteurs de ce village éphémère font un bond dans le temps et se retrouvent plantés au XIXème siècle face à des personnages hauts en couleurs. En 2016, retrouvez-les le jeudi de l’Ascension, les dimanches 8, 15, 22 et samedi 28 mai.

30 ans entre deux époques

_Q2A6770

Le sabotier – Crédit Les Vieux Métiers d’Azannes

Créée en 1985, l’association G.E.V.O. « Les Vieux Métiers » n’était destinée au début qu’à collecter des fonds en vue de construire le mémorial de Grand-Failly pour les 3.000 soldats américains et 250 soldats interalliés tombés en 1944 à la bataille de Bastogne. Au bout de deux ans, le monument est financé mais les bénévoles sont tombés dans la marmite du retour dans le passé. Les facteurs d’orgue, scieurs de long et autres tonneliers prennent leurs outils et changent plusieurs fois de paysage. En 1990, les Vieux Métiers prennent racine à Azannes, dans la ferme des « Roises » où petit à petit un vrai village se reconstitue. Sur ce terrain de 17 hectares, s’implantent d’abord des baraques en bois où forgeron, vannier ou menuisier reproduisent sous les yeux du public des gestes séculaires. Très vite cependant, les lieux retrouvent leur lustre d’antan : la chapelle d’Arrancy y est déplacée et remontée à l’identique, les maisons subissent le même sort ou sont reconstruites à partir des mêmes plans avec des éléments de récupération… Les ont suivi la forge, la tuilerie, les maisons du vannier et du pêcheur et bien d’autres édifices tous porteurs d’une histoire.

Face à l’adversité

_Q2A6684

La forge – Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Ancré dans le XXème puis le XXIème siècle, Azannes oscille entre ces derniers et le XIXème, sa destination temporelle favorite. À une vingtaine de kilomètres de Verdun, ce territoire a été particulièrement touché pendant la Première Guerre mondiale. Nombre de villages ont été détruits et, avec eux, tout un patrimoine architectural et social. La reconstruction d’un hameau permet donc de recréer une vie qui s’est presque éteinte avant d’évoluer, engloutissant ainsi de nombreux savoirs. En effet, ce que la Grande Guerre a entamé, le déclin de la sidérurgie lorraine l’a achevé et les populations de ce charmant coin de Meuse sont parties. Aujourd’hui, le canton de Damvillers, auquel appartient Azannes, dénombre seulement 12 habitants au km2. Même de façon éphémère, la fête des Vieux Métiers modifie clairement la démographie de cette zone. Elle attire à elle de plus en plus de visiteurs, passant de plus de 19 000 en 2013 à 32 000 en 2015.

Retour aux sources

DSC00428

Crédit Association Les Vieux Métiers d’Azannes

Depuis vingt-cinq ans, aux « Roises », la lavandière frotte son linge sur sa planche à laver en discutant des dernières nouvelles. Le sabotier sculpte à l’aide de son paroir la forme de sa future création puis la creuse avec une tarière pour pouvoir y glisser plus tard des petits petons. L’artisan confiturier surveille son sirop de fruit en train de mijoter, laissant s’échapper d’une vieille marmite des effluves alléchants. Le boulanger a pétri sa pâte dès potron-minet et la cuit sous le nez du public. Azannes n’est pas un musée froid et inhumain. Au mois de mai, il s’anime. Les bruits du maréchal-ferrant frappant le fer sur l’enclume se mêlent à la discussion pleine de faconde du tuilier et de sa tuilière. Au fur et à mesure que passent les éditions, de nouveaux artisans viennent enrichir le creuset des 400 bénévoles. En 2015, le chaumier et le luthier ont intégré la manifestation et une toute nouvelle scierie était inaugurée.

L’avenir du passé

_Q2A6681

Crédit Association les Vieux Métiers d’Azannes

L’équipe des Vieux métiers a pu, grâce à l’affluence des éditions précédentes, enclencher de nouveaux chantiers comme celui du moulin et sa roue à augets qui alimente en farine le boulanger pour ses pains, gaufres et tartes cuits au feu de bois. En 2016, le souffleur de verre entre aussi dans la danse. À 10 heures tapantes, les 5, 8, 15, 22 et 28 mai, le site ouvrira ses portes aux curieux, avides de changer d’époque et de rythme. Vers midi, il est temps de s’arrêter un moment pour se restaurer et savourer quelques spécialités locales, à l’instar de la soupe au lard cuisinée dans l’âtre, puis de repartir et explorer. Même les grosses légumes oubliées se rappellent à nous dans un jardin qui leur est entièrement dédié. Quant aux amateurs de « La Guerre des Boutons », ils pourront replonger avec joie dans leurs souvenirs à travers la salle de classe style XIXème. Dans l’été, l’association remet le couvert et rouvre à l’occasion du Centenaire pour faire découvrir aux passionnés d’histoire vivante « l’arrière-front allemand dans un village meusien pendant la bataille de Verdun en 1916 ». Décidément, Azannes nous fait fredonner tout au long de notre visite une mélodie bien fraîche : « les tables sont prêtes, l’aubergiste honnête, y’a des chansonnettes et y a du vin blanc ».

