La vie en jaune et noir

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Crédit Roland Weibel

Le rucher de Montaigu, à Laneuveville, est un petit paradis pour les abeilles. Ici les ouvrières et leur reine travaillent d’arrache-pied, profitant de la douceur prolongée d’un hiver extraordinaire. Pourtant de multiples dangers les menacent.

 Quand l’abeille va tout va. Pour ce petit insecte ailé, qui a survécu à la grande élimination des dinosaures il y a 65 millions d’années, les choses deviennent quand même de plus en plus difficiles et l’homme n’est pas étranger à son malheur. Dans notre région, Abeille Lorraine se démène pour perpétuer et préserver l’espèce. Niché dans un coin du domaine de Montaigu, à quelques pas du château, le rucher de l’association s’est trouvé un joli coin de verdure. Les 10 000 locataires vont et viennent, zonzonnent en sortant de leur ruche et effleurent dans un vol délicat Roland Weibel, membre de ce syndicat d’apiculteurs et président du CETAGN (Centre d’Études Techniques Apicoles du Grand Nancy).

 Un hiver particulier

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Crédit Roland Weibel

 « Finalement l’ « apis mellifera » s’adapte. Tout est organisé pour la survie de l’espèce et les conditions climatiques récentes  lui ont été profitables. Cette année, le développement des ruches a été plus précoce : il y a plus d’abeilles qu’il y a quinze jours. Le temps a permis à la reine de pondre sans interruption », constate-t-il. Pour autant cette douceur hivernale n’a pas que de bons côtés. Les ouvrières continuent à sortir mais sans ramener de nectar, qu’elles sont censées stocker avant d’hiverner. Aussi, les apiculteurs n’ont pas récolté de miel dans le but de leur laisser suffisamment de réserves. « Ici, nous faisons essentiellement de la reproduction de Buckfasts®. Créées par le frère Adam dans le premier quart du 20ème siècle, elles ont un tempérament plus doux, sont de bonnes butineuses, résistent mieux aux maladies et tiennent leurs ruches propres. Nous obtenons tout au plus 10 à 15 kg de miel par an ». À ces attentions s’en ajoute une autre : des provision de sucre candi, sous forme de pâte molle, pour remonter l’énergie des demoiselles  en cas de coup de barre.

 Gare aux prédateurs !

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Crédit Roland Weibel

 Le réchauffement climatique est bien un moindre mal pour ces insectes. « Un des grands dangers pour nos ruchers est le varroa. Des ruches non traitées ou sans surveillance se transforment vite en véritables réservoirs pour cet acarien. Il pond dans la même alvéole que l’œuf de la reine puis se développe très rapidement. Il menace à la fois la récolte mais aussi la vie de la colonie. Certaines ont été entièrement décimées en 2006, 2007 » déplore Roland Weibel. Pour remédier à ce parasite, des chercheurs sont allé chercher les gènes d’une abeille hygiénique, la primorski, qui en nettoyant les cellules de la ruche et en s’épouillant a su limiter son apparition. Reste la question non réglée des pesticides, notamment les « néonicotinoïdes » armes fatales aux pauvres ouvrières.  « En ville, l’impact est plus grave. Certains jardiniers amateurs ont tendance à mettre la dose. Heureusement, ça évolue un peu ». Malgré tout, Roland Weibel reste optimiste quant à l’avenir de ses protégées : « l’abeille nous survivra, j’en suis certain ».

 

All you need is « Punk Records »

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Quarante ans qu’il résiste encore et toujours à l’envahisseur. En revanche, Francis Kremer ne se bat pas contre de vils Romains, comme dans la mythique BD de Goscinny et Uderzo, mais contre de plus gros poissons. Punk records is not dead !1

« Punk records » est un bout de Camden Town en plein cœur de Nancy. Coincé entre deux restaurants, la boutique passe presque inaperçue, comme une faille spatio-temporelle au milieu de la rue. Pourtant, elle est là depuis 1975 et a remplacé le bric-à-brac d’un antiquaire par une collection hallucinante de galettes estampillées rock, blues, jazz, soul ou des disques compacts d’import. Et derrière ce lieu de résistance musicale se cache un sacré personnage : « l’irréductible Gaulois » Francis Kremer. « Je suis tombé dans la marmite dès l’âge de onze ans. En 1966, la radio française ne diffusait que du Johnny ou du Cloclo », pas vraiment la tasse de thé du bonhomme… « Heureusement, mon grand-frère m’a fait découvrir ce qui se passait de l’autre côté de la Manche, les Beatles et les Stones », reconnaît-il avec espièglerie. La vague anglo-saxonne a tout balayé. Une seule chose est restée : la passion du disquaire.

