RING vous met K.O.

4RodrigoGarcia

4 Rodrigo Garcia

Après deux ans d’attente, le festival RING reprend du service pour une cinquième mouture, toujours aussi foisonnante. Poétique ou lyrique, drôle ou méditatif, il nous fait passer du rire aux larmes et met les compteurs théâtraux à zéro.

 Pendant les Rencontres Internationales Nouvelles Générations, difficile pour le spectateur de rester dans les cordes. Le festival le plonge en pleine mêlée, au cœur d’une représentation qui a tout du combat de boxe. Peut-être, à l’entrée de la salle, faudrait-il troquer son ticket pour des gants protecteurs, ces « boules de cuir » que Claude Nougaro teintait d’adrénaline et de déception dans sa chanson. Elles se frôlent, se jaugent, échangent quelques volées indolores pour mieux s’imprégner les unes des autres. RING, c’est Cassius Clay dans le corps de Gandhi. Ses « coups ne font pas mal, ils nous réveillent, ils nous secouent », comme l’analyse Michel Didym, directeur du Théâtre de la Manufacture et instigateur de la manifestation.

Portrait cubiste

Du 21 au 29 avril, des artistes et compagnies du monde entier convergent vers Nancy pour présenter leurs visions. Du Chili ou de Suède, ils parlent tous d’un sujet universel : l’être humain. Insaisissable, décevant ou au contraire source d’espoir, il change de visage d’une pièce à l’autre. Toutes interrogent ses motivations, ses capacités à résister ou à accepter l’inéluctable, ses desseins secrets. Le portrait qui en découle est un peu cubique, la mâchoire se décroche, les yeux sont décalés mais toujours son essence reste intacte. « La programmation replace l’homme au milieu des préoccupations. De nombreuses questions émergent : a-t-on toujours le choix ? Pris dans des événements qui nous dépassent, peut-on s’en extirper, cesser d’être des pions ? Tous les spectacles célèbrent à leur façon la force de la vie », exprime Emmanuelle Duchesne, secrétaire générale de la Manufacture. Même les contes de fées prennent quelques coups bien sentis : dans « Dérèglement de contes », la troupe franco-allemande de Sciences Po Paris à Nancy chamboule les récits de notre enfance et changent les perspectives à travers une réécriture de Cendrillon et du Petit Chaperon Rouge par Joël Pommerat.

Résister

FESTIVAL FACTO 2013 LA MERIDIENNNE LUNEVILLE 54 FR

Festival Facto 2013 – La Méridienne Lunéville

Cette 5ème édition tisse subtilement plusieurs thématiques. L’une d’entre elle trouve une résonance particulière dans l’actualité : l’action de résister. Dans « Tank Man », l’auteur et interprète chorégraphique Ali Salmi se glisse dans le corps de ce manifestant inconnu qui, sur la place Tien’Anmen en 1989, fait face à une colonne de quatre chars. Immortalisé par le photojournaliste américain Jeff Widener, il est le symbole anonyme de la résistance face à la répression. La révolte peut revêtir plusieurs formes. Celle des esclaves contre leurs maîtres tourne au vinaigre dans « L’Île des esclaves » de Mariveaux. Quand les dominés deviennent dominants, l’histoire se répète et gare aux abus de pouvoir. « Truc&Truc », une série de micro-fictions concoctée par deux énergumènes facétieux et décalés, se rebelle contre le sérieux ambiant. Le duo d’interprètes Blutsch & Brault cultive l’absurde à la manière des brèves de comptoir et font vivre les gens de la rue avec gourmandise. Ils viennent mettre un point final et joyeux à votre soirée de spectacles à 22h au Bar de la Manufacture les 26, 28, 29 avril et le 27 au CCN Ballet de Lorraine.

