U4, l’acier sublimé

©Tous-les-Soleils-ADAGP-Claude-Lévêque-2006

Tous les soleils – Crédit ADAGP Claude Lévêque

Ouvert au public en 2007, le Parc du Haut-Fourneau U4 d’Uckange est un lieu de mémoire autant que de vie. Le site est aussi un symbole fort d’une reconversion industrielle réussie.

 Le « Texas français » n’est plus. Dans ce coin de Lorraine, pendant des siècles, les minerais ont été remontés des sous-sols saignés aux mille veines, aussitôt avalés par des monstres en ferraille. En surface, les usines étaient autant de poumons à vif et palpitants. Telles des gueules voraces, les laminoirs engloutissaient puis recrachaient l’acier fondu, rouge puis or. Un fleuve infernal qui faisait pleuvoir des « -anges » : Florange, Hayange, Uckange… Le Val de Fensch, autrefois décor d’une industrie sidérurgique florissante, pourrait ressembler aujourd’hui à une Vallée de la Mort. Pourtant, nuls squelettes d’animaux fossilisés ici : seuls restent ceux des usines, fermées les unes après les autres au fil des décennies. Les hauts-fourneaux aussi, dinosaures involontaires d’un âge d’or révolu, ont presque entièrement disparu. Mais au lieu d’une vallée désolée, les visiteurs découvrent un espace où la verdure reprend du terrain et où le soleil, quand il pointe son nez, n’est plus voilé par les fumées des usines. Et ce patrimoine brûlant continue à exister en partie grâce au tourisme industriel. Uckange est un de ces résistants de la première heure. Dès 1989, à l’annonce de sa fermeture imminente, les ouvriers et syndicats se rebellent. Grèves, négociations ne sont que les génériques d’une fin inéluctable. Les derniers hauts-fourneaux en activité expirent en 1991. Mais Uckange a encore des ressources en réserve.

Résistance

6©service-communication-CAVF

Visites du parc U4 – Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Fondée entre 1890 et 1900 par les Stumm, industriels sarrois, l’usine est une des rares à avoir été conservée presque entièrement en l’état avec sa haute cheminée de 82 mètres et sa halle de coulée récemment restaurée. « Après l’arrêt de l’activité sur le site, nous étions partagés entre plusieurs solutions : soit laisser le haut-fourneau restant comme un totem et détruire le reste, soit garder différents éléments pour perpétuer la mémoire et l’histoire de l’usine », reconstitue Lucie Kocevar, vice-présidente à la culture, au patrimoine et au tourisme au sein de la communauté d’agglomération « Val de Fensch », aujourd’hui propriétaire de ce trésor régional. En 2001, le site est finalement classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et une nouvelle ère s’ouvre. Il a fallu tout de même une bonne dose de persévérance pour mener ce projet de « renaissance » à bien. « Dans le secteur sidérurgique, personne n’était vraiment habitué à parler de patrimoine industriel et l’idée de le conserver pouvait sembler incongrue  », note Lucie Kocevar. Dans la région, les mines avaient déjà su capitaliser sur leur histoire ; les Hauts-Fourneaux pas encore.

Fierté redorée

jardin-des-traces-©-R.-Jacquot

U4 Crédit Communauté d’Agglomération du Val de Fensch

Uckange est à ce jour le seul exemple d’usine à fonte transformée en musée vivant. En lieu et place de guides conférenciers, des anciens sidérurgistes font découvrir leur univers à plus de 30 000 visiteurs annuels. « Ce que j’aime à Uckange, c’est transmettre mes connaissances sur un métier qui n’existe plus. Pendant plusieurs siècles, il a pourtant fait vivre la Lorraine et indirectement a contribué à reconstruire la France d’après-guerre », explique Jean Larché, président de Mécilor, l’association chargée des visites guidées du Parc du Haut-Fourneau U4. Et les neuf bénévoles partagent plus que des détails techniques : ils sont parmi les derniers témoins de ce territoire où Polonais, Italiens, Algériens et tant d’autres migraient afin de trouver un moyen de subsistance, construire une nouvelle vie. Du reste, chaque usine formait presque un second foyer. « Les sidérurgistes s’attribuaient leur usine. Pour ma part, j’étais à Hayange. Lorsque j’y suis retourné récemment j’ai eu un pincement au cœur. Nous n’avons pas beaucoup d’anciens d’Uckange. Ceux qui ont travaillé ici et qui effectuent les visites ressentent certainement la même nostalgie », précise Jean Larché.