Punk à la racine

Sur la devanture en bois d’un bleu délavé, les lettres de l’enseigne se contorsionnent façon psychédélique. Mais où est le punk dans tout cela ? N’espérez pas être accueillis pas un propriétaire avec une iroquoise plantée sur la tête et des épingles à nourrice dans les oreilles. Francis Kremer, c’est plutôt cheveux longs attachés et petites lunettes rondes d’érudit du rock, celui qui passe son temps à dénicher des perles ou découvrir des groupes improbables. « En fait, au moment où je me suis installé le mot existait déjà. Au début des années 70, Yves Adrien, chroniqueur dans Rock & Folk, signait sous le nom de « Sweet Punk » puis d’ « Eve Punk ». Dans la chanson ʺflower punkʺ, sur l’album , Frank Zappa s’adresse à un hippie et le traite de punk (idiot en argot). Le terme ne désigne pas seulement The Clash et les Sex Pistols. Et puis Rock records n’allait pas ; l’autre alternative était plus branchée », se souvient-il.

Le vinyle, envers et contre tous

Pendant la tempête internet et MP3, il s’accroche aux vinyles et tient bon. « S’il en reste un seul à vendre, ce sera chez moi. Ce support a survécu grâce aux indépendants. Les maisons de disque leur abandonnaient des licences pour tirer quelques exemplaires en toute confidentialité. Aujourd’hui, elles font marche arrière et relancent leur production, quitte à engloutir les petits », déplore-t-il. Et dans son incroyable collection, le disquaire a quelques bon vieux crus oubliés comme les « Rupert’s people ». Pour lui, la musique ne reste pas confinée à la platine, elle s’écoute au grand air, en live. Au détour de la conversation, il se remémore en riant un concert exceptionnel du jazzman Sun Ra aux NJP : « lui habillé en égyptien entouré de ses saxophonistes qui commencent à partir tous en impro free jazz. Des mulots ont littéralement fui le chapiteau tellement c’était fort ». Plus qu’un irréductible Gaulois, Francis Kremer est un indécrottable punk, un « vaurien » en rébellion contre l’ordre musical établi. Seul la coiffure diffère. À bas les crêtes, bonjour les crêpes (de vinyle bien sûr) !

Punk Records, 27 rue des Maréchaux à Nancy. Tél. 03 83 36 79 56.
1 Allusion au slogan « Punk’s not dead », le punk n’est pas mort.

Meurthe-&-Moselle : La Toq’ de Bertrand Heckmann

Respectueux des classiques de la cuisine française, Bertrand Heckmann se livre essentiellement à travers les plats qu’il crée. Sans façon, avec sincérité, il offre aux gourmands nancéiens de jolis moments de plaisir dans son restaurant La Toq’.

Du plaisir à La Toq’

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Crédit Maxime H.

La carrière de Bertrand Heckmann est née sous de bonnes étoiles : celle d’une famille de gourmands mais aussi celles des établissements qui l’ont formé. À la tête de La Toq’ à Nancy, il compose une cuisine épurée mais non sans saveurs.

Pudique, Bertrand Heckmann ne se dévoile pas facilement. Pour le connaître mieux, il faut sans aucun doute se pencher sur une des assiettes de son restaurant La Toq’, situé en plein cœur de la vieille ville nancéienne. Tournedos de bœuf lorrain arrosé d’un jus aux truffes de Meuse ou sandre rôtie au beurre accompagnée de cresson et de grenouilles, chaque ingrédient est cuisiné avec simplicité, dans le respect de son caractère. « Je ne suis pas fan des émulsions, de l’azote à la mode cuisine scientifique. Comme beaucoup de chefs, je donne de l’importance aux bons produits. J’ai par exemple arrêté de cuisiner des escargots pendant dix ans car je ne trouvais pas un bon producteur régional. Aujourd’hui ils sont de retour sur la carte », insiste-t-il. Et ces délicieux et baveux gastéropodes, le cuisinier les a trouvés en Meuse grâce à Philippe et Marina Terlin au Château de Tusey.