Éclosion de scènes

Avec RING, le spectacle vivant est à la portée de tous, amateurs éclairés de théâtre ou simples curieux. Et puis RING ne tient pas en place et saute de scène en scène : au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy, à l’Amphi Déléage sur le campus Lettres de Nancy, au Lycée Stanislas de Villers-lès-Nancy, au CLEJ de Jarville-la-Malgrange ou sur le site Alstom. Comme à chaque édition, le Théâtre de la Manufacture continue de questionner les liens entre la scène et le parterre. Dans « Examen », de nouveau, ils sont bouleversés. Imaginée et mise en scène par Michel Didym, cette pièce projette les spectateurs dans la peau de membres d’un jury. Face à eux les acteurs s’approprient les textes d’auteurs européens écrits sur-mesure pour cette création. Tous les deux ans, RING s’amuse avec nous autant qu’il nous amuse. Le festival est une bouffée d’air frais théâtral. Inspirez, expirez, le combat commence. Tout le monde en sort vainqueur.

Les uns contre les autres

Sur le ring, cinq spectacles sont à découvrir comme autant de boxeurs talentueux. Spécialistes du K.O., du jeu de jambe diabolique ou d’un revers du gauche explosif, chacun vous frappera à sa manière, mais sans violence.

LesEvénements©EricDidym

Les Évènements Crédit Eric Didym

 

  • Les Événements (The Events)

Pays : Grande-Bretagne

Âge : Première à Nancy

Mise en RING : Ramin Gray

Arbitre-traducteur : Dominique Hollier

Taille : Deux acteurs sur scène, Romane Bohringer dans le rôle de Claire et Antoine Reinartz dans celui du « Garçon », accompagné d’une chorale différente à chaque représentation.

Spécialité : super-welters

Palmarès : production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture, les Théâtres de la Ville de Luxembourg et Actors Touring Company (Londres).

Résumé du Combat : Inspiré par les attentats du 22 juillet 2011 en Norvège, où 77 personnes trouvèrent la mort assassinées par Anders Breivik, puis par ceux de Boston et Woolwich, l’auteur David Greig tente de comprendre le mécanisme de la violence et de l’horreur. Qu’est-ce qui pousse à passer à l’acte ? Surtout, comment donner du sens à « l’après » ? Romane Bohringer campe Claire, pasteur à la tête d’une chorale en milieu communautaire, qui doit faire face au passage à l’acte d’un jeune homme de son entourage. Lui aussi, à l’image de Breivik, prend une arme et la dirige contre « ceux qui ne sont pas d’ici ». Antoine Reinartz joue successivement un psychiatre, le père du « terroriste », sa copine… et aide à recomposer un puzzle complexe.

  • Operetta Burlesca

 Pays : Italie

Âge : créé en 2014

Écriture et mise en RING : Emma Dante

Arbitre-chorégraphe : Davide Celona

Taille : Quatre interprètes sur scène : Davide Celona, Marcella Colaianni, Francesco Guida, Carmine Maringola

Spécialité : poids légers

Résumé du Combat : Dans cette pièce construite comme un spectacle musicale où les douleurs se dissimulent sous des paillettes, c’est au tour de Pietro de mettre les gants de boxe. Né en Sicile près du Vésuve, sa vie est comme une lave en fusion, brûlée, abîmée sans cesse par les épreuves que la société italienne met sur sa route. Né garçon, il rêve d’être fille et doit travailler à la pompe à essence de son père. Et puis il aime les garçons dans un milieu où les homosexuels sont ostracisés… Avec son « Operetta Burlesca », Emma Dante peint un portrait intime, à la fois brutal et sensible.

OperettaBurlesca

Operetta Burlesca DR

  • Drive In

Pays : France

Âge : Spectacle inédit

Écriture : Carole Prieur

Mise en RING : Marie Grosdidier

Arbitre-chorégraphe : Nathalie Pernette

Taille : Quatre acteurs en scène Jean-Thomas Bouillaguet, Philippe Dubos, Benoît Fourchard et Nicolas Marchand

Spécialité : poids coqs

Palmarès : production La Chose Publique, compagnie de théâtre nancéienne et CDN Nancy-Lorraine

Lieu de la rencontre : Site Alstom

Résumé du combat : Dans « Drive-In », nulle histoire de résistance mais plutôt celle d’une soumission : celle du corps. La compagnie La Chose Publique s’attaque au sujet délicat de la prostitution abordée grâce aux récits de clients types. La femme est ici une marchandise vendue comme une commande à emporter. Sur une place quatre bornes délimitent l’espace d’une scène à l’air libre. Quatre clients arrivent en voiture et s’arrêtent devant l’une d’elles. De l’autre côté le public assiste au processus de commande et par ce biais tente de comprendre ce qui les pousse à « consommer ».

