Bussang : un théâtre popul’art

tdp parc - Crédit Eric Legrand

Théâtre de Bussang – Crédit Eric Legrand

C’est un endroit inspiré où théâtre rime avec populaire et exigence. Avant de lancer ses Estivales 2016 en juillet, ce lieu mythique se laisse visiter tout au long du mois de mai. Suivez le guide !

Au XVIIème siècle, le théâtre était un genre éminemment populaire, un lieu de vie. Les spectateurs face à certaines représentations donnaient de la voix, haranguaient les comédiens, s’appropriaient ce qui se jouait sous leurs yeux. Au fil du temps, dans l’esprit du public, cet espace ouvert et cosmopolite est devenu sans le vouloir plus élitiste. Il en est un où cet art appartient toujours au peuple : le théâtre de Bussang dans les Vosges, créé par Maurice Pottecher au XIXème siècle.

La nature pour horizon

theatre Crédit DR

Crédit Jean-Jacques Utz

La première représentation a lieu en 1895 sur une scène construite à flanc de montagne et complétement ouverte sur l’extérieur. Pour jouer sa propre pièce, Le Diable marchand de goutte, Maurice Pottecher embauche comme comédiens les membres de sa propre famille, des habitants du village et des ouvriers des usines voisines. Dès lors, le fondateur de ce nouveau temple du 6ème art, n’aura de cesse d’appliquer sa philosophie à ses créations suivantes : « un théâtre à la portée de tous les publics, un divertissement fait pour rapprocher les hommes et gommer les clivages sociaux et culturels ». Le Théâtre de Bussang prend peu à peu forme, épousant celle d’un chalet ou d’une grange en bois et conservant jusqu’à aujourd’hui une ouverture vers la forêt en fond de scène. Quant à la programmation, elle continue d’être aussi éclectique, mêlant amateurs et professionnels, Pottecher, Shakespeare et Molière et d’autres auteurs contemporains.

Visites guidées les dimanches et mardis à 10h30 et sur réservation pour les groupes. Contact : 03 29 61 62 47 / info@theatredupeuple.com. Tarif : 3 € (gratuit – 12ans). Site : theatredupeuple.com.

 

Vosges : Les Jardins de Sophie d’Hervé Cune

La cuisine d’Hervé Cune est un peu comme les montagnes hérissées de sapins qui entourent son restaurant gastronomique : simple, intense et profonde. Sublimant son terroir natal, le chef a réinterprété la soupe au caillou, un met digne d’un conte de fée.

Le remake de la soupe aux choux

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PC

Amoureux du terroir lorrain et plus particulièrement vosgien, Hervé Cune à déjà redonné ses belles saveurs aux bouchées à la reine. Afin d’inaugurer 2016, il s’attaque à la « soupe au caillou », dite aussi « aux choux ». Son histoire est bien plus vieille que le costume bariolé de Jacques Villeret dans le film du même nom.

Des légumes sacrifiés et un caillou sauvé des eaux

Un moine arrive un jour chez des paysans qui lui refusent alors la charité. Le religieux vagabond s’empare d’un caillou, leur annonce qu’il souhaite réaliser un « bouillon de pierre » et leur demande seulement une marmite. Puis petit à petit, le frère négocie l’accès au feu, un peu de sel, un morceau de lard, du chou et du saucisson fumé. Enfin la soupe aux choux pointe le bout de ses feuilles au fond de la cocotte. Le cuisinier se régale de sa production sous les yeux de ces hôtes involontaires, ne laissant que le caillou au fond de la marmite. « Et la pierre ? », demandent-ils. « Je vais la laver et l’emporter pour une autre fois ». Ainsi le caillou fit de jolis voyages et le moine n’eut plus jamais faim, usant de cette stratégie auprès d’autres réticents.

Explosion de saveurs et de couleurs

Pour sa part, Hervé Cune a installé pour cette roche miniature un nid douillet au creux d’une assiette à soupe. Caressée par un bouillon de crustacé monté avec un beurre d’escargot pour lui « donner du peps’ », elle s’assortit d’un ensemble vitaminé de céleri rave, de carottes, de pommes de terre et de choux. Pour parfaire ce bel assortiment, le chef l’a surmonté d’une queue d’écrevisse saisie à la plancha. Les légumes encore croquants se succulent sans façon.Un pure délice à savourer les soirs d’hiver, agrémenté de Saint-Jacques ou de lard en fonctions des envies. Il ne vous reste plus qu’à trouver votre parfait caillou !