Les vertus du changement

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Du « Lucas Carton » parisien d’Alain Senderens aux Crayères rémoises sous Gérard Boyer, Bertrand Heckmann a été formé à l’école « trois étoiles ». « Ça a renforcé mon sens de la rigueur… Même si je le possédais déjà : je suis Mosellan », souligne-t-il, plein de malice. Rigoureux donc, mais aussi aventureux, le chef modifie son menu toutes les semaines, de quoi surprendre sans cesse une clientèle fidèle à ces changements. Lorrain jusqu’au bout de la fourchette, il insiste pour intégrer à sa carte « une note régionale ». « Pourtant la cuisine lorraine n’est pas assez mise en avant. Elle est passée de mode et n’est plus forcément au goût des clients », regrette-t-il. Malgré tout il la distille par petites touches, suivant les saisons et les envies. La règle des trois saveurs le guide toujours dans ses choix, appuyée par une belle connaissance des classiques de la gastronomie française et le soutien de son équipe. Discret dans la vie, Bertrand Heckmann sait se faire remarquer grâce à sa cuisine.

Plus d’informations sur le site latoq.fr.

La tarte aux mirabelles de Lorraine par Bertrand Heckmann

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Comment évoquer la gastronomie lorraine sans parler de son fruit de prédilection. Le chef du restaurant La Toq’ s’est amusé à revisiter un classique des desserts régionaux : la tarte aux mirabelles. D’ordinaire couchées sur une pâte brisée ou feuilletée, ces dernières ont cette fois-ci pris un peu de hauteur dans cette composition aussi gourmande que sculpturale. Pour cette réinterprétation, Bertrand Heckmann marie le fruit doré et flambé à un feuilletage caramélisé et un appareil à base de mascarpone, d’alcool de mirabelles, de sucre et de zeste de citron vert. Aérienne, douce et très légèrement acidulée, cette tarte nouvelle génération pourrait bien mettre celle de nos grands-mères au placard.

Détail de la recette

  • Cuire une plaque de feuilletage et la caraméliser au four
  • Tailler des rectangles de 10 x 7 cm
  • Monter 125 g de mascarpone au batteur, 20 g de sucre glace, 20 g d’alcool de mirabelles et zeste de citron vert
  • Mettre cette appareil dans une poche à douille unie
  • Faire poêler vos mirabelles et les flamber à l’alcool
  • Disposer sur la plaque de feuilletage en intercalant l’appareil mascarpone

La Place Stan fête ses 260 ans

Malgré des siècles d’existence, la Place Stanislas a traversé les âges sans prendre une seule ride. Le 26 novembre dernier, ce bijou nancéien, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, a soufflé sa 260e bougie.

Fruit des songes d’un seul homme, le duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, la Place Stanislas fait aujourd’hui rêver les millions de promeneurs foulant ses pavés. Pourtant, elle n’a pas toujours été telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le cadeau de Louis XV

Tout commence avec le mariage de Marie  Leszczynska et le roi de France, Louis XV. Le roi de Pologne destitué devient alors un personnage important de la cour de France à Versailles. Cependant, Stanislas déteint quelque peu parmi les autres courtisans. Son gendre décide donc de lui trouver une occupation et lui met la Lorraine entre les mains. « C’est un véritable homme des Lumières. Il est soucieux de fonder une société idéale, dans laquelle le peuple pourra s’épanouir. Dans les années 1750, il se met en tête de construire une place Royale, à la mode dans d’autres villes européennes », raconte Florence Dossmann, de l’Office de Tourisme de Nancy.

Des bâtons dans les pilotis

En 1750, la ville vieille, médiévale et renaissante, et la nouvelle, développée sous Charles III au XVIe siècle, forment une sorte de « 8 ». « À la croisée des boucles, se trouvait une surface marécageuse, qui deviendra la place Stanislas », ajoute-t-elle. Mais la construction de cette dernière est loin d’être acquise : le duc de Lorraine se trouve empêtré dans la tutelle mise en place par Louis XV, surveillé par un intendant et des militaires français. Ceux-ci lui feront modifier plusieurs fois les plans de l’architecte Emmanuel Héré pour conserver un soupçon de système défensif ou pour tirer au canon. Ainsi, la nouvelle Place Royale, posée sur pilotis, sera ouverte, étirée aux niveaux des angles et possédera des grilles aérées pour dégager la vue. Les travaux débutent en 1752 et s’achèvent avec l’inauguration le 26 novembre 1755.