  • Acceso

Pays : Chili

Âge : créé en avril 2014 au Teatro La Memoria, Santiago de Chile

Écriture : Pablo Larraín et Roberto Farías

Mise en RING : Pablo Larraín

Taille : performance solo de Roberto Farías

Spécialité : poids lourds

Résumé du combat : Fin de la rencontre. Le boxeur, Roberto Farías alias Sandokán, sort de son arène, en sueur. Sandokán est vendeur ambulant. Il propose ses babioles aux passagers d’un bus et dans le même temps se dévoile, raconte sa vie cabossée de « gladiateur urbain ». L’acteur livre une performance intense dirigée par le réalisateur du film « No », Pablo Larraín. Dans « Acceso », Sandokán devient le porte-voix des exclus de la société, trop pauvres pour pouvoir changer le cours des choses et obligés de subir, d’encaisser. Encore une histoire de pugilistes qui s’ignorent.

Acceso 2 © Sergio Armstrong

Acceso Crédit Sergio Armstrong

  • Quatre infirmières suédoises en déplacement

 Pays : Suède-Belgique

Âge : UBIK Group en est à sa 1980ème ville.

Écriture, mise en RING et interprétation : UBIK Group : Anja Tillberg, Sylvain Daï, Vana Maria Godée, Emilia Tillberg, Cyril Aribaud et Beata Szparagowska

Spécialité : poids plumes

Palmarès : production Théâtre de Liège et Shanti Shanti asbl, co-production CDN Nancy Lorraine – La Manufacture

Résumé du combat : Notre belle ville est-elle malade ? Quatre infirmières vont de cité en cité pour offrir avec humour leur diagnostic des lieux explorés. Les 25 et 26 avril, Nancy devient leur nouveau patient. Après avoir parcouru la métropole lorraine, elles exposent leurs observations au public à l’aide de projections vidéo, de témoignages et de faits réels ou fictifs.

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Mousson d’hiver : le théâtre en ébullition

Next Day - Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim - Crédits Martin Argylogro

Next Day – Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim – Crédits Martin Argylogro

Du 23 au 28 mars, un vent de jeunesse souffle sur la Lorraine avec la douzième édition de la Mousson d’Hiver. À la Manufacture et à l’Opéra national de Lorraine à Nancy, à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson, le théâtre se réinvente à travers de jeunes comédiens, lycéens et étudiants, et des auteurs contemporains, représentants d’une écriture européenne plurielle. À vos fauteuils ! Prêts… écoutez et regardez.

Le théâtre est un art polymorphe, en perpétuelle évolution selon les cultures, les époques et les écritures. Loin des classiques parfois rigides et intimidants, la Mousson d’Hiver lui donne un coup de jeune chaque année, portée par la MEEC (Maison Européenne des Écritures Contemporaines) et son directeur artistique Michel Didym. Cette année, du 23 au 28 mars, plus d’une dizaine de textes sera mise en lumière et s’adressera à un public jeune, en âge et en valeur. Suisse, Écosse, Angleterre, ces rencontres théâtrales invoquent des auteurs européens mais traversent aussi l’Océan Atlantique à la recherche de trésors littéraires américains (États-Unis, Québec).

Derrière la scène

Journée de la Jupe © Felix Grünschloß

Journée de la Jupe © Felix Grünschloß

La Mousson d’Hiver est aussi une histoire de transmission entre des comédiens ou metteurs en scène professionnels et un jeune public qui, le temps d’ateliers et de représentations, passe de l’autre côté du fauteuil, sur scène. La manifestation ne se contente pas de vous montrer la face visible du théâtre. Elle va aussi explorer ses coulisses grâce aux lectures et mises en espace. Les 23 et 24 mars, dans le décor privilégié de l’Abbaye des Prémontrés, lycéens et étudiants restituent le fruit d’un travail de trois mois. « The Killer in me is the killer in you my love » d’Andri Beyeler, « À vif » d’Isabel Wright ou  « Ces filles-là (Girls like that) » d’Evan Placey appartiennent à ces textes contemporains qui parlent à et de la jeunesse, sans la magnifier, avec justesse et nuance. D’accès gratuit, ces rencontres ouvrent une porte sur chaque pays, chaque auteur et éclaire aussi notre propre rapport aux autres, à nous-mêmes.