Le village des Vieux Métiers, Domaine des « Roises » à AZANNES. Contact : 03 29 85 60 62 / vieuxmetiers@orange.fr. Plus de renseignements : www.vieuxmetiers.com.

Le peuple uni du JDM

Patrice-by-Xavier-Portela-IMG_3428.jpg

Patrice – Crédit Xavier Portela

No pasarán ! C’est ce que crie du bout du poing le Jardin du Michel pour sa 12ème édition. L’affiche de cette nouvelle mouture réveille le rebelle qui dort en nous et nous exhorte à tous nous rassembler pour résister en fête et en musique.

Après un anniversaire des dix ans dignement célébré et une onzième édition gourmande, le Jardin du Michel revient plus fort que jamais, un peu loubard, un peu tatoué mais hautement explosif. Les 3, 4 et 5 juin 2016, le JDM opère un retour aux sources avec une programmation plus alternative, plus militante aussi à travers des artistes comme Manu Chao, Hubert-Félix Thiéfaine ou Nekfeu. Défenseurs du beau verbe en alexandrins ou rimes rejetées, ils sont tous des personnalités à part, forgées dans l’acier musical, intransigeantes et culottées.

Poing levé…

Manu Chao_Enmore 29_Credit Prudence Uptonbd

Manu Chao – Crédit Prudence Uptonbd

« Nous avons bouclé la décennie d’existence du JDM en 2015 sur une note pop plus légère et nous voulions en profiter pour lancer un nouveau cycle. Nous avons souhaité un projet plus simple et, en même temps, avec un esprit plus impertinent et rock », indique Jérôme Daab, programmateur du festival. Les attentats de novembre 2015 ont aussi teinté cette douzième édition d’une couleur plus sombre. « Cela nous a guidés dans notre travail. La charte graphique, notamment, a plus de caractère. Mais en parallèle, on retrouve une certaine forme de proximité avec le public », ajoute-t-il. Pour renforcer encore plus l’ambiance conviviale, marque de fabrique du JDM, Turbul’lance, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif organisatrice du festival, a changé sa configuration. Ainsi la scène alternative, dédiée aux découvertes régionales et aux coups de pouce, se métamorphose en chapiteau cosy et chaleureux. Entre deux têtes d’affiche, les festivaliers pourront se désaltérer au son de talents locaux, du flot de Young Ice’s Babe aux voix fissurées façon rock de The Yokel.

… Et rage de vivre

Nekfeu

Nekfeu

Militant, le Jardin du Michel l’est aussi par sa volonté sans cesse réaffirmée de proposer une expérience « transdisciplinaire ». « Nous avons pour objectif de créer un évènement culturel, au sens large du terme. C’est une parenthèse enchantée à la campagne ». Pour s’en assurer, direction la Cabane du Michel où règne une atmosphère de cirque d’antan mélangée à des performances d’artistes plus déjantées et hilarantes les unes que les autres. Il faudra même prendre garde car quelques performeurs perturbateurs se glisseront dans le public. Le spectacle vivant, le festival le défend bec et ongles. En marge de la manifestation, Turbul’lance soutient de nombreuses initiatives telles que les chantiers des jeunes de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) ou l’accueil des personnes en situation de handicap. En 2016, le JDM résiste en musique et le poing levé. Le peuple musical, jamais ne sera vaincu.

Programmation et billetterie du JDM à Bulligny : www.jardin-du-michel.fr

RING vous met K.O.

4RodrigoGarcia

4 Rodrigo Garcia

Après deux ans d’attente, le festival RING reprend du service pour une cinquième mouture, toujours aussi foisonnante. Poétique ou lyrique, drôle ou méditatif, il nous fait passer du rire aux larmes et met les compteurs théâtraux à zéro.