De la place Royale à la Place Stanislas

Au cour de son histoire, elle se dépouille de certains de ses atours, à l’instar de la statue de Louis XV enlevée à la Révolution. Elle portera aussi différents noms, de la place du Peuple en 1792 à la Place Napoléon sous l’Empire.  En 1831, elle prend son identité finale et accueille en son centre un monument en hommage à Stanislas le « Bienfaisant ». En 2005, après avoir été un parking puis un lieu de circulation automobile, la mairie de Nancy lui donne un coup de jeune. Les 250 000 pavés datant de 1958 sont enlevés, certains vendus pour partie au profit d’associations caritatives. Aussi rescapées, les fontaines de Barthélemy Guibal et les grilles de Jean Lamour ont retrouvé leur lustre d’antan. Et juste devant la statue de Stanislas, un pavé marqué d’une étoile signe l’emplacement d’une capsule temporelle enterrée en 2005… Espérons qu’elle aussi ait la même longévité que notre chère Place Stanislas.

Tous en piste pour les 30 ans du cirque Arlette Gruss

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Souvent, le cirque fait ressurgir les mêmes images vieillissantes comme celle du clown aux chaussures démesurées et à la veste aux couleurs criardes. En réalité, son univers ne se limite pas à une simple répétition de clichés ancestraux. Avec la création de son propre cirque, Arlette Gruss a su redonner aux arts circassiens leurs lettres de noblesse et les faire entrer dans l’ère moderne. Cette année, le cirque Arlette Gruss célèbre ses trente ans d’existence et de ténacité.

Le pari était risqué. Au début des années 1980, le paysage circassien est bouleversé et nombre de cirques défont leurs chapiteaux après un dernier tour de piste. Malgré une conjoncture difficile, Arlette Gruss et son époux Georgyka Kobann tentent l’aventure en créant le leur. Au passage, ils changent peu à peu certaines traditions usées. Désormais, le public devient le centre de toutes les préoccupations. Le chapiteau « Arlette Gruss » se fixe plus longtemps dans les villes, renoue avec les spectateurs et chaque année un spectacle nouveau est entièrement monté. Aux oubliettes ces numéros redondants qui ont éloigné le public du cirque, lassé de voir toujours les mêmes vieilles ficelles.

L’amour du cirque dans les veines

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Femme au caractère bien trempé, Arlette Gruss va bousculer bien des conventions notamment celles concernant le chapiteau. Comme une cathédrale avec ses contreforts, celui d’Arlette Gruss tient par la magie de câbles extérieurs, laissant au spectateur une vue dégagée de mâts intermédiaires sur la piste. En 1991, un orchestre accompagne les artistes dans leur tournée et propose une musique originale, taillée sur mesure. Mais avant tout, la force du cirque Gruss réside dans deux mots tout simples : « chaleur humaine ». Et cette dernière est distillée sur la piste grâce au travail de toute une famille, d’Arlette Gruss à la gestion, à son fils Gilbert à la direction artistique en passant par Georgyka Kobann à la logistique. Et le virus du cirque se transmet de génération en génération. Après Arlette, elle-même fille du maître écuyer Alexis Gruss (1909-1985), Gilbert et son épouse, l’artiste Linda Biasini-Gruss, la relève est assurée avec Kevin, acrobate de talent, et Laura-Maria dans son numéro équestre.

L’art au centre de la piste

Crédits Cirque Arlette Gruss

Et sur la piste, chaque soir, les artistes réécrivent sur la page blanche d’un spectacle toujours prometteur, toujours étonnant et bouleversant. Chaque talent est le fruit d’années de travail et d’une recherche artistique minutieuse de la part du cirque Arlette Gruss. Costumes, thème, musique, numéros, toutes les pièces du puzzle sont choisies avec soin pour continuer à « faire rêver » le public, selon les vœux de sa fondatrice. Au cours de ces trente ans d’existence, jamais « Arlette Gruss » n’a déçu l’attente des spectateurs. Les frissons, les rires, les pleurs aussi parfois, tous les ingrédients sont là d’année en année. En 2015 encore, le public va rire des facéties du clown, trembler face aux fauves tout en puissance et grâce, frissonner du plaisir de partager un moment suspendu, en dehors du temps. En trente ans, le cirque Arlette Gruss a réussi son pari : celui de marier cirque traditionnel et moderne, de créer une bulle de rêves circassiens. Le rêve continue.

cirque-gruss.com

« Écris l’histoire » repousse les limites

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Du 21 octobre au 1er novembre, le cirque Arlette Gruss installe son chapiteau sur la place Carnot et présente son spectacle anniversaire « Écris l’histoire ». Avec vingt-quatre nouveaux numéros, ses artistes repoussent encore les limites, de la physique et de la magie. En avant-goût voici trois numéros qui risquent de vous remuer les sentiments. Place au cirque !