Voir l’avenir

Next Day - Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim - Crédits Martin Argylogro

Next Day – Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim – Crédits Martin Argylogro

En parallèle, des spectacles viennent colorer la manifestation de leur richesse. Les rencontres théâtrales de la MEEC promettent de beaux voyages, avec notamment deux pièces emblématiques : « Next Day » et « La journée de la jupe ». Dans « Next Day », le réalisateur Philippe Quesne demande à treize enfants de huit à onze ans d’imaginer leur avenir et de le faire vivre sur scène. Résultat : ces jeunes artistes aux multiples talents de danseurs, musiciens ou plasticiens se mettent dans les costumes de super héros et viennent à la rescousse d’un monde futur inventé. Joué pour la première fois à la Mousson d’Hiver, ce spectacle ludique et réjouissant embarque grands enfants et petits adultes dans un voyage temporel et imaginaire, dans une enfance pleine de possibilités.

Décoder le présent

La manifestation maintient l’équilibre entre l’imagination propre à la jeunesse et son étude presque radiographique. « La journée de la jupe » participe à ce dernier travail. Écrite par Nurkan Erpulat et Jens Hillje, adaptée du film de Jean-Paul Lielienfeld, la pièce décrypte notre société actuelle à travers plusieurs filtres que sont les questions de l’intégration, de la violence et de la morale. Interprétée ici en allemand (surtitré), en collaboration avec le « Badisches Staatstheater » de Karlsruhe, l’œuvre intègre des problématiques communes à tous les pays européens et tente en même temps de les désamorcer. La Mousson d’Hiver offre un espace de réflexion et de projection pour les auteurs contemporains mais aussi pour le public. Entre les spectacles, les lectures ou les rencontres, elle effeuille aussi en douceur le théâtre d’aujourd’hui et de demain.

Informations, réservations Théâtre de la Manufacture – Nancy / 03 83 37 42 42 / location@theatre-manufacture.fr. Le spectacle « Forbidden di sporgersi » est déjà complet.

Michel Didym : « Molière au sommet de son art »

L'équipe du Malade Imaginaire - Crédits Eric Didym

L’équipe du Malade Imaginaire – Crédits Eric Didym

Pour la première fois, Michel Didym se frotte au répertoire classique en mettant en scène « Le Malade Imaginaire » de Molière. Dans sa dernière pièce, sous le masque du bouffon, le dramaturge croque avec acidité les travers de son temps, encore d’actualité aujourd’hui. Du 13 au 24 janvier, Argan traîne son hypocondrie sur les planches de la Manufacture. Un clystère pour son royaume !

Avec le « Malade Imaginaire », vous mettez en scène pour la première fois une pièce issue du répertoire classique. Qu’est-ce ce qui vous a retenu jusqu’à présent ?

Au cours de ma formation à l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Strasbourg, j’ai interprété Marivaux, Shakespeare ou Molière. En tant que comédien, mes racines sont plutôt classiques. Par la suite, je me suis orienté vers les écritures contemporaines. Un exemple fort de cet engagement pour la dramaturgie vivante est la création de la Mousson d’été à Pont-à-Mousson. J’ai beaucoup voyagé pour la porter au-delà de nos frontières. Et puis un jour je me suis dit qu’il était temps d’arrêter de faire le jeune homme et de courir le monde. À ce moment de mon parcours, je devais vivre la passion de la direction d’un lieu. Et dans ce cadre, je désirais proposer en Lorraine des grandes œuvres du répertoire. D’où cette volonté de m’atteler à une des plus grandes pièces de Molière. Cela marque à la fois une nouvelle étape dans mon parcours personnel et professionnel.

Pourquoi vous êtes-vous arrêté plus particulièrement sur « Le Malade Imaginaire » ?