 Pendant les Rencontres Internationales Nouvelles Générations, difficile pour le spectateur de rester dans les cordes. Le festival le plonge en pleine mêlée, au cœur d’une représentation qui a tout du combat de boxe. Peut-être, à l’entrée de la salle, faudrait-il troquer son ticket pour des gants protecteurs, ces « boules de cuir » que Claude Nougaro teintait d’adrénaline et de déception dans sa chanson. Elles se frôlent, se jaugent, échangent quelques volées indolores pour mieux s’imprégner les unes des autres. RING, c’est Cassius Clay dans le corps de Gandhi. Ses « coups ne font pas mal, ils nous réveillent, ils nous secouent », comme l’analyse Michel Didym, directeur du Théâtre de la Manufacture et instigateur de la manifestation.

Portrait cubiste

Du 21 au 29 avril, des artistes et compagnies du monde entier convergent vers Nancy pour présenter leurs visions. Du Chili ou de Suède, ils parlent tous d’un sujet universel : l’être humain. Insaisissable, décevant ou au contraire source d’espoir, il change de visage d’une pièce à l’autre. Toutes interrogent ses motivations, ses capacités à résister ou à accepter l’inéluctable, ses desseins secrets. Le portrait qui en découle est un peu cubique, la mâchoire se décroche, les yeux sont décalés mais toujours son essence reste intacte. « La programmation replace l’homme au milieu des préoccupations. De nombreuses questions émergent : a-t-on toujours le choix ? Pris dans des événements qui nous dépassent, peut-on s’en extirper, cesser d’être des pions ? Tous les spectacles célèbrent à leur façon la force de la vie », exprime Emmanuelle Duchesne, secrétaire générale de la Manufacture. Même les contes de fées prennent quelques coups bien sentis : dans « Dérèglement de contes », la troupe franco-allemande de Sciences Po Paris à Nancy chamboule les récits de notre enfance et changent les perspectives à travers une réécriture de Cendrillon et du Petit Chaperon Rouge par Joël Pommerat.

Résister

FESTIVAL FACTO 2013 LA MERIDIENNNE LUNEVILLE 54 FR

Festival Facto 2013 – La Méridienne Lunéville

Cette 5ème édition tisse subtilement plusieurs thématiques. L’une d’entre elle trouve une résonance particulière dans l’actualité : l’action de résister. Dans « Tank Man », l’auteur et interprète chorégraphique Ali Salmi se glisse dans le corps de ce manifestant inconnu qui, sur la place Tien’Anmen en 1989, fait face à une colonne de quatre chars. Immortalisé par le photojournaliste américain Jeff Widener, il est le symbole anonyme de la résistance face à la répression. La révolte peut revêtir plusieurs formes. Celle des esclaves contre leurs maîtres tourne au vinaigre dans « L’Île des esclaves » de Mariveaux. Quand les dominés deviennent dominants, l’histoire se répète et gare aux abus de pouvoir. « Truc&Truc », une série de micro-fictions concoctée par deux énergumènes facétieux et décalés, se rebelle contre le sérieux ambiant. Le duo d’interprètes Blutsch & Brault cultive l’absurde à la manière des brèves de comptoir et font vivre les gens de la rue avec gourmandise. Ils viennent mettre un point final et joyeux à votre soirée de spectacles à 22h au Bar de la Manufacture les 26, 28, 29 avril et le 27 au CCN Ballet de Lorraine.

Éclosion de scènes

Avec RING, le spectacle vivant est à la portée de tous, amateurs éclairés de théâtre ou simples curieux. Et puis RING ne tient pas en place et saute de scène en scène : au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy, à l’Amphi Déléage sur le campus Lettres de Nancy, au Lycée Stanislas de Villers-lès-Nancy, au CLEJ de Jarville-la-Malgrange ou sur le site Alstom. Comme à chaque édition, le Théâtre de la Manufacture continue de questionner les liens entre la scène et le parterre. Dans « Examen », de nouveau, ils sont bouleversés. Imaginée et mise en scène par Michel Didym, cette pièce projette les spectateurs dans la peau de membres d’un jury. Face à eux les acteurs s’approprient les textes d’auteurs européens écrits sur-mesure pour cette création. Tous les deux ans, RING s’amuse avec nous autant qu’il nous amuse. Le festival est une bouffée d’air frais théâtral. Inspirez, expirez, le combat commence. Tout le monde en sort vainqueur.

Les uns contre les autres

Sur le ring, cinq spectacles sont à découvrir comme autant de boxeurs talentueux. Spécialistes du K.O., du jeu de jambe diabolique ou d’un revers du gauche explosif, chacun vous frappera à sa manière, mais sans violence.