« Un grand huit mais à neuf » par Globe of Speed

Crédits Cirque Arlette Gruss

Huit motos tournant à pleine vitesse dans un seul et même globe, voilà l’exploit réalisé par des motards colombiens d’un genre un peu particulier. En 2011 et 2012, ils pétrifient les spectateurs du cirque Arlette Gruss de peur et d’excitation mélangées. Pour ce 30ème anniversaire, ils reviennent avec un surcroit d’audace puisqu’une neuvième bécane s’ajoute à cet ensemble vrombissant.

« Une envolée colorée » par Antonio Zatta

Crédits Cirque Arlette Gruss

Éléphants, fauves, caniches ou chevaux sont les animaux les plus populaires du cirque. Antonio Zatta n’a pas suivi une voie classique avec ses dix perroquets éclatants et superbes dans leurs plumages multicolores. Parmi ceux-ci, Cristal, l’ara « ararauna » bleu et jaune, ou Ricky, rouge, vert et bleu, feront marcher l’artiste italien à la baguette. À moins que ce ne soit l’inverse…

« Majestueux jusqu’au bout des griffes » par Emmanuel Farina

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Crédits Cirque Arlette Gruss

Que serait un spectacle de cirque sans ses fauves ? Tout en reprenant le numéro traditionnel, le jeune dompteur italien Emmanuel Farina change la donne. Les fauves qui l’accompagnent sur la piste ont tissé une relation étroite, presque « filiale » avec leur dresseur. Après les avoir nourrit au biberon, Emmanuel Farina s’amuse avec ses compagnons de jeu pendant le spectacle. Un instant de complicité à ne manquer pour rien au monde.

Enfants de la balle

Avec sept générations d’artistes circassiens, la famille Gruss n’a rien à envier aux autres dynasties du cirque. Aujourd’hui les enfants et petits-enfants d’Arlette Gruss continuent à faire vivre son idée du cirque. Parmi eux, Kevin, vingt-sept ans, et Laura-Maria, seize ans, nous font découvrir leurs univers et évoquent leur grand-mère. Interview croisée.

Qu’est-ce que ça représente d’être « un enfant de la balle », d’être né(e) dans une famille aussi célèbre et populaire que celle des Gruss ?

Kévin Gruss :
Finalement, mon enfance ressemble à celle de beaucoup d’autres enfants : je suis allé à l’école, j’ai joué… C’est une enfance normale. La seule différence est que l’on a des animaux et que l’on s’entraîne. J’ai commencé à aller sur la piste entre 8 et 10 ans. J’ai un peu tout essayé et finalement j’ai choisi l’acrobatie. Aujourd’hui j’en suis à mon quatorzième numéro. Je veux pouvoir faire comme mon père et comme ma grand-mère, prendre leur relai.

Laura-Maria Gruss :
L’univers du cirque est toute ma vie. J’y suis née et très tôt j’ai senti l’envie, le besoin de participer au spectacle. J’ai insisté pour réaliser un numéro comme les grands. Je disais sans cesse à papa « je veux faire comme toi, maman et mon frère ». Depuis toute petite, je suis attirée par les chevaux ; je suis restée des journées entières avec eux dans les écuries ou à regarder mes parents les entraîner. Et puis à six ans, pour Noël, j’ai voulu un poney en peluche. Le 25 décembre au matin, mon père m’a dit d’aller dans les écuries et là, six petits poneys m’attendaient. C’est ainsi que j’ai commencé. Mon plus grand rêve serait de prendre la relève de ma grand-mère.

Parlez-nous un peu du numéro que vous présentez pour les 30 ans du cirque Arlette Gruss ?

Kévin Gruss :
Pour « Écris l’histoire », j’ai proposé plusieurs thèmes à mon père. Puis je lui ai parlé d’un numéro de street workout, de la musculation de rue. La discipline existe depuis une dizaine d’années mais n’avait jamais été intégrée à un spectacle de cirque. On est les premiers à le faire. Au début, mon père me disait « tu es fou, tu ne vas jamais y arriver ». Et puis à force de répéter, de travailler, mon partenaire, Ludo, et moi y sommes parvenus. Au final, notre numéro s’inspire des mouvements du street workout, comme les figures de force, mais s’en éloigne aussi avec des sauts périlleux et d’autres choses.