Évol’U4

EVOLU4-jardin-HL-architectes

EVOL’U4 jardin – Crédit HL Architectes

Toujours oscillant entre passé, présent et futur, le Parc du Haut-Fourneau U4 se dessine depuis 2011 une carrure plus étoffée avec le lancement du projet Evol’U4. Sur ces 12 hectares, plus 5 autres dédiés au Jardin des Traces, la communauté d’agglomération du Val de Fensch fait pousser les initiatives comme autant de fleurs. Outre une programmation culturelle de plus en plus intensive et riche, le site est devenu le lieu d’installation du centre de recherche public Métafensch, destiné à faire naître les aciers de demain. L’exposition mise en place par l’association Mécilor quittera, quant à elle, son chapiteau pour un espace plus permanent dans les bâtiments des anciens bureaux de l’usine. La halle de coulée est désormais accessible au public via des passerelles et a été valorisée par une mise en scène de l’artiste Claude Lévêque, déjà intervenu sur U4 avec son œuvre « Tous les soleils ». Et puis, si une partie de son histoire est à valoriser, une autre doit disparaître. Dans les sols, l’activité éteinte de l’usine a laissé des traces de fuel, soude ou chaux. Avec la création d’un jardin dépolluant, mêlant recherche scientifique et action écologique, U4 mise définitivement sur le vert et efface la triste image passée de cette vallée mosellane.

Fleurs de friche

 

jardin-des-traces-©-R.-Jacquot

Jardin des Traces – Crédit R. Jacquot

Entretenus par Chrysopée, les 5 hectares du Jardin des Traces dans le Parc du Haut-Fourneau d’Uckange font pousser la mémoire ouvrière autant que les belles plantes. Olivier Clause, président de l’association, nous fait faire le tour du propriétaire.

Un jardin sur une friche industrielle, qu’est-ce que cela implique ?

L’installation a été très compliquée car le terrain est hostile. Il y avait plus de deux mètres d’épaisseur de pierres de ballast, à l’origine utilisées pour le chemin de fer, ou de fondations de bâtiments. Pour planter un arbre, il faut un marteau-piqueur ou un burineur. Il existe aussi deux endroits interdits d’exploitation à cause de la pollution des sous-sols, notamment au fuel lourd. En matière environnementale, nous avons donc misé à travers le Jardin des Traces sur des expériences vertueuses. Ainsi, pour l’entretien, nous avons opté pour un engrais bio produit grâce à des composteurs et nous avons aussi un coq et deux poules.

Quelles réflexions vous ont guidé dans la mise en œuvre de cet espace ?

Aujourd’hui le Jardin des Traces est en fait l’association de trois espaces différents : le Jardin de l’Alchimie, le Jardin du Sidérurgiste et le Jardin des Énergies. Au départ, nous ne savions pas si cela allait être un parc ou plutôt un jardin. Nous avions donc seulement ajouté un peu de terre ou de gazon, passé le burin à quelques endroits. Au fur et à mesure le projet s’est enrichi, l’espace aussi et nous avons mis en scène les hectares à notre disposition. Notre premier choix était de nous orienter vers des plantes qui se plaisent sur des terrains difficiles, graminées ou sédums. Peu à peu, d’autres espèces sont venues enrichir la collection, plus colorées, plus sympathiques. Désormais nous arrivons à y faire pousser presque tout, des palmiers aux légumes.

Retrouvez toutes les informations sur le Jardin des Traces ici : jardindestraces.fr

Dans la tête

Stats du Site

  • 28,686 visites
Follow Le Grand Shiva Rit on WordPress.com