LesEvénements©EricDidym

Les Évènements Crédit Eric Didym

 

  • Les Événements (The Events)

Pays : Grande-Bretagne

Âge : Première à Nancy

Mise en RING : Ramin Gray

Arbitre-traducteur : Dominique Hollier

Taille : Deux acteurs sur scène, Romane Bohringer dans le rôle de Claire et Antoine Reinartz dans celui du « Garçon », accompagné d’une chorale différente à chaque représentation.

Spécialité : super-welters

Palmarès : production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture, les Théâtres de la Ville de Luxembourg et Actors Touring Company (Londres).

Résumé du Combat : Inspiré par les attentats du 22 juillet 2011 en Norvège, où 77 personnes trouvèrent la mort assassinées par Anders Breivik, puis par ceux de Boston et Woolwich, l’auteur David Greig tente de comprendre le mécanisme de la violence et de l’horreur. Qu’est-ce qui pousse à passer à l’acte ? Surtout, comment donner du sens à « l’après » ? Romane Bohringer campe Claire, pasteur à la tête d’une chorale en milieu communautaire, qui doit faire face au passage à l’acte d’un jeune homme de son entourage. Lui aussi, à l’image de Breivik, prend une arme et la dirige contre « ceux qui ne sont pas d’ici ». Antoine Reinartz joue successivement un psychiatre, le père du « terroriste », sa copine… et aide à recomposer un puzzle complexe.

  • Operetta Burlesca

 Pays : Italie

Âge : créé en 2014

Écriture et mise en RING : Emma Dante

Arbitre-chorégraphe : Davide Celona

Taille : Quatre interprètes sur scène : Davide Celona, Marcella Colaianni, Francesco Guida, Carmine Maringola

Spécialité : poids légers

Résumé du Combat : Dans cette pièce construite comme un spectacle musicale où les douleurs se dissimulent sous des paillettes, c’est au tour de Pietro de mettre les gants de boxe. Né en Sicile près du Vésuve, sa vie est comme une lave en fusion, brûlée, abîmée sans cesse par les épreuves que la société italienne met sur sa route. Né garçon, il rêve d’être fille et doit travailler à la pompe à essence de son père. Et puis il aime les garçons dans un milieu où les homosexuels sont ostracisés… Avec son « Operetta Burlesca », Emma Dante peint un portrait intime, à la fois brutal et sensible.

OperettaBurlesca

Operetta Burlesca DR

  • Drive In

Pays : France

Âge : Spectacle inédit

Écriture : Carole Prieur

Mise en RING : Marie Grosdidier

Arbitre-chorégraphe : Nathalie Pernette

Taille : Quatre acteurs en scène Jean-Thomas Bouillaguet, Philippe Dubos, Benoît Fourchard et Nicolas Marchand

Spécialité : poids coqs

Palmarès : production La Chose Publique, compagnie de théâtre nancéienne et CDN Nancy-Lorraine

Lieu de la rencontre : Site Alstom

Résumé du combat : Dans « Drive-In », nulle histoire de résistance mais plutôt celle d’une soumission : celle du corps. La compagnie La Chose Publique s’attaque au sujet délicat de la prostitution abordée grâce aux récits de clients types. La femme est ici une marchandise vendue comme une commande à emporter. Sur une place quatre bornes délimitent l’espace d’une scène à l’air libre. Quatre clients arrivent en voiture et s’arrêtent devant l’une d’elles. De l’autre côté le public assiste au processus de commande et par ce biais tente de comprendre ce qui les pousse à « consommer ».

  • Acceso

Pays : Chili

Âge : créé en avril 2014 au Teatro La Memoria, Santiago de Chile

Écriture : Pablo Larraín et Roberto Farías

Mise en RING : Pablo Larraín

Taille : performance solo de Roberto Farías

Spécialité : poids lourds

Résumé du combat : Fin de la rencontre. Le boxeur, Roberto Farías alias Sandokán, sort de son arène, en sueur. Sandokán est vendeur ambulant. Il propose ses babioles aux passagers d’un bus et dans le même temps se dévoile, raconte sa vie cabossée de « gladiateur urbain ». L’acteur livre une performance intense dirigée par le réalisateur du film « No », Pablo Larraín. Dans « Acceso », Sandokán devient le porte-voix des exclus de la société, trop pauvres pour pouvoir changer le cours des choses et obligés de subir, d’encaisser. Encore une histoire de pugilistes qui s’ignorent.

Acceso 2 © Sergio Armstrong

Acceso Crédit Sergio Armstrong

  • Quatre infirmières suédoises en déplacement

 Pays : Suède-Belgique

Âge : UBIK Group en est à sa 1980ème ville.