Les effets de surprise d’Hervé Cune

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Hervé Cune @DR

Depuis 2007, Hervé Cune fait chanter le terroir dans les « Jardins de Sophie ». Pour ce touche-à-tout, le chemin vers la gastronomie a été semé d’expériences multiples mais toujours à proximité de grands espaces, si cher au chef étoilé.

Si la cuisine est toujours une histoire de passion, cette dernière se construit parfois à force de volonté et de patience. Hervé Cune le sait plus que tout autre. Cet enfant de famille nombreuse aurait plutôt été porté vers une carrière de pâtissier mais la vie lui a joué un joli tour. « Je n’étais pas forcément destiné à la pâtisserie. J’ai suivi mes deux frères aînés dans cette branche », note avec humour ce faiseur d’étoile vosgien. À 19 ans, à peine délivré du service militaire, le voilà saisonnier. Pendant deux à trois ans, il alternera les étés les mains dans la terre, comme horticulteur, et les hivers le nez dans les casseroles de l’Hôtel Les Vallées à La Bresse.

Une gastronomie des grands espaces

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DR

Hervé Cune se passionne pour cet univers rude où la vie se grignote à cent à l’heure. « En pâtisserie, tout est très cadré : il faut suivre la recette dans les moindres détails. Les coups de feu, la pression du service n’existent pas. Et puis j’ai côtoyé des gens passionnés. Forcément ça donne envie », ajoute-t-il. Après Thonon et Annecy, il fait ensuite escale à Saint-Bonnet-le-Froid en Haute-Loire où il apprend au côté de Régis Marcon, à l’époque déjà récompensé par « un macaron » : « il m’a fait aimé une cuisine simple mais goûteuse, en laissant les produits s’exprimer sans fioritures, en respectant leurs particularités gustatives ». Après cette étape formatrice, il retourne finalement à ses premières amours et ce territoire vosgien ouvert et apaisant. Ici, Hervé Cune a trouvé le lieu idéal pour exprimer ses talents. « Il me faut de l’espace pour créer. Et puis ici, il n’est pas utile d’aller loin chercher loin de bons produits ; ils sont à portée de main ».

L’étoile sur le gâteau

Officiant au Grand Hôtel ou au Manoir au Lac à Gérardmer, il prend les commandes de son propre restaurant en 2007 avec « Les Jardins de Sophie ». En 2013, une étoile vient consacrer le travail de plusieurs année, la première depuis trente-six ans dans le département. Avec discrétion mais volonté, Hervé Cune a su conquérir nos papilles en toute simplicité. Dans l’assiette, les produits de saison se livrent sous leur vraie nature, relevés de jus ou bouillons légers et d’une garniture colorée, inventive mais toujours composée dans le respect des saveurs. Quant au terroir lorrain, il aime le revisiter à sa manière, ressuscitant des mets oubliés comme le pigeon, l’une de ses spécialités.

Les Jardins de Sophie est un hôtel quatre étoiles doté d’un espace spa et détente et propose aussi tout au long de l’année des formules pour les séminaire. Elle intègre le restaurant gastronomique étoilé d’Hervé Cune. Plus de renseignements au 03 29 63 37 11 et sur hotel-jardins-sophie.fr • Domaine de la Moineaudière, Route du Valtin à Xonrupt-Longemer.

Un été à Épinal

Christine Tavernier Elisabeth del Génini © JF Hamard

Christine Tavernier Elisabeth del Génini © JF Hamard

Capitale vosgienne, Épinal se cache trop souvent derrière sa frange d’arbres et de végétation. Christine Tavernier, directrice de l’Office de tourisme de la ville, et Élisabeth Del Genini, sa présidente, nous dévoilent ses précieux secrets.

Quelle image souhaiteriez-vous que les touristes aient d’Épinal après leur séjour ou visite ?

C. T. : J’aimerais que les visiteurs repartent avec l’image d’une ville facile et agréable à vivre mais aussi d’une capitale sportive.

E. D. G. : On nous dit souvent que c’est une ville surprenante et finalement j’aime que les gens aient cette impression. Épinal est une ville d’équilibre. Elle est à la fois riche de son passé et remarquable en termes d’offre touristique moderne et dynamique.