Lors des manifestations « Renaissance 2013 », nous avons joué dans les jardins du Palais Ducal « Voyage en Italie », basé sur les écrits de Michel de Montaigne.  J’ai vraiment découvert son univers et l’ampleur de son travail. Il se trouve que Molière se réfère énormément à ses idées sur la mort, la maladie ou Dieu. Une en particulier se retrouve dans le « Malade Imaginaire ». Montaigne avait une théorie sur les médecins : selon lui, une fois sur dix, le remède était plus mortel que la maladie même. Pour moi, cette vision est encore d’actualité, malgré les avancées technologiques et médicales. Au moment où Molière écrit le « Malade Imaginaire », il est au sommet de son art. Sa position vis-à-vis de la médecine, l’âge venant, s’est radicalisée et il sait mettre en évidence les paradoxes de la vie. Molière, plus qu’aucun autre, réussit à nous mettre face à nous-même, malgré les siècles qui nous séparent de lui. C’est à la fois touchant et jubilatoire.

À l’origine, Molière a écrit le Malade Imaginaire comme une comédie-ballet, avec de la danse et de la musique.  Comment avez-vous travaillé la mise en scène ?

Molière s’est beaucoup battu pour intégrer à son écriture la danse et la musique. J’ai donc voulu conserver l’esprit de la comédie-ballet imaginée par Molière. Cette forme de spectacle est très moderne : il suffit de voir le nombre de comédies musicales produites depuis quelques années. Par contre, monter un tel spectacle demande de l’exigence. Aujourd’hui les acteurs doivent savoir conjuguer théâtre, danse et chant. Et dans cette production, tous les comédiens se sentent à l’aise avec cet aspect pluridisciplinaire. J’ai aussi travaillé avec un maître de chant et un chorégraphe. Cela engage une lourde production, au niveau humain et financier. Mais nous avons collaboré avec deux grandes maisons européennes. Le Théâtre National de Liège s’est occupé de la confection des costumes et le Théâtre National de Strasbourg a bâti les décors. Après les représentations à la Manufacture, notre « Malade Imaginaire » va donc réaliser un petit tour de France et d’Europe, de la Belgique à la Suisse. Cela prouve encore son caractère universel.

Propos recueillis par Pauline Creusat

Renseignements : www.theatre-manufacture.fr
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #41 : http://www.lorrainemag.com/.

RING VOUS SONNE LES CLOCHES

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Du 9 au 18 avril, des compagnies de théâtre venues de toute l’Europe posent leurs valises à Nancy pour le festival RING. Attention, ça va secouer.

«Venez, approchez, n’ayez pas peur ». Le  festival RING ne mord pas et le théâtre contemporain n’est pas forcément rébarbatif. Dès la création de ces rencontres, pour casser les préjugés d’un public souvent habitué aux pièces classiques, Michel Didym et son équipe ont eu à l’apprivoiser et l’amener à se laisser aller.  Aller voir un spectacle « RING », c’est accepter de ressentir des émotions fortes : rire, pleurer, douter mais plus que tout s’amuser de ces montagnes russes théâtrales. Pour sa quatrième édition, le festival, fidèle à sa réputation, secoue dans tous les sens.

Voyage, voyage

Au programme, un tour de l’Europe à 360° : la Croatie avec « Ligne Jaune » et « Le Garage », la Suède avec « Författana » ou l’Italie avec « Be Legend ». Chaque compagnie apporte sa vision sur le théâtre et sur la société.

Celle présentée dans « Le Garage » par le metteur en scène Ivica Buljan est noire et acide. La pièce commence comme du Zola : un père alcoolique et violent, une mère malade et leur fils de dix ans, doué de ses deux poings. Le reste mélange l’esprit rock et déglingué de « Fight Club » à une pointe de hip hop et de désespoir « on the rock ». Un spectacle à  boire « cul sec ». Le public va être secoué et dépaysé. La troupe croate conçoit le théâtre autrement : les comédiens sont aussi boxeurs et musiciens le temps de la représentation. Et surtout, ils ne quittent jamais la scène. Pas d’entrées et sorties au fur et à mesure des actes, ils sont à la fois acteurs et spectateurs, presque voyeurs. Ils appuient par leur présence l’horreur et la violence de l’univers décrit sur les planches.

Mais le festival RING ne fait pas que rendre compte des innovations des autres, il tente d’initier les siennes. L’année dernière, dans « Divan », un spectateur se retrouvait dans la peau d’un psychanalyste écoutant un comédien/patient. Pour cette édition, l’expérience de confrontation a évolué, transforme le public en jury, devant juger divers types d’auditions (speed dating, demande de naturalisation, entretien d’embauche, etc.). Dans « Examen », rien ne sépare plus l’espace scénique du parterre, les artistes de l’auditoire.