Écriture, mise en RING et interprétation : UBIK Group : Anja Tillberg, Sylvain Daï, Vana Maria Godée, Emilia Tillberg, Cyril Aribaud et Beata Szparagowska

Spécialité : poids plumes

Palmarès : production Théâtre de Liège et Shanti Shanti asbl, co-production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture

Résumé du combat : Notre belle ville est-elle malade ? Quatre infirmières vont de cité en cité pour offrir avec humour leur diagnostic des lieux explorés. Les 25 et 26 avril, Nancy devient leur nouveau patient. Après avoir parcouru la métropole lorraine, elles exposent leurs observations au public à l’aide de projections vidéo, de témoignages et de faits réels ou fictifs.

RING2016_Visu

La vie en jaune et noir

IMG_0111

Crédit Roland Weibel

Le rucher de Montaigu, à Laneuveville, est un petit paradis pour les abeilles. Ici les ouvrières et leur reine travaillent d’arrache-pied, profitant de la douceur prolongée d’un hiver extraordinaire. Pourtant de multiples dangers les menacent.

 Quand l’abeille va tout va. Pour ce petit insecte ailé, qui a survécu à la grande élimination des dinosaures il y a 65 millions d’années, les choses deviennent quand même de plus en plus difficiles et l’homme n’est pas étranger à son malheur. Dans notre région, Abeille Lorraine se démène pour perpétuer et préserver l’espèce. Niché dans un coin du domaine de Montaigu, à quelques pas du château, le rucher de l’association s’est trouvé un joli coin de verdure. Les 10 000 locataires vont et viennent, zonzonnent en sortant de leur ruche et effleurent dans un vol délicat Roland Weibel, membre de ce syndicat d’apiculteurs et président du CETAGN (Centre d’Études Techniques Apicoles du Grand Nancy).

 Un hiver particulier

IMG_0160

Crédit Roland Weibel

 « Finalement l’ « apis mellifera » s’adapte. Tout est organisé pour la survie de l’espèce et les conditions climatiques récentes  lui ont été profitables. Cette année, le développement des ruches a été plus précoce : il y a plus d’abeilles qu’il y a quinze jours. Le temps a permis à la reine de pondre sans interruption », constate-t-il. Pour autant cette douceur hivernale n’a pas que de bons côtés. Les ouvrières continuent à sortir mais sans ramener de nectar, qu’elles sont censées stocker avant d’hiverner. Aussi, les apiculteurs n’ont pas récolté de miel dans le but de leur laisser suffisamment de réserves. « Ici, nous faisons essentiellement de la reproduction de Buckfasts®. Créées par le frère Adam dans le premier quart du 20ème siècle, elles ont un tempérament plus doux, sont de bonnes butineuses, résistent mieux aux maladies et tiennent leurs ruches propres. Nous obtenons tout au plus 10 à 15 kg de miel par an ». À ces attentions s’en ajoute une autre : des provision de sucre candi, sous forme de pâte molle, pour remonter l’énergie des demoiselles  en cas de coup de barre.

 Gare aux prédateurs !

IMG_0168

Crédit Roland Weibel

 Le réchauffement climatique est bien un moindre mal pour ces insectes. « Un des grands dangers pour nos ruchers est le varroa. Des ruches non traitées ou sans surveillance se transforment vite en véritables réservoirs pour cet acarien. Il pond dans la même alvéole que l’œuf de la reine puis se développe très rapidement. Il menace à la fois la récolte mais aussi la vie de la colonie. Certaines ont été entièrement décimées en 2006, 2007 » déplore Roland Weibel. Pour remédier à ce parasite, des chercheurs sont allé chercher les gènes d’une abeille hygiénique, la primorski, qui en nettoyant les cellules de la ruche et en s’épouillant a su limiter son apparition. Reste la question non réglée des pesticides, notamment les « néonicotinoïdes » armes fatales aux pauvres ouvrières.  « En ville, l’impact est plus grave. Certains jardiniers amateurs ont tendance à mettre la dose. Heureusement, ça évolue un peu ». Malgré tout, Roland Weibel reste optimiste quant à l’avenir de ses protégées : « l’abeille nous survivra, j’en suis certain ».

 

Une histoire du goût

26409066_ml

La gastronomie lorraine s’est formée comme le lit d’une rivière, parfois sinueuse et surprenante, parfois claire et simple. Passée à la moulinette, elle révèle bien des secrets : ses petites histoires, les personnalités qui la peuplent et les mets qu’elle a engendrés au cours des siècles. Bon appétit !