Les objectifs que l’Office de tourisme s’est fixés ont-ils été atteints ? L’image d’Épinal a-t-elle évoluée ?

C. T. : Nous avons mis l’accent sur trois axes de développement : le patrimoine, les offres pour les cyclistes et celles pour les randonneurs. Aujourd’hui notre stratégie porte ses fruits. Mais il n’y a pas que l’Office de tourisme qui y travaille. La Ville, la Communauté d’Agglomération, le Pays et de nombreuses associations locales organisent des manifestations toute l’année. Grâce à cela, on entend de plus en plus parler d’Épinal.

E. D. G. : L’image de la ville a beaucoup évolué. En vingt ans, elle est sortie d’une image marquée par les problématiques de la fin de l’industrie textile. Elle a su rebondir grâce à ses atouts économiques et touristiques. Dans le même temps, elle a été complétement modifiée grâce à des embellissements multiples et toutes sortes d’aménagements favorisant la pratique du sport, dans une nature privilégiée.

Si vous deviez qualifier votre cité en trois mots ou formules ?

C. T. : Je dirais qu’elle est avant tout à taille humaine. Et puis, j’ajouterais « proche de la nature » et très « animée » : personnellement, je peux faire quelque chose de différent presque chaque soir.                                 

E. D. G. : Je parlerais d’une qualité de vie à partager, de son dynamisme grâce à toutes ses animations tout au long de l’année et puis de la nature omniprésente.

La voie verte dite « Charles le Téméraire » concrétise le rêve de ce dernier de relier les actuels Pays-Bas à la Bourgogne en passant par la Lorraine. Elle longe aussi le canal des Vosges et transite par Épinal. Dans ce cadre l’idée de voir la ville se transformer en capitale de la nouvelle région ALCA est-elle si saugrenue ?

C. T. : J’ai peur que la compétition soit féroce et que nous ne faisions pas le poids car souvent les grosses villes sont privilégiées. Après, pourquoi pas ? Si bien sûr la taille ou le nombre d’habitants n’est plus déterminant. Je serais déjà contente de voir la voie verte arpentée en vélo par des touristes venus de loin, Flamands, Bourguignons ou autres. Mais déjà on sent une différence : nous avons plus de cyclistes itinérants la prenant de bout en bout.                                                                             

E. D. G. : Nous éliminerions Nancy, Metz et Strasbourg ? Nous allons devoir prendre les armes ! (rires) Notre reconnaissance, nous allons la devoir à ce que nous proposons : équilibre et qualité de vie. C’est sûr que nous n’avons pas la taille de Strasbourg mais nous avons une nature merveilleusement préservée qui correspond aux exigences de pratiques du vélo et de la randonnée.

Épinal, terre de rando

Crédits OT Epinal

Crédits OT Epinal

À pied, Épinal se laisse apprivoiser et délivre les secrets de son histoire et de son patrimoine. Entre espaces urbains et verts, elle est aussi le point de départ pour une découverte d’un territoire alentour riche de possibilités.

Posée en équilibre sur la Moselle, Épinal s’est développée sur une identité double avec sa Rive Droite, le centre historique, et sa Rive Gauche, plus contemporaine et véritable porte d’entrée vers la nature environnante. Pour les passionnés d’anciennes pierres, la visite démarre dans la vieille ville sur les ruines de l’ancien château, détruit en 1670 à la demande de Louis XIV. Surplombant la ville, le lieu est devenu un espace de vie de 26 hectares avec un jardin médiéval et un petit parc animalier, où l’on vient se ressourcer été comme hiver. La basilique Saint-Maurice, bâtie entre les XIe et XIIIe siècles et le quartier du Chapitre, sur les restes de l’ancien cloître, sont aussi à découvrir. À quelques pas, les remparts ressurgissent tout près du musée du Chapitre.