Toc, toc ! Qui est là ?

Le festival ouvre aussi d’autres portes. Le théâtre contemporain est poreux, attiré par d’autres disciplines : la danse, la musique, le cirque. Cette volonté de mêler les modes d’expression est renforcée cette année par un partenariat avec l’Autre Canal : chorégraphies autour de vidéos YouTube pour « Forecasting » ou  mariage de la poésie et de la musique pour « Antifreeze Solution ». Même la figure du DJ évolue en mixant les images comme des sons dans « Addictive TV ».

Croisement des genres, RING réalise aussi le croisement des générations. « Il y vient le public habituel du théâtre qui est mis en contact avec des spectateurs plus jeunes », décrit Emmanuelle Duchesne, chargée de communication à la Manufacture. Mais ces rencontres ne sont pas seulement un laboratoire vivant et coloré du théâtre contemporain. Le plaisir du spectacle ne s’arrête pas à la fin des représentations. L’équipe du festival a voulu mettre en place un espace de partage et de convivialité. Les spectateurs pourront se restaurer, boire un verre, écouter un concert et discuter de ce qu’ils ont vu, entendu et ressenti. Car après tout, la beauté d’un spectacle réside là aussi : dans ce qu’il nous laisse une fois qu’il est fini.

RING

Cette année, le festival RING propose de découvrir quatre spectacles en avant-première en France. Focus sur « Ligne jaune » et « Be Legend », deux pièces explosives.

Sur la ligne

« Ligne jaune », pièce croate mise en scène par Ivica Buljan, est un OTNI, un Objet Théâtral Non Identifié, à la marge de l’absurde et du récit d’initiation. Autour de la thématique de la frontière (les « lignes jaunes »), le metteur en scène présente une mosaïque d’histoires. Un pêcheur arabe sauvé en pleine mer Méditerranée, au carrefour de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Une vache nommée Yvonne transportée par avion puis jetée à la mer lors d’un orage. Paul, un Allemand fatigué du conformisme.

Les personnages de cette ode à la liberté ont permis à Ivica Buljan d’aborder des thèmes à priori sans liens : Printemps arabe, regard du monde occidental sur les pays défavorisés, le racisme, les contraintes que l’homme s’impose sans s’en rendre compte. Le metteur en scène, en pointant ces frontières qui nous gênent, les déconstruit peu à peu. Au détour de ces aventures rocambolesques mais tirées d’expériences réelles, le rire s’installe et embarque les spectateurs. D’ailleurs, Ivica Buljan est impatient de voir la réaction du public français face à son spectacle. Le rire, lui aussi, se joue des frontières.

We could Be Legend !

Le « Teatro Sottoraneo » a fait un pari osé : ressusciter le temps d’un spectacle des personnages controversés, troubles voire torturés. Mais ici, ils ne sont pas à l’état d’adultes. La compagnie florentine s’est demandé à quoi ressemblaient Hamlet, Jeanne D’Arc et Hitler enfants. Rien qu’en lisant ces trois noms, un léger frisson vous parcoure. Pourtant, « Be Legend » n’est pas là pour vous conter une histoire d’horreur. L’auteur, Daniele Villa, a écrit cette pièce en trois parties comme un docu-fiction. Il a essayé de comprendre comment, dans les prémisses de leur vie, il y avait déjà en construction leurs actes futurs.

Accompagnés par deux comédiens de la troupe, Sara Bonaventura et Claudio Cirri, trois enfants nancéiens sont embarqués dans l’aventure et chargés d’incarner, chacun pendant vingt minutes, une des trois personnalités. La mise en scène interactive bouscule l’ordre théâtrale établi en mettant l’accent sur le geste et le visuel (extraits vidéo, travail de la lumière) autant que sur le texte. Le résultat permet de prendre de la distance avec « ces monstres » de l’histoire ou de la littérature. « Be Legend » conjure les peurs et met en pièce les tabous.

Retrouvez le programme du festival RING en détail sur http://www.nancyringtheatre.fr
Cet article est paru dans le Lorraine Magazine #25 : http://www.lorrainemag.com/.

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