Laura-Maria Gruss :
Cette année est un nouveau challenge pour moi. J’ai reçu en cadeau huit nouveaux frisons, qui ont cinq ans. Mon oncle [N.d.A. : Lucien Gruss] les a dressé pendant un an et demi. Or, il leur faut trois ans pour être pleinement dressés. Jusqu’à présent je présentais le numéro. Cette année j’apprends aussi les secrets du dressage. Pour que le numéro soit réussi, je dois passer beaucoup de temps avec les chevaux. Ce sont des animaux compliqués : une confiance doit s’instaurer entre eux et moi. Si je le pouvais, je dormirais même avec eux. En ce moment, je prépare aussi le spectacle de l’an prochain tout en continuant de travailler celui de cette année.

Le cirque Arlette Gruss a trente ans. Comment voyez-vous son avenir ?

Kévin Gruss :
On a beaucoup évolué en trente ans et on ne demande qu’à évoluer encore. Bien sûr, se renouveler peut être difficile. Cela étant, mon père cherche toujours de nouvelles idées, des numéros différents. Cette année pour l’anniversaire, il y a des numéros exceptionnels comme celui des motards ou des perroquets.

Laura-Maria Gruss :
L’avenir, je le vois encore plus grand avec encore plus de spectateurs. J’aimerais qu’on parle de nous dans le monde et que cela modifie l’image du cirque dans l’esprit du public. Les gens ne retiennent par exemple que les problèmes avec les animaux. On est différents. Pour nous, ils sont très importants. Sans eux on n’a pas de raison d’être et c’est la même chose avec les spectateurs. On les aime et on les respecte les uns comme les autres.

Quel souvenir avez-vous de votre grand-mère ?

Kévin Gruss :
Je ne peux pas en choisir un en particulier. J’avais des liens très forts avec elle. Tous les matins après le réveil, j’allais prendre le petit-déjeuner avec elle. Elle allait aussi me voir en piste. Même si elle n’est plus là aujourd’hui, elle est toujours dans mon esprit quand je travaille. Et tous nos choix actuels sont orientés par sa vision de départ : un cirque entre tradition et modernité.

Laura-Maria Gruss :
Je passais beaucoup de temps avec elle et quand il y avait un problème avec le cirque, un artiste ou autre, elle avait toujours une solution. Et puis, elle m’a très souvent dit « si tu veux grandir et faire ton travail comme il se doit, il faut respecter le public ». Cette phrase nous guide tous, tous les jours. Le cirque est une passion familiale.

Impostures 2 : Romain Dutreix rétablit la vérité

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Le monde de la BD est bouleversé : un dessinateur intrépide s’en est pris pour la deuxième fois à des personnages franco-belges reconnus. Nul blessé n’est à déplorer mais une expo-vente retrace l’affaire à coup de dessins originaux. Jusqu’au 7 novembre, la libraire La Parenthèse présente les « Impostures 2» de Romain Dutreix. Attention, à ne pas mettre dans les mains d’un défenseur acharné d’Hergé ou d’Hugo Pratt !

De qui se moque-t-on au pays de la bande-dessinée ? Rahan est toujours tiré à quatre épingles, même après un combat contre des méchants sales et poilus. Véritable auteur de l’expression « J’en parlerai à mon cheval », Lucky Luke tape régulièrement la causette à sa monture et n’a encore jamais été interné en hôpital psychiatrique pour cette bizarrerie. Et Corto Maltese, le romantique avec les cheveux dans le vent, n’a jamais reçu une seule fois dans sa vie d’excrément de mouette sur le coin de sa casquette. Tout cela est très étonnant. Le dessinateur Romain Dutreix a porté secours aux lecteurs désemparés. Sorti en 2013, « Impostures » rectifiait déjà le portrait de légendes de la BD comme Astérix, Spirou et consorts. Joie des bédéphiles, le deuxième volume est paru le 16 septembre dernier aux éditions Fluide Glacial. Cette fois-ci, il règle le sort d’autres piliers de bédéthèque comme Tintin ou Gaston Lagaffe.

Scrupules

L’idée d’un recueil de parodies en chaîne lui a été suggérée par Thierry Tinlot, rédacteur en chef de Spirou puis de Fluide Glacial jusqu’en 2011. « J’avais déjà croqué un certain petit Belge à la houppette et la perspective d’en imaginer d’autres m’a plu », raconte Romain Dutreix. Dans cet élan, l’artiste fait sa propre liste des célébrités à déboulonner gentiment. Dans ce second tome, le dessinateur applique le même procédé que pour le premier. « Je ne me mets pas de limites. La seule qui peut exister est la pertinence. Pour la respecter, j’ai une méthodologie proche du scientifique : je tire sur la ficelle et je vois où ça me mène. Une fois arrivé au bout, j’observe les réactions, les résultats de mon expérience. Plus l’univers est marqué, plus l’exercice est drôle », détaille-t-il. Certains intouchables de la BD en prennent pour leur grade, à l’instar de l’impeccable brushing de Rahan.