Les deux villes

Epinal vue du ciel - Crédits OT Epinal

Epinal vue du ciel – Crédits OT Epinal

Après s’être arrêtés place des Vosges pour admirer ses arcades et la maison « du bailli », les visiteurs pourront se diriger vers le quai de Dogneville et l’incontournable Cité de l’Image. Coincée entre le canal et la Moselle, l’île de la cité spinalienne propose d’autres chemins d’exploration avec le musée d’art ancien et contemporain, le pont du 170e R.I., tout en verre et métal, sans oublier le marché couvert situé quai Jules Ferry. Rive Gauche, la Maison romaine et sa roseraie dotée de plus de 500 variétés donnent un petit air italien à la ville. La nature vient doucement s’immiscer dans cette balade, au travers des parcs et jardins. Balisant l’espace urbain, 29 balades sont proposées et permettent de cheminer dans la ville et ses abords, sans jamais se perdre grâce au travail de signalisation effectué par le club vosgien de randonnée.

Portail vers la nature

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Lac de Bouzey, près d’Epinal – Crédits PC

Pour les randonneurs aguerris ou amateurs, la commune d’Épinal et celles avoisinantes sont aussi les points de départ de promenades au long cours dans un écrin de forêt, parsemé de lacs ou plans d’eau. Le lac de Bouzey constitue le centre d’un réseau de différents itinéraires vers le verdoyant vallon Saint-Antoine Les Forges ou la Source de l’Avière. En direction de Bains-les-Bains, les marcheurs exploreront le site de la Manufacture royale, ancienne ferblanterie, et déambuleront près de la Voie Romaine pour un voyage dans le passé. De la pierre aux étendues de hêtres, le pays d’Épinal offre un dépaysement à deux pas de chez vous.

Tous les itinéraires de randonnée sont disponibles sur le site epinalrando.fr avec les traces GPS ainsi que toutes les informations sur les évènements randonnée.

Épinal, terre de vélo

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VTT Bouzey © JF Hamard

Avec son Bike Park, ses 1000 km de parcours VTT, sa véloroute de 73 km et ses circuits de vélotourisme, Épinal est sans conteste la capitale lorraine du vélo. Sur des sentiers forestiers ou dans ses ruelles, elle se livre sans compter aux visiteurs, qu’ils soient des sportifs aguerris ou des cyclistes amateurs.

Drapée d’un voile de verdure, Épinal est une promesse de voyages merveilleux en territoire vosgien car, de la cité des Images, partent de nombreuses balades. Sur ces routes de terre ou de béton, un véhicule est roi : le vélo. Mais si les rayons de ses roues ont presque remplacé ceux du soleil, aucun bicycle n’a vraiment le monopole et, du VTT athlétique à la bicyclette flâneuse, il existe des parcours pour chacun.

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 © JF Hamard

© JF Hamard

Les VTTistes trouveront leur bonheur à travers la vaste étendue forestière qui entoure la ville. Plus de cent parcours zèbrent la zone allant du Nord-est au Sud-ouest d’Épinal, de Bruyère à Bains-les Bains. Au total, plus de 1000 km de circuits ont été signalisés et catégorisés selon leur difficulté, du vert « très facile » au noir, plus ardu. Les experts longeront les Roches d’Olima ou prendront la route des Forts, un itinéraire d’environ 100 km encerclant Épinal. Les débutants ou amateurs pourront se diriger vers la Grotte de l’Ermite, près de Beauménil, ou la Manufacture royale de Bains-les-Bains. La cité des Images a aussi prévu un terrain d’entraînement  avec un Bike Park et elle met en place des offres d’accompagnement de VTTistes souhaitant améliorer leurs compétences en compagnie de moniteurs.

Cyclotourisme

Circuit des Roches d'Olima - PC

Circuit des Roches d’Olima – PC

Une virée tranquille en bicyclette, un instant hors du temps en famille ou entre amis, tels sont les objectifs de l’Office de tourisme spinalien avec sa dizaine de circuits de cyclotourisme. Là encore, toutes les envies seront assouvies. Au lac de Bouzey, l’effort sera récompensé par une baignade. Les marins d’eau douce pourront emprunter des parcours le long du canal des Vosges. En direction de Raon-aux-Bois, les promeneurs trouveront de quoi se faire gentiment les mollets sur des routes vallonnées, allant de village en village. Après une journée sur deux roues, comme dans la chanson d’Yves Montand, les visiteurs repartent « fourbus » mais « contents ». Il faut croire que la magie spinalienne a opéré.