La cuisine est souvent une histoire d’enfance. Les repas de nos mères et grands-mères accompagnent nos papilles tout au long de nos vies, déterminant nos goûts et dégoûts, forgeant nos jugements. Chaque Lorrain garde donc dans un coin de son esprit les souvenirs de potées nourrissantes et généreuses, de tartes aux mirabelles dorées et juteuses ou de pâtés vite dévorés. Dans « La Colline inspirée » en 1913, l’écrivain lorrain Maurice Barrès se faisait l’ambassadeur de ce terroir : « La table se couvrait de quiches, de tourtes à la viande, […] de fruits de toutes sortes et du bon vin récolté dans la vigne paternelle ». Et si la région brille un peu moins que la Gironde ou la Bourgogne pour ses vins, elle ne se laisse pas facilement oublier dans l’assiette.

Schizophrénie culinaire

« Rustique », « terrienne » selon les avis, la gastronomie régionale est honnête, sans fioritures et offre aux ventres criant de faim la consolation nécessaire. C’est la cuisine qui réchauffe les cœurs autant que le corps, la cuisine des hivers rudes, celle aussi des travailleurs de la terre, qui après un dur labeur se réconfortent d’une belle cuillerée de soupe aux choux. Elle se laisse aussi charmer par des régions voisines comme l’Alsace ou la Franche-Comté, y retrouvant ses propres saveurs de lard, de chou et de pomme de terre. Elle n’en est pas moins précieuse, fait saliver avec ses bergamotes, ses madeleines et « vol au vent ». Elle s’est même écrite en lettres de noblesse et a beaucoup emprunté aux tables polonaises, du temps du « bon Roi Stanislas ».

À la gloire de Stanislas

De nombreuses recettes sont liées, directement ou indirectement, à une des personnalités les plus marquantes de la région : Stanislas. Au service du Duc de Lorraine puis de sa fille, la reine Marie Leszczynska, le pâtissier alsacien Nicolas Stohrer va notamment revisiter une brioche polonaise. Ajoutant du vin de Malaga, de la crème pâtissière et des raisins secs, il la transformera en ce dessert connu aujourd’hui comme le baba au rhum, baptisé par ses soins « l’Ali Baba ». La madeleine de Commercy, tirant probablement son nom de celui d’une jeune servante Madeleine Paulmier, les macarons de Nancy créés par deux sœurs bénédictines Marguerite-Suzanne Gaillot et Elisabeth Morlot, tous ces délices sont venus jusqu’à nos papilles de leur XVIIIe siècle natal. Il ne faudrait pas non plus oublier les bouchées à la reine, imaginées par le cuisinier de Marie Leszczynska pour son royal époux. Comme la nostalgie a bon goût !

Vosges : Les Jardins de Sophie d’Hervé Cune

La cuisine d’Hervé Cune est un peu comme les montagnes hérissées de sapins qui entourent son restaurant gastronomique : simple, intense et profonde. Sublimant son terroir natal, le chef a réinterprété la soupe au caillou, un met digne d’un conte de fée.

Le remake de la soupe aux choux

DSCN4060

PC

Amoureux du terroir lorrain et plus particulièrement vosgien, Hervé Cune à déjà redonné ses belles saveurs aux bouchées à la reine. Afin d’inaugurer 2016, il s’attaque à la « soupe au caillou », dite aussi « aux choux ». Son histoire est bien plus vieille que le costume bariolé de Jacques Villeret dans le film du même nom.

Des légumes sacrifiés et un caillou sauvé des eaux

Un moine arrive un jour chez des paysans qui lui refusent alors la charité. Le religieux vagabond s’empare d’un caillou, leur annonce qu’il souhaite réaliser un « bouillon de pierre » et leur demande seulement une marmite. Puis petit à petit, le frère négocie l’accès au feu, un peu de sel, un morceau de lard, du chou et du saucisson fumé. Enfin la soupe aux choux pointe le bout de ses feuilles au fond de la cocotte. Le cuisinier se régale de sa production sous les yeux de ces hôtes involontaires, ne laissant que le caillou au fond de la marmite. « Et la pierre ? », demandent-ils. « Je vais la laver et l’emporter pour une autre fois ». Ainsi le caillou fit de jolis voyages et le moine n’eut plus jamais faim, usant de cette stratégie auprès d’autres réticents.