Personnages en liberté

S’en prendre à des figures tutélaires du neuvième art franco-belge aurait pu lui causer nombre de soucis, comme des lancers d’« Aventures de Tintin » par des fans enragés. Étonnamment, les parodies ont su toucher les grands enfants dormant dans chaque lecteur. Haddock, Gaston et compagnie ont même l’air de s’être libérés, voire émancipés, sous le crayon de Dutreix. Quant à savoir s’il y aura un troisième opus, l’auteur n’affirme ni ne dément. Il ne reste donc plus qu’à se jeter sur les deux premiers exemplaires et les déguster à volonté. L’abus de parodie est bon pour la santé.

Expo-vente des originaux de Dutreix pour « Impostures 2 », du 11 septembre au 7 novembre à La Parenthèse (19 cour des Arts – Nancy). Séance de dédicaces avec Romain Dutreix le samedi 26 septembre.

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Coq’n’roll

JOCHEN LEUF UND BAND

JOCHEN LEUF UND BAND

Accrochez vos moumoutes et préparez-vous à être décoiffés : un vent de jeunesse va souffler sur l’Autre Canal. La relève musicale de la Grande Région s’y produira pendant la Multipistes Showcase Night le jeudi 28 mai prochain. Du hip hop au hard rock/fusion, six groupes montrent de quelle guitare ils se grattent.

La musique transcende les frontières. Cela, le programme Multipistes l’a bien compris et réunit depuis 2012 neuf opérateurs de la Grande Région (Belgique, Allemagne, Luxembourg et Lorraine) au sein d’un même réseau pour la valorisation des musiques actuelles. Aider de jeunes groupes à émerger et renforcer leur projet tel est leur objectif. À l’instar de la BAM à Metz, de La Souris Verte à Épinal ou du Rockhal au Luxembourg, l’Autre Canal s’est transformé en mère poule musicale, protégeant les poussins de la scène de demain et accompagnant ceux déjà professionnels, en recherche d’un coup de patte ponctuel.

Petits poussins deviendront grands

THOUGHTS OF THE 4 - Noah Fohl Photography

THOUGHTS OF THE 4 – Noah Fohl Photography

D’ailleurs le dispositif se scinde en deux avec, d’un côté, une couveuse réservé aux musiciens en cours de professionnalisation, et de l’autre, la pépinière pour ceux qui sont déjà bien lancés comme MeLL, Chapelier Fou ou Fergessen. « Chaque année une nouvelle promotion est sélectionnée pour participer à la couveuse Multipistes, avec un groupe par structure. Ensuite pendant neuf mois, les musiciens du programme explorent tous les aspects du métier : la scène, les enregistrements, les arrangements son, la communication. Et en parallèle, ils donnent des concerts dans la Grande Région, dans les salles des opérateurs du réseau Musiques Actuelles et chez des partenaires », explique Marie Baron, chargée de la communication sur ce projet. Pas Caliméro mais plutôt Phoenix déployant leurs talents, les six groupes de cette année montrent la diversité de la scène en formation.

Chez poulette

YOUNG ICE'S BABE

YOUNG ICE’S BABE

Le jeudi 28 mai prochain, tous se retrouvent au 45 Boulevard d’Austrasie pour un spectacle de fin d’année, le côté école en moins. Les punchlines percutantes trempées de rage du MC vosgien Young Ice’s Babe, dit YIB, se mesureront aux rifs lourds du quatuor mosellan hard-rock/fusion Dust N’ Blast, aussi versatile qu’un morceau de TNT. Le folk sucré de Jochen Leuf affrontera les deux rockeurs nancéiens Roger et Daron des Dead Stereo Boots, qui eux vous feront danser le « bougie woogie » avant la prière du soir. Puis, pour finir ce tour de la scène musicale du Grand Est, le rock des Luxembourgeois de Thoughts of the 4  se frottera au quintet allemand post-hardcore de Flares, déjà vus sur scène en première partie de groupes tel que Caspian. Et comme l’omelette musicale ne peut se réaliser qu’en cassant quelques oeufs, gageons que ceux qui se briseront le 28 mai à l’Autre Canal laisseront s’échapper des oiseaux prometteurs. Let’s coq’n’roll !

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Multipistes Showcase Night à l’Autre Canal le 28 mai à 20h30, entrée libre. Infos : http://multipistesnetwork.eu/ et http://www.lautrecanalnancy.fr/.