Tous les circuits VTT ou de cyclotourisme sont à consulter sur le site epinalvelo.fr

Des séjours à la carte

VTT Bouzey © JF Hamard

VTT Bouzey © JF Hamard

Un week-end au vert, à abreuver ses yeux de beaux paysages ou à goûter les plaisirs de la table ? Grâce à l’offre de séjours de l’Office de tourisme spinalien, les touristes peuvent organiser un voyage sur-mesure. En cela, la collaboration avec le club hôtelier d’Épinal a été déterminante. Elle permet notamment de se concocter des forfaits en fonction de son budget avec l’hébergement, une location de vélo et un pass pour le musée de l’Image. Selon leurs goûts, les visiteurs pourront privilégier  les excursions culturelles, les randonnées ou une pause détente aux Thermes de Bains-les-Bains. En famille, la promenade est prise en main par l’Office de tourisme avec ses fascicules ludiques qui permettent de découvrir la ville en s’amusant. L’Office de tourisme a aussi réalisé une sélection des différents lieux de restauration. Pourquoi se priver ?

Toutes les offres détaillées sur tourisme-epinal.com ou au 03 29 82 53 32.

Martine Cassar : « On n’existe pas sans le regard des autres »

Crédits Martine Casssar

Crédits Martine Casssar

Invitée d’honneur du festival Camille Claudel cette année, Martine Cassar travaille la terre et se mesure à deux autres éléments, l’eau et le feu, pour modeler ses sculptures. Installé à Wildersbach en Alsace, son atelier dissimule des trésors de poésie où nature et douceur fleurissent. Du 9 au 17 mai, elle expose ses créations à La Bresse et ouvre généreusement les portes de son univers. Rencontre.

À quoi va ressembler cette exposition à La Bresse ?

Comme à mon habitude, je pars vraiment dans toutes les directions. Souvent, quand je finis une sculpture, je suis déjà sur la suivante. J’ai tellement d’envies et d’idées… La vie est trop courte pour les réaliser toutes ! Pour cette exposition, je n’ai pas suivi de piste de travail à proprement dit, ni voulu forcer une unité de thème ou de style. Au départ, on m’a demandé une pièce sur la gourmandise et au final j’en ai fait deux. Pour le reste, il y a tout ce qui constitue mon monde, tout ce que j’aime réaliser.

Quel est votre rapport à la sculpture ?

J’ai toujours sculpté. Toute petite, je modelais déjà la terre. Cette passion m’habite donc depuis longtemps. Mais il y a une différence entre travailler pour soi et mesurer ses créations au regard des autres. J’ai eu beaucoup de mal par rapport à ça. En 1997, j’ai démarré mon activité et au début je ne faisais que de la vaisselle. Puis, de plus en plus les gens me demandaient de faire de la sculpture à part. Alors je me suis lancée et j’ai composé des décorations pour le jardin. Le regard des gens m’inquiète toujours mais le jour où je n’aurai plus ce stress je ne créerais plus rien. Les artistes n’existent pas sans cela.

Comment travaillez-vous la terre ?

J’utilise les techniques de cuisson du raku et du grès. Celle du raku me met vraiment au contact avec le feu et j’aime énormément ça. Il y a parfois un côté un peu « pyromane » chez les céramistes (rires) : on travaille tout au bord du feu. En l’occurrence ici, les pièces sont chauffées à 1000 ° Celsius puis posées dans des copeaux. Cela créé un choc thermique. À ce moment-là tout ce qui n’est pas émaillé noircit. Comme mes sculptures sont très fines, je suis obligée de les retirer du feu avec un journal mouillé. En revanche, le grès permet de faire des pièces plus solides, souvent mises à l’extérieur. Techniquement, elles sont plus difficiles à exécuter car la matière entre presque en fusion.

Quelle est la ligne directrice de toutes vos créations ?

Beaucoup de choses m’inspirent. La nature est une grande source de création pour moi. J’ai vécu pendant vingt ans dans les Vosges. Je suis aussi très attirée par l’Art Nouveau et l’École de Nancy. J’ai visité Barcelone et vu ce que faisait Gaudí. Tous ces éléments me donnent des idées pour des sculptures et notamment celles de jardin. Je façonne aussi beaucoup d’animaux et créé des personnages pour m’amuser. Et puis avec les pièces fissurées ou abîmées, j’ai créé un jardin de sculptures ouvert au public. Cet espace n’est pas grillagé ou clôturé et du coup, ça appartient un peu à tout le monde. Les visiteurs peuvent ainsi s’approprier mes créations.