Explosion de saveurs et de couleurs

Pour sa part, Hervé Cune a installé pour cette roche miniature un nid douillet au creux d’une assiette à soupe. Caressée par un bouillon de crustacé monté avec un beurre d’escargot pour lui « donner du peps’ », elle s’assortit d’un ensemble vitaminé de céleri rave, de carottes, de pommes de terre et de choux. Pour parfaire ce bel assortiment, le chef l’a surmonté d’une queue d’écrevisse saisie à la plancha. Les légumes encore croquants se succulent sans façon.Un pure délice à savourer les soirs d’hiver, agrémenté de Saint-Jacques ou de lard en fonctions des envies. Il ne vous reste plus qu’à trouver votre parfait caillou !

Les effets de surprise d’Hervé Cune

IMG_7996

Hervé Cune @DR

Depuis 2007, Hervé Cune fait chanter le terroir dans les « Jardins de Sophie ». Pour ce touche-à-tout, le chemin vers la gastronomie a été semé d’expériences multiples mais toujours à proximité de grands espaces, si cher au chef étoilé.

Si la cuisine est toujours une histoire de passion, cette dernière se construit parfois à force de volonté et de patience. Hervé Cune le sait plus que tout autre. Cet enfant de famille nombreuse aurait plutôt été porté vers une carrière de pâtissier mais la vie lui a joué un joli tour. « Je n’étais pas forcément destiné à la pâtisserie. J’ai suivi mes deux frères aînés dans cette branche », note avec humour ce faiseur d’étoile vosgien. À 19 ans, à peine délivré du service militaire, le voilà saisonnier. Pendant deux à trois ans, il alternera les étés les mains dans la terre, comme horticulteur, et les hivers le nez dans les casseroles de l’Hôtel Les Vallées à La Bresse.

Une gastronomie des grands espaces

H6G0480-MEN-OBL-b-rouffignac

DR

Hervé Cune se passionne pour cet univers rude où la vie se grignote à cent à l’heure. « En pâtisserie, tout est très cadré : il faut suivre la recette dans les moindres détails. Les coups de feu, la pression du service n’existent pas. Et puis j’ai côtoyé des gens passionnés. Forcément ça donne envie », ajoute-t-il. Après Thonon et Annecy, il fait ensuite escale à Saint-Bonnet-le-Froid en Haute-Loire où il apprend au côté de Régis Marcon, à l’époque déjà récompensé par « un macaron » : « il m’a fait aimé une cuisine simple mais goûteuse, en laissant les produits s’exprimer sans fioritures, en respectant leurs particularités gustatives ». Après cette étape formatrice, il retourne finalement à ses premières amours et ce territoire vosgien ouvert et apaisant. Ici, Hervé Cune a trouvé le lieu idéal pour exprimer ses talents. « Il me faut de l’espace pour créer. Et puis ici, il n’est pas utile d’aller loin chercher loin de bons produits ; ils sont à portée de main ».

L’étoile sur le gâteau

Officiant au Grand Hôtel ou au Manoir au Lac à Gérardmer, il prend les commandes de son propre restaurant en 2007 avec « Les Jardins de Sophie ». En 2013, une étoile vient consacrer le travail de plusieurs année, la première depuis trente-six ans dans le département. Avec discrétion mais volonté, Hervé Cune a su conquérir nos papilles en toute simplicité. Dans l’assiette, les produits de saison se livrent sous leur vraie nature, relevés de jus ou bouillons légers et d’une garniture colorée, inventive mais toujours composée dans le respect des saveurs. Quant au terroir lorrain, il aime le revisiter à sa manière, ressuscitant des mets oubliés comme le pigeon, l’une de ses spécialités.

Les Jardins de Sophie est un hôtel quatre étoiles doté d’un espace spa et détente et propose aussi tout au long de l’année des formules pour les séminaire. Elle intègre le restaurant gastronomique étoilé d’Hervé Cune. Plus de renseignements au 03 29 63 37 11 et sur hotel-jardins-sophie.fr • Domaine de la Moineaudière, Route du Valtin à Xonrupt-Longemer.

Moselle : le Magasin aux Vivres de Christophe Dufossé

Pour Christophe Dufossé, les saveurs de la Lorraine reposent avant tout sur une « cuisine de terroir magnifiée par des producteurs locaux consciencieux et passionnés ». Ce Messin d’adoption a choisi de revisiter la quiche lorraine, un incontournable des tables de la région. A vos fourchettes !

La quiche lorraine déstructurée signée D.C.