Mousson d’hiver : le théâtre en ébullition

Next Day - Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim - Crédits Martin Argylogro

Next Day – Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim – Crédits Martin Argylogro

Du 23 au 28 mars, un vent de jeunesse souffle sur la Lorraine avec la douzième édition de la Mousson d’Hiver. À la Manufacture et à l’Opéra national de Lorraine à Nancy, à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson, le théâtre se réinvente à travers de jeunes comédiens, lycéens et étudiants, et des auteurs contemporains, représentants d’une écriture européenne plurielle. À vos fauteuils ! Prêts… écoutez et regardez.

Le théâtre est un art polymorphe, en perpétuelle évolution selon les cultures, les époques et les écritures. Loin des classiques parfois rigides et intimidants, la Mousson d’Hiver lui donne un coup de jeune chaque année, portée par la MEEC (Maison Européenne des Écritures Contemporaines) et son directeur artistique Michel Didym. Cette année, du 23 au 28 mars, plus d’une dizaine de textes sera mise en lumière et s’adressera à un public jeune, en âge et en valeur. Suisse, Écosse, Angleterre, ces rencontres théâtrales invoquent des auteurs européens mais traversent aussi l’Océan Atlantique à la recherche de trésors littéraires américains (États-Unis, Québec).

Derrière la scène

Journée de la Jupe © Felix Grünschloß

Journée de la Jupe © Felix Grünschloß

La Mousson d’Hiver est aussi une histoire de transmission entre des comédiens ou metteurs en scène professionnels et un jeune public qui, le temps d’ateliers et de représentations, passe de l’autre côté du fauteuil, sur scène. La manifestation ne se contente pas de vous montrer la face visible du théâtre. Elle va aussi explorer ses coulisses grâce aux lectures et mises en espace. Les 23 et 24 mars, dans le décor privilégié de l’Abbaye des Prémontrés, lycéens et étudiants restituent le fruit d’un travail de trois mois. « The Killer in me is the killer in you my love » d’Andri Beyeler, « À vif » d’Isabel Wright ou  « Ces filles-là (Girls like that) » d’Evan Placey appartiennent à ces textes contemporains qui parlent à et de la jeunesse, sans la magnifier, avec justesse et nuance. D’accès gratuit, ces rencontres ouvrent une porte sur chaque pays, chaque auteur et éclaire aussi notre propre rapport aux autres, à nous-mêmes.

Voir l’avenir

Next Day - Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim - Crédits Martin Argylogro

Next Day – Philippe Quesne, Paris / CAMPO, Gent. Nationaltheater Mannheim – Crédits Martin Argylogro

En parallèle, des spectacles viennent colorer la manifestation de leur richesse. Les rencontres théâtrales de la MEEC promettent de beaux voyages, avec notamment deux pièces emblématiques : « Next Day » et « La journée de la jupe ». Dans « Next Day », le réalisateur Philippe Quesne demande à treize enfants de huit à onze ans d’imaginer leur avenir et de le faire vivre sur scène. Résultat : ces jeunes artistes aux multiples talents de danseurs, musiciens ou plasticiens se mettent dans les costumes de super héros et viennent à la rescousse d’un monde futur inventé. Joué pour la première fois à la Mousson d’Hiver, ce spectacle ludique et réjouissant embarque grands enfants et petits adultes dans un voyage temporel et imaginaire, dans une enfance pleine de possibilités.

Décoder le présent

La manifestation maintient l’équilibre entre l’imagination propre à la jeunesse et son étude presque radiographique. « La journée de la jupe » participe à ce dernier travail. Écrite par Nurkan Erpulat et Jens Hillje, adaptée du film de Jean-Paul Lielienfeld, la pièce décrypte notre société actuelle à travers plusieurs filtres que sont les questions de l’intégration, de la violence et de la morale. Interprétée ici en allemand (surtitré), en collaboration avec le « Badisches Staatstheater » de Karlsruhe, l’œuvre intègre des problématiques communes à tous les pays européens et tente en même temps de les désamorcer. La Mousson d’Hiver offre un espace de réflexion et de projection pour les auteurs contemporains mais aussi pour le public. Entre les spectacles, les lectures ou les rencontres, elle effeuille aussi en douceur le théâtre d’aujourd’hui et de demain.

Informations, réservations Théâtre de la Manufacture – Nancy / 03 83 37 42 42 / location@theatre-manufacture.fr. Le spectacle « Forbidden di sporgersi » est déjà complet.

Dans la tête

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