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Retrouvez les sculptures de Martine Cassar sur son site : http://afleurdeterre.net/index.php.

Gourmandises bressaudes

Sculpture de Martine Cassar, invitée d'honneur de l'édition 2015 - Crédits Martine Cassar

Sculpture de Martine Cassar, invitée d’honneur de l’édition 2015 – Crédits Martine Cassar

Du 9 au 17 mai, le fantôme de Camille Claudel vient hanter les sommets de La Bresse et la 24ème édition de son festival international de sculpture. Pendant une semaine, des sculpteurs du monde entier viendront lui rendre hommage à coup de ciseaux ou de burin. Et les visiteurs, amateurs ou avertis, pourront flotter dans un univers de courbes et de volumes. 

Créé en 1990, le festival international de sculpture de La Bresse est devenu un des rendez-vous lorrains à ne pas rater pour tous les passionnés d’art. Au départ dédiée à la sculpture sur bois, la manifestation s’est ouverte par la suite à d’autres matériaux et accueille aussi bien des céramistes que des sculpteurs sur pierre ou métal. Pour sa 24ème édition, les visiteurs vont pouvoir déguster des yeux les œuvres d’artistes de France et d’ailleurs.

Amuse-bouche

Le festival Camille Claudel jouera les gourmets de bien des façons. Le ton est déjà donné par l’affiche du millésime 2015, réalisée par Olivier Claudon. Avec « l’Avaleur », l’artiste s’est plongé dans la mythologie grecque à travers cette « Méduse » revisitée. À la place des serpents qui sifflent sur sa tête, la créature a changé de perruque pour une batterie de cuillères. « Cette réinterprétation peut être vue comme le symbole du pouvoir de la nourriture sur l’homme, […] le pouvoir hypnotique des aliments sur notre cerveau et sur notre estomac », explique son créateur. Entre attirance et répulsion, les sculpteurs pourront donc explorer avec richesse le thème de la « gourmandise » tout au long de la manifestation. Pour associer plaisir des pupilles à celui des papilles, les élèves du lycée hôtelier de Gérardmer mettront leur patte à l’exposition sur le chocolat à la Halle des Congrès. Le jeudi après-midi et toute la journée du samedi, ils façonneront un bloc de 10 kg de cacao. De quoi faire saliver les esthètes.

Interactif

Ouvert au grand public, la volonté du festival est de rendre la sculpture accessible au plus grand nombre. Il a donc développé au cours de son existence un jeu de regards et de partages. Pendant le symposium, les visiteurs peuvent observer la naissance d’une œuvre en direct, sous les mains de sculpteurs français et étrangers. Cette année, quatre cents élèves des écoles, collèges et lycées locaux sont aussi amenés à participer à cette aventure collective à travers des ateliers dirigés par des sculpteurs. Certains de leurs travaux réalisés en amont de l’évènement seront exposés. Les commerçants de la ville mettent aussi la main à la pâte et valorisent les pièces d’artistes professionnels ou amateurs dans leurs vitrines. À la Maison de La Bresse, les festivaliers pourront remonter le temps et découvrir les sculptures des années précédentes. Ils y retrouveront les créations de Martine Cassar, invitée d’honneur de cette 24ème édition. Du 9 au 17 mai, le cœur de La Bresse bat au rythme des burins, des animations musicales et des spectacles de rue. Une passion vibrante qui n’aurait pas déplu à la « marraine » du festival, Camille Claudel.

La sculpture part en live

Crédits Mairie La Bresse

Crédits Mairie La Bresse

Clé de voûte du festival, le symposium est à la fois un concours autour du thème de la « gourmandise » et une rencontre entre le public et des sculpteurs venus montrer la diversité de leur art. Sur pierre, métal ou bois, ils réaliseront leurs pièces sur place sous les yeux curieux des visiteurs. « Ne pas déranger, travail en cours » !

Assister à la naissance d’une œuvre n’est pas chose commune et le festival international de sculpture de La Bresse est un des rares à proposer cette expérience grâce à son symposium. À l’origine, le terme désigne une réunion de spécialistes (scientifiques, artistes, philosophes…) qui débattent d’un sujet particulier, propre à leur champ d’expertise. Le Festival Camille Claudel lui a donné sa propre définition en mettant en contact public et artistes. Pour la 24ème édition, vingt-et-un artistes participent à cet exercice difficile : réaliser une sculpture sur le vif.