150904_DUFOSSE_121.JPG

DR

Installé depuis une dizaine d’années en Lorraine, Christophe Dufossé n’a pas échappé longtemps à l’emblème culinaire de la région : la quiche. « C’est l’un des produits les plus vendus au monde. Il ne suffit pas d’avoir les bons ingrédients et de suivre la recette. Il faut l’exécuter avec amour ». Et justement, ce dernier l’a abordée avec respect et passion. Pour revisiter ce trésor culinaire régional, la tête pensante du Magasin aux Vivres a choisi de garder la base traditionnelle : œufs, crème et poitrine fumée.

Une quiche style Picasso

Une question épineuse a guidé les choix de Christophe Dufossé : fromage ou pas ? En l’occurrence, le chef a opté pour la première alternative et a même innové en intégrant une touche italienne avec du parmesan. Pourtant le plat s’offre une nouvelle image car il se présente déstructuré, presque disséqué pour en faire ressortir avec plus d’intensité les saveurs. D’abord, la traditionnelle « migaine », mélange d’œufs et de crème, se matérialise en un flan auquel ont été ajoutés des morceaux de poitrine fumée et de l’oignon. Une note sablée vient ensuite titiller les papilles de ses deux tuiles de parmesan.

À la conquête du monde

Deux gros cubes de poitrine colorée et rôtie s’invitent à cette fête des sens. Le tout est enfin assorti de roquette, parsemé de lamelles de truffes et assaisonné de jus de cochon. Servie dans la partie brasserie, cette quiche lorraine d’un nouveau genre fait le bonheur de nombreux gourmets et traverse même les frontières. Dans un palace de Chengdu où Christophe Dufossé officie aussi, une autre sorte de « crèmes » peut la déguster : des diplomates aux chefs d’états les plus connus comme Angela Merkel ou le couple Obama. Des goûteurs de choix…

Christophe Dufossé joue l’étoile collective

DSC_9744ok.JPG

Christophe Dufossé @DR

Natif de Calais, Christophe Dufossé a pas mal bourlingué, traîné ses casseroles dans les plus beaux lieux de la gastronomie française avant de se poser à Metz, à la tête de La Citadelle. Enfin « se poser » est un bien grand mot pour ce voyageur invétéré et notre ambassadeur de la cuisine française…

L’histoire d’amour entre Christophe Dufossé et la cuisine remonte à son enfance et plus particulièrement à un personnage-clé : sa grand-mère. Au sortir du collège, il prend la direction de l’école hôtelière de Guebwiller en Alsace.

Des casseroles pour toute arme

Guillaume Ramon

Crédit Guillaume Ramon

Chef des cuisines au « Cercle des Officiers » pendant son service militaire, le futur chef étoilé se frotte à un univers formateur : « J’ai découvert un monde de discipline, de rigueur et surtout de respect, celui que l’on voue à ses équipiers et celui qui s’exerce sur les produits travaillés ». Cette expérience va se renforcer aux côtés de grands noms de la gastronomie tels Alain Ducasse ou Serge Champion. Les voyages aussi se poursuivent. Après l’Alsace, le cuisinier nomade prend la route et fait étape à Saint-Martin, à Monaco ou au Cap d’Antibes. Son travail est enfin consacré par une première étoile en 2001 au « Royal Champagne », près d’Épernay. En 2002, il réussit à conserver celle du Domaine de Roncemay dans l’Yonne.

Tous ensembles

Guillaume Ramon

Crédit Guillaume Ramon

Mais c’est à La Citadelle, à Metz, qu’il pose définitivement ses valises et décroche de nouveau le graal des cuisiniers pour Le Magasin aux Vivres. « Quand j’étais jeune, j’étais plus dans la compétition. Aujourd’hui je suis plus dans un esprit collectif. Un chef est avant tout un manager, un rassembleur d’idées. Bien sûr, il faut pouvoir gérer le stress, les 15 à 16 heures de travail par jour… Mais tout cela est impossible sans de bons collaborateurs », précise-t-il. Partageant son temps entre la Lorraine et le « Jin Yue By CD » à Chengdu en Chine, auquel il prête son nom et son savoir-faire, Christophe Dufossé ne manque pas de projets pour les années à venir. Entre son espoir d’une deuxième étoile et ses plans d’agrandissement de la partie traiteur de La Citadelle, le chef est un homme décidément bien occupé.

Le Magasin aux Vivres est situé au 5 av. de Ney à Metz, à deux pas de la place de la République. Pour tout renseignement : citadelle-metz.com • 03 87 17 17 17. Pour plus d’informations sur Christophe Dufossé, rendez-vous sur son site christophedufosse.com.

Dans la tête

Stats du Site

  • 28,285 visites
Follow Le Grand Shiva Rit on WordPress.com