Cosmopolite

Argentine, Espagne, France, Canada, Allemagne, Roumanie, Burkina Faso ou Congo, les sculpteurs du symposium viennent des quatre coins du monde pour créer une pièce dans le cadre de la manifestation. Au total, sept à huit nationalités ont traversé les continents pour se retrouver sur les sommets vosgiens. Ces créateurs offrent tous un regard différent sur leur art et une riche palette d’émotions et d’expressivité. « Nous avons décidé du thème de cette année en septembre 2014 et les artistes avaient jusqu’à décembre pour déposer leur candidature. Ils ont ensuite été sélectionnés sur maquette ou dessin par un jury éclectique mêlant professionnels et amateurs. Parmi les vingt-et-un artistes choisis, quinze sont des professionnels et six sont des élèves issus de formations comme celle de Neufchâteau », détaille Xavier Battistella, chargé de communication pour le festival. Cette année, le symposium illustrera essentiellement les pratiques de sculpture sur pierre ou sur bois. Une fois arrivés sur le lieu de création, atelier éphémère ouvert aux regards, les participants tirent au sort des blocs de matière vierge à modeler.

Précision

Pour Christian Claudel, sculpteur et conseiller technique de l’évènement, « pratiquer la sculpture en taille directe sur bois ou sur pierre, c’est mener à bien une réalisation en volume […] sans dessin préalable : seuls quelques repères sont nécessaires pour guider l’ébauche […]. Puis le sculpteur, sûr de son geste, entre dans la matière sans se laisser le droit à l’erreur ». Le symposium exige donc de ses créateurs de la précision mais aussi un sens de l’adaptation, en fonction de l’essence de bois ou du type de pierre. En l’occurrence, les matières utilisées sont essentiellement locales, du tilleul rosé de Gerbamont au granit de La Bresse, le « bleu-gris ». Dans ces dernières, par petits coups de burin, de gouge ou de ciseaux, les sculpteurs du symposium vont façonner leur idée de la « gourmandise », thème de cette année. Entre abondance, sensualité et dérive, l’appétit humain est remis en question. La sculpture, elle, se sert à toutes les sauces et se consomme avec délice du 9 au 17 mai à La Bresse.

Camille Claudel : esprit es-tu là ?

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Depuis plus de vingt ans, La Bresse ressuscite tous les ans l’esprit de Camille Claudel. Née dans l’Aisne en 1864, bien loin des reliefs vosgiens, la sculptrice était petite-fille de Bressauds. C’est donc tout naturellement que la ville lui rend hommage chaque année.

Originaire de Fère-en-Tardenois, la jeune fille développe très tôt une passion pour la sculpture. Ses talents sont repérés rapidement et en 1881, à l’âge de quinze ans, elle suit les cours de l’Académie de la Grande Chaumière, guidée en partie par le sculpteur Alfred Boucher. En 1883, Auguste Rodin remplace ce dernier, parti à Rome. Dans l’atelier de Rodin, elle aidera à la réalisation de certaines parties de compositions du maître tout en travaillant en parallèle sur ses propres idées. Les histoires d’amour finissent mal et celle des deux artistes n’échappera pas à la règle.

Dégringolade

À partir de cette séparation en 1890, la sculptrice continue à créer quelques temps puis de moins en moins. En 1913, elle est internée à l’asile de Ville-Evrard à la demande de sa mère. Elle finit ses jours en 1943 au centre hospitalier de Montfavet à Montdevergues. Parmi les premières femmes à marquer la sculpture de son empreinte, Camille Claudel distillera dans ses œuvres une intimité et une sensualité qui fera sa renommée. Malgré tout, son talent restera souvent caché, et son nom irrémédiablement  attaché à celui de Rodin. En 1988, le film de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani ravive l’intérêt pour l’artiste. Deux ans plus tard, le festival de La Bresse voit le jour et, depuis ce temps, reste placé sous sa bonne étoile.

Le festival de sculpture Camille Claudel, du 9 au 17 mai. Pour plus d’information : http://www.festival-sculpture-la-bresse.fr.

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